Gestion et rentabilité

La marge par heure : la méthode pour savoir si vos chantiers vous rapportent vraiment

« J'ai un chantier à 14 000 €, 4 000 € de marge, un coefficient de 1,40. Je le prends ou pas ? » La seule réponse honnête à cette question est une autre question : combien d'heures ? Ce guide explique, pas à pas et sans jargon, pourquoi le chiffre d'affaires, le pourcentage de marge et le coefficient ne vous disent pas si vous gagnez de l'argent, et par quoi les remplacer. Aucune connaissance en comptabilité n'est nécessaire : tout est expliqué à partir de zéro, avec un cas réel d'entreprise et un calculateur pour vos propres chiffres.

Hedi Marinier, fondateur d'InterFast
Hedi Marinier et Louis Béarzi Publié le 30 juillet 2026
28 min de lecture Guide

Un dirigeant appelle son directeur d'exploitation : « J'ai un chantier à 14 000 €, 4 000 € de marge, un coefficient de 1,40. Je le prends ? » Il a donné trois chiffres. Aucun des trois ne permet de répondre.

Ce n'est pas une question de finesse comptable. C'est un problème de fond : les trois indicateurs que presque toutes les entreprises du bâtiment utilisent pour juger un chantier partagent exactement le même défaut. Ils ignorent le temps.

Or, dans une entreprise de travaux ou de maintenance, la ressource qui manque n'est pas l'argent. C'est le temps de vos équipes. Vous ne pouvez pas facturer plus d'heures que vous n'en avez. Tout ce qui suit découle de cette évidence.

À qui s'adresse ce guide. À tout dirigeant d'entreprise du bâtiment, du CVC, de la plomberie, de l'électricité ou de la maintenance, quel que soit son niveau en gestion. Chaque terme est défini au moment où il apparaît, et un glossaire reprend tout à la fin. Si vous n'avez jamais fait ce calcul, c'est justement pour vous.
70 %
des heures payées à un technicien sont réellement vendues à un client. Les 30 % restants sont à votre charge.
1 à 2,5
l'écart de rentabilité entre deux chantiers identiques sur le papier, selon le nombre d'heures qu'ils consomment.
0,4 pt
l'écart de taux de marge entre l'année d'une perte de 238 000 € et celle d'un bénéfice de 310 000 €, sur un cas réel.

01 - Le problèmeLe même chantier peut valoir deux prix très différents

Reprenons le chantier de l'introduction : 14 000 € de vente, 10 000 € d'achats, donc 4 000 € de marge et un coefficient de 1,40. Ces chiffres ne bougent pas. Faisons varier une seule chose : le nombre d'heures que vos équipes vont y passer.

Même vente, même marge, même coefficient - seul le temps change

40 heureschantier rapide
100 €/h
60 heureschantier moyen
67 €/h
100 heureschantier long
40 €/h

Le chantier n'a pas changé. Ce qu'il vous rapporte réellement varie de 1 à 2,5. Un dirigeant qui juge au coefficient voit trois fois le même dossier ; un dirigeant qui juge à l'heure en voit trois différents, dont un très bon et un mauvais.

Voilà pourquoi la question « combien d'heures ? » n'est pas un détail : c'est la seule information qui manquait pour décider.

Ce que chaque indicateur classique rate

Indicateur Ce qu'il mesure Ce qu'il rate
Chiffre d'affaires Le volume vendu Il gonfle dès que vous revendez du matériel, même sans gagner un centime de plus
Marge en % Le rapport entre la marge et la vente Il chute sur les chantiers riches en matériel, alors que ce sont souvent les meilleurs
Coefficient Le rapport entre la vente et les achats Il est rigoureusement identique sur un chantier de 10 heures et sur un chantier de 100 heures
Marge par heure Ce que rapporte votre ressource rare Ni le besoin de trésorerie, ni le risque technique (voir les limites)

Aucun de ces indicateurs n'est faux. Ils répondent simplement à d'autres questions que « est-ce que ce chantier vaut mes heures ? ».

En clair. Le coefficient, c'est ce que vous multipliez à votre prix d'achat pour obtenir votre prix de vente. Vous achetez 100 €, vous vendez 140 € : votre coefficient est de 1,40. Il ne dit rien du temps passé, donc rien de votre rentabilité réelle.

02 - Le principeVotre ressource rare, ce sont les heures

Avant de calculer quoi que ce soit, il faut être convaincu d'une chose : dans votre entreprise, ce qui limite le chiffre d'affaires, ce n'est pas la demande des clients, c'est votre capacité à produire des heures.

La preuve est dans votre propre courbe de chiffre d'affaires

Ouvrez votre chiffre d'affaires mois par mois sur les deux dernières années. Si vous voyez un trou en août et un fléchissement en décembre, vous avez votre réponse.

Vos clients n'ont pas disparu au mois d'août. Vos heures, si. Personne n'a arrêté d'avoir besoin d'un dépannage ou d'une installation ; ce sont vos équipes qui étaient en congés. Autrement dit, votre chiffre d'affaires n'est pas piloté par le marché, il est piloté par la présence de vos gars. C'est la démonstration la plus rapide qui existe que la ressource limitante, ce sont les heures.

Trois facteurs seulement font bouger cette capacité : les recrutements et les départs, la qualité du planning (qui rationalise les déplacements et les temps morts) et les congés.

Attention : la ressource rare n'est pas toujours le technicien

Ce qui vous limite, c'est la capacité horaire que vous ne pouvez pas acheter à l'extérieur. Si vous sous-traitez massivement, vos techniciens ne sont plus la contrainte : il suffit d'appeler un sous-traitant de plus.

Mais chaque chantier consomme quand même vos heures à vous : la visite, le chiffrage, la consultation des sous-traitants, la négociation, la coordination, la réception, les réserves, le SAV. Ce stock d'heures de pilotage est, lui, rigoureusement limité.

Avant tout le reste, faites donc ce calcul simple sur l'année écoulée :

Taux de sous-traitance = chiffre d'affaires sous-traité ÷ chiffre d'affaires total
Votre taux de sous-traitance Votre ressource rare Les heures à compter
Moins de 20 % Les techniciens Les heures de production internes
Entre 20 et 60 % Les deux Deux stocks d'heures, suivis séparément
Plus de 60 % Le dirigeant et l'encadrement Les heures de pilotage (chiffrage, coordination, réception)
Erreur classique. Appliquer un raisonnement en heures de technicien à une activité massivement sous-traitée donne un résultat parfaitement faux. La méthode ne change pas, mais ce que vous comptez au dénominateur se déplace. C'est le premier calcul à faire, avant tous les autres.

03 - Le dénominateurCompter ses heures vendables

C'est le calcul le plus important de la méthode, et c'est aussi celui où l'on se trompe le plus souvent.

On ne part pas des heures inscrites au contrat de travail. On part des heures réellement payées, qui dépendent de votre organisation : 35 h ou 39 h, heures supplémentaires, RTT payées ou récupérées. Il n'existe aucune valeur universelle. Un ordre de grandeur courant : entre 1 500 et 1 820 heures payées par an et par technicien.

Sur ces heures payées, une partie ne sera jamais facturée à personne.

