RH et recrutement

Intérim dans le BTP : coût réel, coefficient et arbitrage

Un intérimaire coûte 1,8 à 2,3 fois son taux horaire brut. C'est cher à l'heure, et souvent rentable au chantier.

Hedi Marinier, fondateur d'InterFast
InterFast Publié le 12 août 2026
6 min de lecture Dictionnaire

L'intérim est le poste où les dirigeants du bâtiment se trompent le plus souvent de calcul : ils comparent un coût horaire à un salaire brut, alors qu'il faut le comparer à un coût employeur complet, heures productives incluses.

01 - DéfinitionDéfinition

Définition — Intérim

L'intérim est la mise à disposition temporaire d'un salarié par une entreprise de travail temporaire auprès d'une entreprise utilisatrice. L'intérimaire reste salarié de l'agence, qui facture une prestation intégrant salaire, charges, indemnités et marge.

Aussi appelé : travail temporaire, intérimaire.
Facturation Coût horaire facturé = Taux horaire de référence × Coefficient de facturation Le coefficient varie généralement de 1,8 à 2,3 selon la qualification, la durée et la tension du marché.
Comparaison utile Écart = Coût horaire intérim Coût horaire chargé d'un salarié Le coût horaire chargé du salarié doit être calculé sur ses heures productives, pas sur ses heures payées.

02 - CalculCe que couvre le coefficient de facturation

Le coefficient n'est pas une marge d'agence : il intègre des postes que l'entreprise paierait de toute façon avec un salarié.

ComposantePoids indicatifL'entreprise le paie-t-elle avec un salarié ?
Salaire brut de référence1,00Oui
Charges patronales0,40 à 0,45Oui
Indemnité de fin de mission (10 %)0,10Non (sauf CDD)
Indemnité compensatrice de congés payés (10 %)0,10Oui, sous forme de congés
Gestion, recrutement, formation, marge agence0,20 à 0,35Partiellement (coût de recrutement interne)
Coefficient total1,80 à 2,30

Décomposition indicative. Les coefficients réels se négocient, notamment sur les missions longues.

Une fois retirées les composantes que l'entreprise supporterait de toute façon, le surcoût réel de l'intérim se situe plutôt entre 15 et 30 % qu'aux 100 % que suggère le coefficient.

03 - ExempleExemple : intérimaire ou salarié sur une mission de trois mois

Un monteur qualifié, taux horaire de référence 15 €, coefficient 2,0. Le salarié équivalent coûte 47 000 € par an pour 1 249 heures productives.

IntérimaireSalarié
Coût horaire facturé ou chargé30,00 €37,63 €
Heures facturées ou payées sur 3 mois455 h455 h
Coût direct13 650 €11 750 €
Heures réellement productives455 h312 h
Coût de l'heure productive30,00 €37,66 €
Engagement au-delà de la missionAucunContrat permanent

Sur une mission courte, l'intérimaire n'est pas plus cher à l'heure produite : l'entreprise ne paie ni ses congés, ni ses jours fériés, ni son inter-chantier. Le calcul s'inverse dès que la mission dépasse six à huit mois, où le salarié redevient nettement plus économique.

Comparer un coefficient de 2,0 à un salaire brut est le raccourci le plus coûteux du secteur. La seule base de comparaison honnête est le coût de l'heure productive.

04 - RepèresLe cadre légal à connaître

Le recours à l'intérim est encadré : les manquements se paient en requalification en CDI.

Motif Le contrat doit mentionner un motif de recours valable : remplacement, accroissement temporaire d'activité, emploi saisonnier. Un motif générique fragilise le contrat.
18 mois Durée maximale de droit commun, renouvellements inclus, sauf cas particuliers prévus par le code du travail.
Carence Entre deux missions sur le même poste : un tiers de la durée du contrat précédent s'il durait 14 jours ou plus, la moitié en deçà.
Égalité L'intérimaire bénéficie de la même rémunération qu'un salarié de qualification équivalente occupant le même poste dans l'entreprise.