De l'heure payée à l'heure facturable, sur une base de 1 820 h

Facturablevendu à un client
70 % - 1 274 h
Congés, fériéspayés, non vendus
15 % - 273 h
Trajets, réunions,
SAV, aléasle temps qui s'évapore
11 % - 200 h
Maladie, formationabsences diverses
4 % - 73 h

Le taux de facturation de référence dans la profession est de 70 %. Ce n'est pas une hypothèse à recopier : c'est un ratio à vérifier sur vos propres pointages. Si vous êtes à 55 %, vous avez trouvé votre premier chantier d'amélioration.

En clair. Une heure payée est une heure qui apparaît sur le bulletin de paie. Une heure facturable (on dit aussi vendable ou productive) est une heure réellement vendue à un client. La différence, ce sont les congés, les jours fériés, la maladie, la formation, les trajets, les réunions, les retours d'atelier et les aléas. Cette différence est payée par votre entreprise et facturée à personne.

Tous les profils ne pèsent pas pareil

Un alternant ne produit pas comme un technicien confirmé. Il est présent une partie du temps seulement, il travaille plus lentement, et il consomme en plus les heures de son tuteur. Une règle pratique consiste à le compter pour environ un quart d'un technicien :

1 technicien confirmé = 1 820 h payées × 70 % = 1 274 h facturables 1 alternant = 1 274 h × 25 % = 319 h facturables
Le piège du double comptage. Si vous partez des 1 607 heures légales françaises, sachez que les congés payés et les jours fériés y sont déjà déduits. Leur appliquer 30 % d'abattement en plus revient à sous-estimer votre capacité d'un tiers, et fausse tout le reste du calcul. Partez de vos heures payées réelles, ou appliquez un abattement réduit.

Exemple sur une équipe de douze personnes

Profil Nombre Heures facturables / an Total
Techniciens confirmés101 274 h12 740 h
Alternants2319 h638 h
Stock d'heures annuel1213 378 h

Ce chiffre, 13 378 heures, est le dénominateur de tous les calculs qui suivent. C'est votre capacité de production de l'année. Vous ne facturerez pas une heure de plus.

04 - Les coûtsCe que coûte vraiment une heure

Derrière chaque heure vendue se cachent deux coûts : celui du technicien qui la réalise, et la part de structure qu'elle doit porter.

Premier coût : le technicien

On prend le coût chargé - salaire brut plus charges patronales - et non le salaire brut. Et surtout, on divise par les heures facturables, pas par les heures payées.

43 500 € chargés / an ÷ 1 274 h facturables = 34 €/h ← juste 43 500 € chargés / an ÷ 1 820 h payées = 27 €/h ← faux, sous-estimé de 25 %

Pourquoi ? Parce que les congés de votre technicien sont payés par l'entreprise mais facturés à personne. Ce sont donc les heures effectivement vendues qui doivent les absorber. Dans la pratique des entreprises du bâtiment, ce coût horaire tourne autour de 33 à 35 € de l'heure facturable pour un technicien. Pour aller plus loin sur ce calcul, voir notre article dédié au coût réel d'un technicien du bâtiment.

Second coût : les frais généraux ramenés à l'heure

On additionne tout ce qui ne se facture jamais directement à un client, puis on divise par le même stock d'heures.

Poste de frais générauxExemple sur une année
Charges externes (loyer, dépôt, assurances, logiciels, comptabilité, véhicules)544 000 €
Personnel de direction188 000 €
Salaires encadrement et administratif199 000 €
Salaires commerciaux87 000 €
Total des charges fixes1 018 000 €
÷ 15 491 heures facturables66 €/h

Cette valeur varie énormément d'une entreprise à l'autre, en général entre 28 et 85 € de l'heure, selon le rapport entre le personnel de structure et le personnel de terrain. Retenez bien ce chiffre : c'est lui qui va déterminer quels chantiers vous avez le droit d'accepter. Notre guide sur les frais généraux dans le BTP détaille poste par poste ce qu'il faut y mettre.

Comment calibrer ces chiffres. On part du réalisé de l'année précédente, tel qu'il figure au compte de résultat, puis on l'ajuste de tout ce qui a changé : embauches prévues, nouveau local, hausse des assurances, véhicules supplémentaires. Le bilan sert à ancrer le calcul dans le réel, pas à figer les objectifs.

Deux calculateurs gratuits pour vos propres chiffres

Plutôt que de repartir d'une feuille blanche, utilisez nos calculateurs en ligne : coût horaire réel d'un technicien et frais généraux ramenés à l'heure. Aucun compte à créer.

Calculateur de coût horaire Calculateur de frais généraux

05 - La décisionVos deux seuils de décision

Toute la méthode tient dans une soustraction : marge par heure moins frais généraux par heure égale résultat par heure.

La marge sur coûts directs, en clair

La marge sur coûts directs, souvent abrégée MCD, est ce qui reste d'un chantier une fois retirés le matériel, la sous-traitance et le coût des heures de vos techniciens. C'est cette somme qui doit payer votre structure ; ce qui dépasse est votre bénéfice.

Marge par heure = ( Vente - Matériel - Sous-traitance - Coût des heures ) ÷ Heures prévues

Exemple avec le chantier du début, en supposant 60 heures et un technicien à 33 €/h :

( 14 000 € - 7 000 € - 0 € - 60 h × 33 € ) ÷ 60 h = ( 14 000 - 7 000 - 1 980 ) ÷ 60 = 5 020 ÷ 60 = 84 € de marge par heure

Les deux seuils qui transforment ce chiffre en décision

Un chiffre seul ne décide de rien. Il faut le comparer à deux repères, calculés une seule fois par an :

  • Le point mort horaire : vos charges fixes divisées par vos heures facturables. C'est le minimum vital. En dessous, vous perdez de l'argent sur chaque heure vendue. Dans notre exemple : 66 €.
  • L'objectif : le point mort auquel vous ajoutez le bénéfice que vous voulez dégager par heure. Avec 20 € visés, l'objectif est de 86 €.

La règle horaire : votre instrument de décision

Point mort 66 €
Objectif 86 €
0
50
100
150
200
Sous le point mort : ce chantier vous coûte de l'argent Entre les deux : vous payez la structure sans rien gagner Au-dessus : vous tenez votre objectif de résultat

Ces deux seuils se calculent une fois par an et se paramètrent dans votre logiciel de devis. Ensuite, un devis se lit sur une seule valeur, en dix secondes.

Le résultat par heure se décide, il ne se constate pas

C'est le point que la plupart des méthodes ratent. Le résultat d'exploitation n'est pas un chiffre que l'on découvre en fin d'exercice devant son expert-comptable. C'est un objectif que le dirigeant fixe au départ, exprimé en euros par heure.

Objectif de résultat : 20 € par heure facturable Frais généraux : 66 € par heure facturable ───────────────────────────── Seuil d'acceptation : 86 € de marge par heure

On décide de vouloir 20 € par heure, ce qui correspond ici à une marge d'EBITDA d'environ 7 %. On regarde ensuite si l'on sait le vendre. Une entreprise qui a perdu de l'argent l'an dernier ne passe pas à l'objectif d'un coup : on remonte par paliers, sinon la cible est ignorée parce qu'elle est jugée irréaliste par les équipes.

En clair. L'EBITDA (en français : EBE, excédent brut d'exploitation) est ce que votre activité dégage réellement, avant amortissements, intérêts et impôts. C'est l'argent que l'exploitation génère avant les choix de financement.

Lire son compte de résultat à l'heure

Prenez votre compte de résultat et divisez chaque ligne par vos heures facturables. La performance devient soudain explicable. Voici un cas réel, sur deux exercices consécutifs :

Ligne du compte de résultatAnnée N-1Année NLa question posée
Chiffre d'affaires219 €204 €Combien mes heures m'ont-elles permis de facturer ?
Achats et sous-traitance(102 €)(98 €)
Personnel direct de production(37 €)(35 €)
Marge sur coûts directs80 €71 €Mes heures étaient-elles rentables ?
Charges fixes(23 €)(22 €)
Support, commercial et direction(29 €)(29 €)
Total des coûts indirects(52 €)(51 €)Ma structure est-elle trop lourde ?
Résultat d'exploitation par heure28 €20 €Ma marge est-elle suffisante ?

Sur cette entreprise, le chiffre d'affaires global est resté stable à moins de 1 % près entre les deux exercices. Tout allait bien, en apparence.

Ce que raconte vraiment ce tableau. L'entreprise a vendu moins de pompes à chaleur. Son chiffre d'affaires par heure a perdu 15 €, sa marge a suivi en perdant 9 €. Et comme les coûts fixes n'ont pas bougé, la totalité de cette perte est tombée dans le résultat, qui passe de 28 à 20 € de l'heure, soit une chute de 29 %. Un simple glissement de mix produit, totalement invisible dans le chiffre d'affaires global, se paie intégralement en résultat.

06 - La loi du matérielPourquoi toutes les heures ne se valent pas

Toutes les heures ne rapportent pas la même chose, et ce qui les différencie n'est pas le métier ni la technicité. C'est la part de matériel dans le chantier.

La raison est mécanique : le matériel génère de la marge sans consommer votre ressource rare. Plus un chantier est riche en matériel, plus chaque heure passée dessus rapporte.

Marge par heure selon la part de matériel dans le chantier

Pompe à chaleur80 % de matériel
180 €/h
Salle de bain40 % de matériel
70 €/h
Électricité, VMC30 % de matériel
50 €/h
Heures nues10 % de matériel
30 €/h

Avec un point mort à 66 € et un objectif à 86 € : la pompe à chaleur rapporte 114 € au-delà du point mort à chaque heure, la salle de bain est tout juste à l'équilibre, et l'entretien perd 36 € par heure.

En clair. Une heure nue est une heure vendue sans matériel : dépannage, contrat d'entretien, maintenance, main-d'œuvre seule. C'est structurellement le type d'heure le moins rentable, parce qu'il n'y a rien d'autre que votre temps à vendre.

Deux conséquences contre-intuitives

Première conséquence : plus il y a de matériel, plus le coefficient peut baisser. Vous pouvez être agressif en prix sur une pompe à chaleur et gagner davantage qu'en étant gourmand sur un contrat d'entretien. C'est mathématique, pas idéologique.

Seconde conséquence : moins il y a de matériel, plus il faut charger les heures. Une heure nue vendue au tarif habituel ne couvre rien du tout.

C'est exactement l'inverse de ce que fait la plupart des entreprises, qui appliquent le même coefficient partout et se demandent ensuite pourquoi l'entretien ne rapporte rien.

Pourquoi on ne met pas les frais généraux dans le taux horaire

Une question revient naturellement : pourquoi ne pas simplement charger le coût horaire du technicien de tous les frais généraux, et vendre au-dessus ?

Parce que le prix devient invendable.

33 € de coût technicien + 66 € de frais généraux = 99 €/h Prix de vente minimum d'une heure nue de dépannage : 100 €/h

Personne ne sait vendre ça, sauf à Paris. En région, vous n'envoyez pas un technicien en dépannage à ce tarif : le marché ne suit pas.

Le point le plus subtil de la méthode. L'absorption des frais généraux est une contrainte de portefeuille, pas une contrainte ligne à ligne. Certaines heures ne porteront jamais leur part de structure, et c'est normal. Elles doivent être compensées par des chantiers riches en matériel. C'est tout l'enjeu du mix produit : ce n'est pas chaque devis qui doit être excellent, c'est la moyenne de l'année.

En pratique, beaucoup de dirigeants saisissent quand même un coût horaire volontairement majoré dans leur logiciel, par exemple 41 € au lieu de 33 € en y logeant le véhicule. La raison est simple : un devis se construit en appliquant un coefficient au prix d'achat, donc tout ce qui est dans le prix d'achat est certain d'être revendu. Ce qui reste dehors dépend de la vigilance du chiffreur.

Ce que ça donne sur un groupe de quatorze entreprises

Voici la marge horaire réelle de quatorze filiales d'un même groupe. Toutes font le même métier, avec les mêmes outils et les mêmes fournisseurs. Ce qui les sépare, c'est leur mix de chantiers et le poids de leur structure.

Marge par heure des 14 filiales d'un même groupe

0 € 50 € 100 € 150 € 137 124 114 103 92 82 73 59 55 52 48 45 42 42 Point mort 66 € Objectif 86 € Chaque barre est une filiale. Même métier, mêmes outils, mêmes fournisseurs. 7 filiales sur 14 travaillent sous leur point mort.

Ce n'est pas un problème d'effort commercial ni de motivation des équipes. C'est un problème de mix de chantiers et de poids de structure. Et cela ne se voit sur aucun des trois indicateurs classiques.

07 - Le levier cachéLe levier que presque personne n'utilise

Vos frais généraux sont fixes. Ils se répartissent sur les heures que vous vendez réellement, pas sur celles que vous auriez pu vendre.

Conséquence directe : votre point mort horaire n'est pas une constante, c'est une courbe. Plus vous vendez d'heures, plus il baisse. Moins vous en vendez, plus il monte.

Frais généraux par heure selon le volume d'heures vendues (1 018 000 € de charges fixes)

0 € 35 € 70 € 105 € 140 € 8 000 h 11 000 h 14 000 h 17 000 h 20 000 h Année en creux 12 372 h vendues → 82 €/h à absorber Capacité normale 15 491 h vendues → 66 €/h à absorber Frais généraux à absorber par heure vendue Heures facturables vendues dans l'année →

La courbe est très pentue aux faibles volumes : chaque heure perdue coûte cher. Au-delà de la capacité normale, elle s'aplatit et chaque heure supplémentaire tombe presque entièrement en résultat.

Le réflexe qui tue. Quand le carnet se vide, le dirigeant sous pression casse ses prix pour remplir. Or c'est précisément le moment où son point mort monte, parce que ses frais généraux se répartissent sur moins d'heures. Il aggrave donc exactement le problème qu'il cherche à résoudre.

Ce que vaut réellement une embauche

Un technicien de plus, c'est environ 1 274 heures facturables supplémentaires. Sur une base de 12 700 heures, cela représente 10 % de dénominateur en plus, donc une baisse mécanique du point mort pour toute l'entreprise, sur tous les chantiers.