L'entreprise utilisatrice reste responsable de la sécurité de l'intérimaire pendant la mission, y compris de l'accueil sécurité et de la fourniture des équipements de protection.

05 - DistinctionsÀ ne pas confondre avec

Trois formes de main-d'œuvre externe aux régimes très différents.

TermeLa différence avec l'intérim
Sous-traitanceLe sous-traitant vend un ouvrage avec obligation de résultat et encadre ses propres salariés. L'intérimaire est placé sous l'autorité de l'entreprise utilisatrice.
Prêt de main-d'œuvreLe prêt de main-d'œuvre entre entreprises doit être à but non lucratif. Facturé avec marge, il devient du prêt illicite, lourdement sanctionné.
CDDLe CDD lie directement le salarié à l'entreprise, qui gère la paie et les obligations sociales. L'intérim externalise cette charge à l'agence.

06 - ErreursLes erreurs fréquentes

1 Comparer le coefficient au salaire brutLe coefficient couvre les charges, les congés et l'indemnité de fin de mission. La comparaison ne vaut qu'avec un coût employeur complet, ramené aux heures productives.
2 Ne pas négocier les missions longuesUn coefficient se négocie, surtout au-delà de trois mois ou sur un volume annuel régulier. Les entreprises qui ne demandent jamais paient 0,2 à 0,3 point de trop.
3 Ignorer le délai de carenceEnchaîner deux missions sur le même poste sans respecter la carence expose à une requalification en CDI, avec rappel de salaires et indemnités.
4 Oublier l'accueil sécuritéL'intérimaire est statistiquement plus exposé aux accidents du travail. L'entreprise utilisatrice reste responsable de sa sécurité pendant toute la mission.

07 - PilotageFaire de l'intérim une variable d'ajustement, pas un mode de fonctionnement

Le suivi pertinent est le poids de l'intérim dans les heures totales de production. En dessous de 10 %, il joue son rôle d'amortisseur. Au-delà de 25 % de façon durable, l'entreprise a un problème de structure, pas de pic d'activité.

Chaque heure d'intérim doit être affectée à un chantier au même titre qu'une heure de salarié, sinon la rentabilité du chantier est fausse. C'est l'oubli le plus fréquent dans les suivis de chantier tenus sur tableur.

Enfin, un intérimaire qui revient plusieurs fois est un candidat au recrutement déjà évalué en situation réelle, sans coût de sourcing. Beaucoup d'entreprises du bâtiment recrutent ainsi leurs meilleurs profils.

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08 - QuestionsQuestions fréquentes

Quel est le coefficient de facturation d'un intérimaire dans le BTP ? +
Entre 1,8 et 2,3 selon la qualification, la durée de la mission et la tension du marché local. Il couvre le salaire, les charges, l'indemnité de fin de mission, les congés payés et la marge de l'agence.
L'intérim coûte-t-il vraiment plus cher qu'un salarié ? +
À l'heure produite, l'écart est faible sur les missions courtes, car l'entreprise ne paie ni congés, ni jours fériés, ni heures inter-chantiers. Le salarié redevient nettement plus économique au-delà de six à huit mois.
Quelle est la durée maximale d'une mission d'intérim ? +
18 mois en règle générale, renouvellements compris, avec des durées différentes selon le motif de recours. Le dépassement expose à une requalification en contrat à durée indéterminée.
Qu'est-ce que le délai de carence en intérim ? +
C'est la période pendant laquelle le poste ne peut pas être pourvu à nouveau en intérim : un tiers de la durée du contrat précédent s'il a duré 14 jours ou plus, la moitié s'il a duré moins.

09 - Aller plus loinTermes liés

Retrouvez les 163 termes du dictionnaire de la gestion d'entreprise du bâtiment, classés par famille.

Sources

  1. Légifrance, code du travail, contrat de mission et travail temporaire - legifrance.gouv.fr
  2. Service-public.fr, contrat de travail temporaire - service-public.fr
  3. OPPBTP, accueil et sécurité des intérimaires sur les chantiers - preventionbtp.fr

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