À l'inverse, une embauche administrative ajoute au numérateur sans rien ajouter au dénominateur : elle augmente le point mort de tout le monde. Ce simple calcul devrait arbitrer une bonne partie de vos recrutements.

Embauche technicien : frais généraux inchangés, +1 274 h → le point mort baisse Embauche admin : +40 000 € de frais, +0 h → le point mort monte de 3 €/h

Attention, il ne s'agit pas de dire qu'il ne faut jamais embaucher d'administratif : une entreprise qui n'a personne pour relancer les devis et facturer perd bien plus que 3 € de l'heure. Il s'agit de savoir ce que coûte la décision, et de la prendre en connaissance de cause. C'est tout l'objet de la section suivante.

08 - La structureToutes les structures de coûts ne se valent pas

La section précédente a joué sur un seul côté de la fraction. Reprenons-la en entier :

Frais généraux annuels ← le numérateur (cette section) Point mort horaire = ───────────────────────── Heures facturables ← le dénominateur (section 07)

Vendre plus d'heures fait baisser le point mort. Peser moins lourd en structure aussi. Les deux leviers comptent, mais ils ne se manient pas du tout de la même façon, et c'est là que la plupart des dirigeants se trompent.

Pourquoi « réduire les frais généraux » est un mauvais objectif

Le réflexe naturel, quand la rentabilité manque, c'est de couper. Deux raisons de s'en méfier.

D'abord parce que ce n'est pas ce qui a redressé l'entreprise du cas suivant : ses charges fixes augmentent de 0,9 % l'année où elle passe de 238 000 € de perte à 310 000 € de bénéfice.

Ensuite et surtout parce qu'une partie de vos frais généraux fabrique vos heures facturables. Supprimez le chargé d'affaires : vous baissez le numérateur, mais vous baissez aussi le dénominateur, souvent plus vite. Le point mort monte. Vous avez économisé de l'argent et dégradé votre rentabilité en même temps.

Les deux familles de frais généraux

C'est la distinction qui manque dans la plupart des raisonnements sur les coûts. Vos frais généraux ne forment pas un bloc : ils se rangent en deux familles qui se pilotent à l'inverse l'une de l'autre.

FamilleExemples typiquesCe qui se passe si vous coupez
La structure qui produit
elle crée des heures ou de la marge horaire
Chargé d'affaires, chiffreur, planificateur, responsable des contrats d'entretien, personne qui relance les devis, recrutement Vous vendez moins d'heures, ou vous les vendez moins cher. Le point mort monte. Économie apparente, perte réelle.
La structure qui porte
elle est nécessaire mais ne génère aucune heure
Loyer, dépôt, véhicules, assurances, logiciels, frais bancaires, comptabilité, abonnements Les heures vendues ne bougent pas. Gain net sur le point mort. C'est ici qu'est le vrai gisement.
Le test en une question. Devant chaque ligne de frais généraux, demandez-vous : « si je supprime cette dépense demain, est-ce que je vends moins d'heures, ou est-ce que je les vends moins cher ? » Si la réponse est oui, ne touchez pas : vous êtes sur de la structure qui produit. Si la réponse est non, vous venez de trouver de l'argent.

Le ratio qui explique la dispersion

Souvenez-vous du chiffre de la section 04 : les frais généraux par heure vont de 28 à 85 € selon les entreprises. Ce n'est ni le métier, ni la région, ni le marché qui expliquent un écart pareil. C'est le nombre de personnes de structure par technicien.

Prenons deux entreprises identiques : 12 techniciens, 15 000 heures facturables, même métier, même zone. La seule différence est l'effectif de structure.

Trois personnes de structure d'écart, à activité identique

Entreprise A4 personnes de structure
66 €/h
Entreprise B7 personnes de structure
77 €/h

Trois personnes de plus à 55 000 € chargés, c'est 165 000 € de frais généraux en plus, soit 11 € de point mort horaire supplémentaire. L'entreprise B doit vendre 11 € de plus sur chaque heure, toute l'année, uniquement pour égaler A. Sur 15 000 heures, cela représente 165 000 € à aller chercher chez le client.

Voilà ce que veut dire « toutes les structures de coûts ne se valent pas ». Ce n'est pas un jugement moral sur la dépense : c'est une contrainte commerciale que l'entreprise s'impose à elle-même, et qu'elle devra assumer devant chaque client, sur chaque devis, pendant toute l'année.

Et si ces trois personnes en plus permettent à B de mieux chiffrer, de mieux planifier et de vendre 15 € de marge horaire de plus que A, alors B a raison. Tout l'enjeu est de le savoir, au lieu de le supposer.

Fixe ou variable : la question que peu de dirigeants se posent

Le niveau de la structure compte. Sa nature compte tout autant, et c'est un angle mort classique.

Une structure très fixe - véhicules achetés, locaux surdimensionnés, effectif administratif étoffé, licences annuelles - est un pari sur le volume. En haut de cycle, elle est excellente : comme l'a montré la section 07, chaque heure supplémentaire tombe presque entièrement en résultat. En bas de cycle, elle est mortelle : le point mort s'envole exactement au moment où le carnet se vide.

Rendre une partie de la structure variable - location plutôt qu'achat, logiciels à l'usage, intérim et sous-traitance sur les pics - coûte un peu plus cher en haut de cycle et sauve l'entreprise en bas. Le bon arbitrage ne dépend pas d'une doctrine : il dépend de la visibilité de votre carnet de commandes, que la section 11 apprend à mesurer.

Le danger inverse : la structure sous-dimensionnée

C'est le point que ratent tous les discours sur la réduction des frais généraux, et il mérite d'être dit clairement à un dirigeant qui démarre.

Une entreprise sans personne pour chiffrer sérieusement devise à 120 € de marge horaire et réalise à 55 €. Une entreprise sans personne pour relancer laisse filer des devis signables. Une entreprise sans planification envoie ses techniciens faire des kilomètres au lieu des heures. Aucun de ces coûts n'apparaît sur une ligne du compte de résultat, et c'est précisément pour cela qu'on ne les impute jamais à la sous-structure.

Le dirigeant qui fait tout lui-même affiche des frais généraux très bas et un point mort flatteur. Il paie ailleurs : en devis mal chiffrés, en opportunités perdues et en heures de production plafonnées par ses propres journées.

La bonne question, et trois règles d'arbitrage

La question n'est donc pas « combien coûte ma structure ? » mais « combien d'euros de marge horaire chaque euro de structure me rapporte-t-il ? ». Formulée comme ça, la décision devient calculable :

  1. Avant d'ajouter un poste de structure, calculez ce qu'il ajoute au point mort. Un salaire de 55 000 € chargés sur 15 000 heures, c'est 3,7 €/h. Le poste est rentable dès qu'il fait gagner plus de 3,7 € de marge horaire moyenne - en améliorant le chiffrage, en remplissant le planning ou en filtrant les devis sous le point mort.
  2. Avant de couper, appliquez le test : est-ce que je vends moins d'heures, ou moins cher l'heure ? Concentrez l'effort sur la structure qui porte, jamais sur celle qui produit.
  3. Recalculez le point mort après chaque décision, pas au bilan suivant. Un recrutement, un déménagement, un véhicule de plus : chacun déplace le seuil en dessous duquel vous n'avez plus le droit d'accepter un chantier.
Ce qu'il faut retenir. Le levier n'est pas de limiter la structure, c'est de la calibrer : chaque euro de frais généraux doit soit créer des heures facturables, soit augmenter la marge horaire, soit être supprimable. Un euro qui ne fait aucun des trois est un euro que vos clients paient sans rien recevoir en échange - et que vos concurrents mieux calibrés n'ont pas à facturer.

09 - Cas réelDe -238 000 € à +310 000 € en un exercice

Une entreprise de douze techniciens, environ 2,5 M€ de chiffre d'affaires. Année N catastrophique. Voici son budget de redressement, construit entièrement à l'heure.

IndicateurAnnée NAnnée N+1Écart
Heures facturables12 372 h15 491 h+25 %
CA par heure facturable199 €277 €+78 €
Coût direct par heure33 €33 €inchangé
Marge par heure62 €86 €+24 €
Taux de marge sur coûts directs31,4 %31,0 %stable
Charges fixes par heure82 €66 €-16 €
Total des charges fixes1 009 000 €1 019 000 €+0,9 %
Résultat par heure(19 €)20 €+39 €
EBITDA(238 000 €)310 000 €+548 000 €
Marge d'EBITDA(9,7 %)7,2 %+16,9 pts

Les montants entre parenthèses sont négatifs, selon la convention comptable.

Première lecture : la cause tient en une ligne

L'entreprise dégageait 62 € de marge par heure alors que sa structure en coûtait 82. Elle perdait donc 20 € sur chaque heure vendue. Aucun effort commercial, aucun volume supplémentaire ne pouvait la sauver à ce niveau de marge : plus elle vendait, plus elle perdait.

Cette phrase, « plus elle vendait, plus elle perdait », est incompréhensible avec les indicateurs classiques. Elle est évidente en une ligne dès qu'on raisonne à l'heure.

Deuxième lecture : le pourcentage n'a rien vu

Le taux de marge est de 31,4 % l'année de la perte et de 31,0 % l'année du redressement. Un dirigeant qui pilote au pourcentage n'aurait détecté ni le problème, ni la solution. C'est la démonstration la plus nette de l'inutilité de cet indicateur pris seul.

Troisième lecture : la moitié du redressement n'a rien coûté

Les charges fixes par heure chutent de 82 à 66 €, alors que les charges fixes totales augmentent de 0,9 %. Il n'y a eu aucun plan d'économies, aucun licenciement, aucune renégociation de bail. Le seul changement est le dénominateur : 25 % d'heures facturables en plus, obtenues par des recrutements et une hausse des heures contrat.

Sur les 39 € de résultat horaire regagnés, 23 € viennent du mix et des prix, et 16 € viennent de la seule dilution des frais généraux. Presque la moitié du redressement vient d'un levier que la plupart des dirigeants ignorent complètement.

Ce qu'il faut en retenir. Deux entreprises identiques, avec le même taux de marge, peuvent afficher l'une une perte de 238 000 € et l'autre un bénéfice de 310 000 €. La différence ne se lit ni dans le chiffre d'affaires, ni dans le pourcentage de marge, ni dans le coefficient. Elle se lit en une ligne : marge par heure contre coût de structure par heure.

10 - Le devisComment construire un devis qui rend ce calcul possible

Tout ce qui précède repose sur une condition : que votre devis sache, ligne par ligne, ce que vous achetez et ce que vous vendez. Beaucoup de devis ne le savent pas. Ils affichent un prix global, ou un forfait « pose comprise », et il devient impossible de dire ensuite combien d'heures ont été vendues, ni à quel prix.

La bonne nouvelle : il n'y a qu'une règle à retenir.

La règle unique. Chaque ligne de votre devis porte deux prix : un prix d'achat (ce que la ligne vous coûte) et un prix de vente (ce que le client paie). Et il y a deux natures de lignes : les fournitures et la main-d'œuvre. C'est tout. Si ces quatre informations sont présentes, votre marge par heure se calcule toute seule.

À quoi ressemble un devis bien construit

Reprenons le chantier à 14 000 € qui sert d'exemple depuis le début de cet article. Voici à quoi il ressemble une fois saisi correctement :

LigneNatureQuantitéPrix d'achatPrix de vente
Pompe à chaleur air/eau 11 kWFourniture1 u5 400 €8 100 €
Module hydraulique, cuivre, consommablesFourniture1 lot1 600 €2 900 €
Pose et mise en serviceMain-d'œuvre60 h33 €/h
soit 1 980 €
50 €/h
soit 3 000 €
Total du devis8 980 €14 000 €

Le prix d'achat de la main-d'œuvre, ce sont les 33 € de coût horaire chargé calculés à la section 04. Le prix de vente, c'est votre tarif horaire client.

Ce devis, saisi comme ça, donne les trois chiffres de la méthode sans aucun travail supplémentaire :

  • Le nombre d'heures sort tout seul : c'est la quantité de la ligne de main-d'œuvre. 60 h.
  • Le déboursé sort tout seul : c'est la somme des prix d'achat des fournitures. 7 000 €.
  • La marge par heure se calcule : (14 000 - 7 000 - 1 980) ÷ 60 = 84 € de l'heure. Au-dessus du point mort de 66 €, en dessous de l'objectif de 86 €.

Vous n'avez rien calculé à la main. Vous avez juste rempli les bonnes cases.

L'erreur qui fausse tout : la main-d'œuvre sans prix d'achat

C'est de très loin l'erreur la plus fréquente, et elle est invisible parce que le devis a l'air normal.

Sur la ligne de pose, on saisit le prix de vente - 3 000 € - et on laisse le prix d'achat vide. Le logiciel en déduit alors que vos heures ne coûtent rien. Résultat, il affiche une marge de 7 000 € au lieu de 5 020 €, et un coefficient flatteur. Vous croyez tenir un bon chantier alors que vous venez d'oublier deux mois de salaire d'un technicien à l'échelle de l'année.

La règle à ne jamais enfreindre. Une heure de main-d'œuvre a un prix d'achat, exactement comme une pompe à chaleur. Ce prix d'achat, c'est votre coût horaire chargé - autour de 33 € dans le bâtiment. Si vous ne connaissez pas le vôtre, calculez-le en deux minutes avec notre calculateur de coût horaire avant de saisir votre prochain devis. Un champ prix d'achat vide sur une ligne de main-d'œuvre, c'est une marge fausse, toujours dans le sens qui fait plaisir.

Les quatre pièges de saisie

  1. Vendre la pose au forfait. « Pose et mise en service : 3 000 € », sans quantité. Le montant est juste, mais l'information des heures est perdue : vous ne pourrez ni calculer votre marge horaire, ni comparer au réalisé. Mettez toujours l'heure en unité, jamais le forfait.
  2. Noyer les heures dans la fourniture. Une ligne « Pompe à chaleur posée : 11 100 € » mélange le matériel et le travail. Séparez systématiquement les deux, même si le client, lui, ne voit qu'un total.
  3. Utiliser le prix catalogue comme prix d'achat. Le prix d'achat, c'est votre prix négocié fournisseur, remises déduites. Le prix catalogue vous fait croire que votre marge est mauvaise et vous pousse à surfacturer inutilement.
  4. Estimer les heures « à la louche » pour aller vite. Un devis chiffré à 40 h et réalisé en 70 h affiche une marge horaire de 84 € sur le papier et de 30 € dans la réalité. Le devis n'était pas rentable : il était mal chiffré.

Pourquoi deux prix par ligne plutôt qu'un coefficient global

C'est ici que le devis rejoint la loi du matériel. Avec un coefficient unique appliqué à tout le devis, vous ne pouvez rien moduler. Avec deux prix par ligne, vous pilotez chaque nature séparément :

Nature de la ligneCoefficient dans l'exempleLe raisonnement
Pompe à chaleur1,50Vous pouvez être compétitif : cette ligne ne consomme aucune heure et reste très rentable
Fournitures annexes1,81Petites quantités, manutention et casse : le coefficient monte naturellement
Main-d'œuvre1,52C'est ici que se joue votre marge horaire : c'est la ligne à surveiller

Sur un contrat d'entretien, où il n'y a presque que de la main-d'œuvre, c'est exactement l'inverse : le coefficient de la ligne d'heures doit monter, sinon rien ne couvre la structure.

Le faire une fois, pas à chaque devis

Saisir tout cela ligne par ligne à chaque chantier serait épuisant. C'est le rôle de la bibliothèque d'articles et d'ouvrages : un « ouvrage » est un bloc préparé une fois pour toutes, qui contient déjà ses fournitures et ses heures, avec les deux prix. Vous créez « Remplacement PAC 11 kW » une seule fois, et vous le déposez ensuite dans vos devis en une ligne.

C'est ce travail-là, fait une fois par type de prestation, qui rend la méthode tenable au quotidien. Voir : la bibliothèque d'articles et d'ouvrages et les devis InterFast, où chaque ligne porte son prix d'achat, son prix de vente et sa nature, et où la marge s'affiche en direct pendant que vous chiffrez.

Le bénéfice caché. Un devis construit comme ça ne sert pas qu'à décider avant de signer. Comme la ligne de main-d'œuvre porte un nombre d'heures, vos heures pointées sur le chantier viennent se comparer automatiquement à ce nombre. Vous ne découvrez plus le dérapage au bilan : vous le voyez à la moitié du chantier, quand il est encore temps d'agir.

11 - Le pilotagePiloter son carnet de commandes en heures

Un carnet de commandes exprimé en euros ne vous dit pas grand-chose. Exprimé en heures, il vous donne deux informations décisives : votre date de fin de charge et votre résultat prévisionnel.

Deux prérequis non négociables. Sur chaque devis : les bons prix d'achat, et le bon nombre d'heures. Sans ces deux données, rien de ce qui suit n'existe. C'est la seule contrainte de saisie de toute la méthode, et c'est celle que presque personne ne respecte : voir la section précédente pour la manière de construire le devis.

Décomposer le carnet en trois blocs

BlocExempleCe qu'il vous dit
Devis signés et planifiés3 000 hCharge ferme, déjà calée dans le planning
Devis signés non planifiés2 000 hCharge ferme à caler
Devis envoyés en attente4 000 hÀ pondérer par votre taux de transformation
Charge probable (transformation 35 %)6 400 hÀ comparer à votre capacité restante

On ventile ensuite par mois selon la saisonnalité réelle, congés compris. Un mois d'août ne produit pas une capacité pleine : il en produit à peu près la moitié. Sans cet ajustement, la projection se trompe de plusieurs semaines.

Dans notre exemple, 6 400 heures de charge probable face à 4 800 heures de capacité restante sur l'exercice : le carnet déborde de 1 600 heures et se termine mi-février de l'année suivante. Ce n'est pas une intuition, c'est une date.

En clair. Le taux de transformation est la proportion de vos devis envoyés qui deviennent des commandes. Si vous envoyez 100 devis et que 35 sont signés, votre taux est de 35 %. Il sert à pondérer le carnet prévisionnel pour ne pas planifier sur du vent.

Les trois leviers que cette date déclenche

  1. Recruter. Chaque technicien ajoute des heures et dilue le point mort de toute l'entreprise. C'est le levier le plus puissant quand le carnet déborde durablement.
  2. Filtrer les devis. Quand la capacité est saturée, une heure vendue à 70 € est une heure qui n'est pas vendue à 180 €. On relève le seuil d'acceptation au lieu de tout prendre.
  3. Sous-traiter. Solution rapide, mais qui déplace votre ressource rare vers les heures d'encadrement. Il faut alors recalculer le modèle sur cette nouvelle base.

Prédire son résultat au lieu de le subir

Puisque chaque devis porte ses heures et sa marge horaire, il suffit d'additionner le réalisé et le carnet pour obtenir l'atterrissage de l'année :

Marge prévisionnelle = Σ ( heures de chaque devis × marge par heure ) EBITDA prévisionnel = Marge prévisionnelle - Charges fixes annuelles

Le compte de résultat cesse d'être une surprise de fin d'exercice. Il devient une projection que l'on corrige mois par mois, avec des leviers identifiés. C'est exactement ce que permet un tableau de bord relié aux devis et aux pointages : les heures prévues et les heures réelles au même endroit, sans double saisie.

12 - À vousCalculez vos propres seuils

Renseignez vos chiffres ci-dessous : vos deux seuils se calculent instantanément. Vous pouvez ensuite tester un devis réel contre eux. Rien n'est envoyé nulle part, tout se calcule dans votre navigateur.

Vos seuils, à partir de vos chiffres

Votre capacité
ETP
pers.
h
%
Vos coûts
€/h
Votre objectif
€/h

Vos deux seuils

Heures facturables par an-
Frais généraux par heure-
Point mort horaireen dessous, vous perdez de l'argent-
Objectifmarge par heure à viser sur un devis-
EBITDA si l'objectif est tenu-

Tester un devis
h
Coefficient-
Marge en % du chiffre d'affaires-
Ce que ce chantier apporte au résultat-

Position du devis sur votre règle horaire

-

Le calcul de la marge par heure retire le coût de vos techniciens du numérateur, puisqu'il est déjà compté dans le point mort. Ne mélangez jamais les deux conventions, sinon vous comptez la main-d'œuvre deux fois.

13 - Sur le terrainLes 8 erreurs qui faussent tout

  1. Raisonner en coefficient ou en pourcentage de marge. Ni l'un ni l'autre ne dit combien d'heures ont été consommées. Dans le cas réel ci-dessus, le taux de marge est identique entre l'année de perte et l'année de redressement.
  2. Oublier de calculer son taux de sous-traitance. Compter des heures de technicien sur une activité massivement sous-traitée donne un résultat sans aucun sens.
  3. Diviser par les heures payées au lieu des heures facturables. C'est une erreur de 25 à 30 % sur tous vos coûts horaires, systématiquement dans le sens de la sous-estimation.
  4. Traiter un alternant comme un technicien confirmé. Il compte pour environ 25 % dans le stock d'heures, et il consomme en plus les heures de son tuteur.
  5. Charger le coût horaire de la totalité des frais généraux. Le prix devient invendable sur les heures nues. L'absorption est une contrainte de portefeuille, pas de ligne à ligne.
  6. Appliquer le même coefficient à tous les types de chantiers. La part de matériel change tout : de 30 € à 180 € de marge horaire pour un travail comparable.
  7. Baisser ses prix quand le carnet se vide. C'est précisément le moment où le point mort monte, parce que les frais généraux se répartissent sur moins d'heures.
  8. Ne jamais comparer le prévu au réalisé. Une marge horaire calculée sur un devis ne vaut rien si l'estimation d'heures est fausse. Une entreprise qui devise à 120 €/h et réalise à 55 €/h n'a pas un problème de marché : elle a un problème de chiffrage ou de conduite de chantier.
Les deux limites de la méthode. La marge par heure ne dit rien du besoin de trésorerie : un chantier avec 14 000 € de matériel à avancer reste à financer, même s'il affiche une excellente marge horaire. Elle ne dit rien non plus du risque technique et assurantiel. C'est votre filtre principal de décision, ce n'est pas votre seul filtre. Sur le premier point, voir notre article sur la réduction du besoin en fonds de roulement sur un chantier.

14 - La méthodePar où commencer lundi matin

Vous n'avez pas besoin d'un système complet pour démarrer. Voici l'ordre exact des sept étapes, de la plus simple à la plus structurante.

  1. Calculez votre taux de sous-traitance sur l'année écoulée. Il détermine quelles heures vous devez compter. Cinq minutes avec votre comptabilité.
  2. Comptez vos heures payées par technicien, réellement, bulletins en main. Pas les heures du contrat : les heures payées.
  3. Mesurez votre taux de facturation sur vos pointages des six derniers mois. Si vous ne pointez pas, c'est le premier chantier à ouvrir : sans heures réelles, tout le reste reste théorique.
  4. Additionnez vos charges fixes de l'année dernière, ajustées de ce qui a changé, et divisez-les par vos heures facturables. Vous tenez votre point mort horaire.
  5. Fixez votre objectif de résultat par heure. C'est une décision de dirigeant, pas un calcul. Ajoutez-le au point mort : vous tenez votre seuil d'acceptation.
  6. Reprenez la structure de vos devis selon la section 10 : deux prix par ligne, fournitures et main-d'œuvre séparées, l'heure en unité. Puis paramétrez vos deux seuils dans votre logiciel. À partir de là, la décision prend dix secondes.
  7. Comparez chaque mois le prévu au réalisé, chantier par chantier. C'est cette boucle-là qui fait progresser le chiffrage, et donc la marge.

Les étapes 3 et 7 sont celles qui décrochent le plus souvent, parce qu'elles supposent de collecter des heures réelles sur le terrain. C'est précisément le rôle d'un outil de gestion : rattacher les heures pointées au bon chantier, comparer automatiquement au devis et faire remonter l'écart avant la fin du chantier plutôt qu'au bilan. Voir : le suivi des heures InterFast et le suivi de chantier.

Vos heures, vos marges et vos devis au même endroit

Pointage mobile des heures par chantier, marge calculée en direct sur chaque devis, comparaison automatique du prévu et du réalisé : testez InterFast gratuitement, sans carte bancaire, ou faites-vous montrer la méthode sur vos propres chiffres.

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15 - Les motsGlossaire : tous les termes en clair

TermeDéfinition en clair
Heure payéeHeure figurant sur le bulletin de paie, heures supplémentaires comprises. Entre 1 500 et 1 820 par an selon l'organisation.
Heure facturable(vendable, productive)Heure réellement vendue à un client. Environ 70 % des heures payées, une fois retirés congés, maladie, formation, trajets et aléas.
Taux de facturationPart des heures payées qui sont facturables. La valeur de référence dans le bâtiment est de 70 %.
DéboursTotal de ce que le chantier coûte en achats : matériel, fournitures, sous-traitance.
CoefficientRapport entre le prix de vente et le débours. Un coefficient de 1,40 signifie que l'on vend 1,40 fois ce que l'on achète.
MCD(marge sur coûts directs)Vente moins matériel, moins sous-traitance, moins coût des heures de production. C'est ce qui reste pour payer la structure et dégager du résultat.
Frais généraux(charges fixes, coûts indirects)Tout ce qui ne se facture jamais directement à un client : direction, administratif, commerciaux, loyer, assurances, logiciels, véhicules.
Point mort horaireMarge par heure en dessous de laquelle l'entreprise perd de l'argent. Égal aux frais généraux divisés par les heures facturables.
EBITDA(en français : EBE)Résultat d'exploitation avant amortissements, intérêts et impôts. Ce que l'activité dégage réellement.
Heure nueHeure vendue sans matériel : dépannage, contrat d'entretien, maintenance. Structurellement la moins rentable.
Carnet de commandesEnsemble des devis signés non encore produits. Exprimé en heures, il donne votre date de fin de charge.
Taux de transformationProportion des devis envoyés qui deviennent des commandes. Sert à pondérer le carnet prévisionnel.
Mix produitRépartition de votre activité entre les différents types de chantiers. C'est lui qui détermine votre marge horaire moyenne.

16 - QuestionsFAQ : la marge par heure en clair

C'est quoi la marge par heure ? +
C'est ce qu'un chantier rapporte pour chaque heure de travail qu'il consomme. On retire du prix de vente les achats de matériel, la sous-traitance et le coût des heures des techniciens, puis on divise par le nombre d'heures passées. Contrairement au chiffre d'affaires ou au pourcentage de marge, elle tient compte du temps, qui est la ressource limitée d'une entreprise de travaux.
Comment calculer sa marge horaire dans le bâtiment ? +
La formule est : (prix de vente HT - achats de matériel - sous-traitance - coût des heures de production) ÷ nombre d'heures prévues. Exemple : un chantier vendu 14 000 €, avec 7 000 € d'achats, 60 heures de travail et un coût de technicien de 33 €/h donne (14 000 - 7 000 - 1 980) ÷ 60 = 84 € de marge par heure.
Combien coûte réellement une heure de technicien ? +
Il faut prendre le coût chargé annuel du technicien et le diviser par ses heures facturables, pas par ses heures payées. Un technicien à 43 500 € chargés par an pour 1 274 heures facturables coûte 34 € de l'heure facturable, contre 27 € si l'on divise par les 1 820 heures payées. En pratique, le coût horaire réel se situe le plus souvent entre 33 et 35 € de l'heure facturable.
Combien d'heures facturables par an et par technicien ? +
Un technicien est payé entre 1 500 et 1 820 heures par an selon l'organisation. Environ 70 % de ces heures sont réellement vendues à un client, le reste partant en congés, jours fériés, maladie, formation, trajets, réunions et aléas. Cela donne un ordre de grandeur de 1 100 à 1 300 heures facturables par an et par technicien confirmé. Un alternant compte pour environ 25 % de ce volume.
C'est quoi le point mort horaire ? +
C'est la marge par heure en dessous de laquelle l'entreprise perd de l'argent. Il se calcule en divisant les charges fixes annuelles par le nombre d'heures facturables de l'année. Par exemple, 1 018 000 € de charges fixes divisés par 15 491 heures facturables donnent un point mort de 66 € par heure : en dessous, chaque heure vendue creuse le résultat.
Quelle marge horaire faut-il viser ? +
L'objectif se décide, il ne se constate pas. On additionne le point mort horaire et le résultat que l'on veut dégager par heure. Avec 66 € de point mort et un objectif de 20 € de résultat par heure, soit environ 7 % de marge d'EBITDA, le seuil d'acceptation d'un devis est de 86 € de marge par heure. Une entreprise qui part de très bas remonte par paliers plutôt que d'afficher d'emblée une cible irréaliste.
Pourquoi le pourcentage de marge est-il trompeur ? +
Parce qu'il ignore le temps passé. Un chantier riche en matériel affiche un pourcentage de marge faible tout en étant très rentable, puisqu'il consomme peu d'heures. Sur le cas réel présenté dans cet article, le taux de marge était de 31,4 % l'année d'une perte de 238 000 € et de 31,0 % l'année d'un bénéfice de 310 000 € : le pourcentage n'a rien vu, ni du problème, ni de la solution.
Faut-il intégrer les frais généraux dans son taux horaire de vente ? +
Non, pas intégralement. Additionner 33 € de coût technicien et 66 € de frais généraux donnerait un prix de vente minimum d'environ 100 € de l'heure nue, invendable hors des grandes métropoles. L'absorption des frais généraux est une contrainte de portefeuille : certains chantiers pauvres en matériel ne porteront jamais leur part de structure et doivent être compensés par des chantiers riches en matériel.
Comment savoir si un devis est rentable avant de le signer ? +
Il faut deux informations fiables sur le devis : les bons prix d'achat et le bon nombre d'heures. On calcule ensuite la marge par heure et on la compare à deux seuils calculés une fois par an, le point mort horaire et l'objectif. Au-dessus de l'objectif, le chantier fait votre année. Entre les deux, il paie la structure sans enrichir l'entreprise. En dessous du point mort, il vous coûte de l'argent.
Faut-il réduire ses frais généraux pour être plus rentable ? +
Pas mécaniquement. Une partie des frais généraux fabrique vos heures facturables : chargé d'affaires, chiffreur, planificateur, relance des devis. Les couper fait baisser les frais généraux mais aussi le nombre d'heures vendues, souvent plus vite, et le point mort horaire monte. Le test à appliquer devant chaque ligne est : « si je supprime cette dépense demain, est-ce que je vends moins d'heures, ou moins cher l'heure ? » Si oui, ne touchez pas. Si non, c'est un vrai gisement.
Combien de personnes de structure pour un technicien ? +
Il n'y a pas de norme, mais l'impact se chiffre. Sur une entreprise de 12 techniciens et 15 000 heures facturables, trois personnes de structure supplémentaires à 55 000 € chargés représentent 165 000 € de frais généraux en plus, soit 11 € de point mort horaire. L'entreprise doit alors vendre 11 € de plus sur chaque heure, toute l'année, pour le même résultat. C'est ce ratio qui explique que les frais généraux par heure aillent de 28 à 85 € d'une entreprise à l'autre.
Faut-il mettre un prix d'achat sur la main-d'œuvre dans un devis ? +
Oui, systématiquement. Une heure de main-d'œuvre a un prix d'achat exactement comme une fourniture : c'est votre coût horaire chargé, autour de 33 € dans le bâtiment. Si ce champ reste vide, le logiciel considère que vos heures ne coûtent rien et affiche une marge fausse, toujours surévaluée. Sur un chantier de 60 heures, l'écart est de 1 980 € sur un seul devis.
Comment saisir la main-d'œuvre dans un devis pour pouvoir calculer sa marge horaire ? +
Créez une ligne distincte de la fourniture, avec l'heure comme unité et le nombre d'heures en quantité - jamais un forfait. Renseignez son prix d'achat (votre coût horaire chargé) et son prix de vente (votre tarif horaire client). Le nombre d'heures et le déboursé sortent alors du devis tout seuls, et la marge par heure se calcule sans travail supplémentaire.
Que faire quand le carnet de commandes se vide ? +
Surtout pas casser les prix. Quand le volume d'heures vendues baisse, les frais généraux se répartissent sur moins d'heures et le point mort horaire monte : baisser les prix à ce moment-là aggrave exactement le problème que l'on cherche à résoudre. Les bons leviers sont de relancer commercialement, de convertir des interventions ponctuelles en contrats d'entretien récurrents et de reporter les embauches administratives, qui augmentent le point mort de toute l'entreprise.
Cette méthode fonctionne-t-elle pour un artisan seul ? +
Oui, et elle est même plus simple à mettre en place : votre stock d'heures est le vôtre, vos frais généraux sont ceux de votre entreprise, et votre point mort horaire vous dit exactement en dessous de quel tarif vous travaillez à perte. La différence est que vos heures de chiffrage, de devis et d'administratif viennent directement réduire vos heures facturables : le taux de facturation d'un artisan seul est souvent plus proche de 55 à 60 % que de 70 %.
Faut-il un logiciel pour piloter à l'heure ? +
Pas pour démarrer : le calcul des deux seuils se fait dans un tableur en une demi-journée. Un logiciel devient nécessaire à l'étape suivante, celle où il faut que chaque devis porte ses heures, que les heures réelles soient pointées sur le bon chantier et que l'écart entre prévu et réalisé remonte automatiquement. C'est ce travail de collecte, répété sur des centaines de chantiers, qui n'est pas tenable à la main.

17 - Pour conclureUne soustraction, deux nombres

Si vous ne deviez retenir qu'une chose de ce guide, retenez cette soustraction :

Marge par heure - Charges fixes par heure = Résultat par heure Résultat par heure × Heures facturables = EBITDA de l'exercice

Tout le reste n'est que de l'alimentation de données. Deux nombres suffisent à piloter : ce que rapporte une de vos heures, et ce que coûte une de vos heures.

Ce changement de regard a une conséquence immédiate et parfois désagréable : certains de vos chantiers préférés, ceux dont vous êtes fier techniquement, apparaîtront sous le point mort. Et certains dossiers que vous jugiez médiocres se révéleront être ceux qui paient les salaires. C'est le prix de la lucidité, et c'est aussi ce qui rend la décision possible.

Commencez petit : calculez votre point mort horaire cette semaine. Ce seul chiffre, affiché en face de chaque devis, change déjà la conversation avec vos clients, vos chargés d'affaires et vos équipes.

À propos des auteurs

Hedi Marinier, fondateur d'InterFast

J'ai commencé ma carrière en dirigeant une entreprise de climatisation. Aujourd'hui, j'aide les artisans et les PME du bâtiment à mieux vivre leur entreprise en fournissant une solution web et mobile qui leur permet de gérer facilement leur entreprise.

Louis Béarzi, directeur d'exploitation

Directeur d'exploitation

Plus de dix ans dans le BTP et les travaux publics, à piloter des exploitations au quotidien. C'est de ses méthodes de pilotage à l'heure - budget, carnet de commandes et arbitrage des devis - que vient l'essentiel du contenu de cet article.

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