Légal et juridique

Sous-traitance dans le BTP : cadre légal, contrat et risques à éviter

Vous confiez un lot à une autre entreprise, ou vous intervenez pour le compte d'un confrère ? La sous-traitance de travaux est encadrée par une loi de 1975 que peu de dirigeants connaissent en détail — et c'est souvent au moment de l'impayé qu'on la découvre. Ce guide reprend tout : la définition, les obligations, les clauses du contrat, la facturation et les pièges qui coûtent le plus cher.

Hedi Marinier, fondateur d'InterFast
InterFast Publié le 26 juillet 2026
12 min de lecture Guide

Dans le bâtiment, la sous-traitance est la norme plutôt que l'exception : un chantier un peu structuré mobilise presque toujours plusieurs entreprises sous la responsabilité d'un titulaire unique. Ce qui pose problème, ce n'est pas la pratique, c'est la légèreté avec laquelle elle est souvent formalisée.

Un devis accepté par téléphone, un lot confié « comme d'habitude » à un confrère, aucune déclaration au maître d'ouvrage : tant que le chantier se passe bien, personne ne s'en aperçoit. Le jour où il y a un retard, une malfaçon ou une facture impayée, chacun découvre que son seul document est un mail de deux lignes.

Ce guide reprend le sujet à la base, pour l'entrepreneur principal comme pour le sous-traitant.

1975
la loi du 31 décembre encadre toute sous-traitance de travaux en France
0 €
de TVA sur la facture du sous-traitant : elle est autoliquidée par le donneur d'ordre
6 mois
la fréquence à laquelle l'attestation de vigilance URSSAF doit être réclamée

01 - La définitionLa sous-traitance en une phrase

La sous-traitance est l'opération par laquelle une entreprise titulaire d'un marché confie à une autre entreprise, sous sa responsabilité, l'exécution de tout ou partie de ce marché. C'est la définition de l'article 1er de la loi n° 75-1334 du 31 décembre 1975.

Trois acteurs entrent en jeu, et il faut bien les distinguer :

  • Le maître d'ouvrage : celui qui commande et paie les travaux (un particulier, un bailleur, une collectivité).
  • L'entrepreneur principal : l'entreprise titulaire du marché, seule responsable de l'ensemble devant le maître d'ouvrage.
  • Le sous-traitant : l'entreprise qui exécute une partie des travaux pour le compte de l'entrepreneur principal.

Le point à retenir : le sous-traitant n'a aucun contrat avec le maître d'ouvrage. Son client, c'est l'entrepreneur principal. C'est précisément ce déséquilibre — travailler sur un chantier sans lien juridique avec celui qui détient l'argent — que la loi de 1975 a été écrite pour corriger.

À retenir. Le sous-traitant exécute des travaux. Une entreprise qui vous livre uniquement du matériel n'est pas un sous-traitant mais un fournisseur, et rien de ce qui suit ne s'applique.

02 - Ne plus confondreSous-traitance, cotraitance, prêt de main-d'œuvre

Trois montages très différents sont régulièrement confondus sur le terrain, alors qu'ils n'emportent ni les mêmes responsabilités ni les mêmes risques.

  Sous-traitance Cotraitance Prêt de main-d'œuvre
Qui est titulaire du marché ? Une seule entreprise Plusieurs entreprises groupées Sans objet
Contrat avec le maître d'ouvrage Non, uniquement avec l'entrepreneur principal Oui, chaque cotraitant signe Non
Objet Exécution d'un ouvrage défini Exécution d'un lot par chaque membre Mise à disposition de personnel
Qui encadre les salariés ? Le sous-traitant Chaque cotraitant L'entreprise utilisatrice
Qui paie ? L'entrepreneur principal (ou paiement direct en marché public) Le maître d'ouvrage L'entreprise utilisatrice
Risque principal Impayé, absence de déclaration Solidarité entre membres du groupement Délit de marchandage si but lucratif

Le prêt de main-d'œuvre à but lucratif est interdit hors intérim : facturer des heures d'ouvriers placés sous les ordres d'une autre entreprise expose au délit de marchandage. Un vrai contrat de sous-traitance porte sur un ouvrage à réaliser, pas sur des heures d'homme.

03 - Le cadre légalLes 3 obligations de la loi de 1975

La loi n° 75-1334 poursuit un objectif unique : faire en sorte que le sous-traitant soit payé, même si l'entrepreneur principal fait défaut. Elle impose pour cela trois obligations.

1. Faire accepter le sous-traitant et agréer ses conditions de paiement

L'entrepreneur principal doit présenter chaque sous-traitant au maître d'ouvrage et lui faire agréer les conditions de paiement, avant tout commencement d'exécution. En marché public, cela passe par un acte spécial (le formulaire DC4 est couramment utilisé). En marché privé, la demande se fait par écrit auprès du maître d'ouvrage.

Un sous-traitant « oublié » reste payable par l'entrepreneur principal, mais il perd le paiement direct, et le titulaire s'expose à une mise en demeure puis à la résiliation du marché à ses torts.

2. Garantir le paiement (marché privé)

C'est l'article 14 de la loi, et c'est le plus méconnu : en marché privé, l'entrepreneur principal doit fournir au sous-traitant, avant le démarrage des travaux, une caution personnelle et solidaire délivrée par un établissement qualifié, ou une délégation de paiement du maître d'ouvrage.

La sanction est lourde : à défaut, le contrat de sous-traitance est nul. Cette nullité est protectrice — seul le sous-traitant peut l'invoquer, et il conserve son droit à être payé pour les travaux réalisés.

3. Le paiement direct (marché public)

En marché public, le sous-traitant accepté et agréé est payé directement par le maître d'ouvrage pour la part du marché qu'il exécute, dès lors que le montant sous-traité dépasse le seuil réglementaire. L'entrepreneur principal dispose d'un délai pour accepter ou refuser, de façon motivée, les demandes de paiement transmises.

Le réflexe. Avant de démarrer un chantier en sous-traitance, posez deux questions : « suis-je déclaré au maître d'ouvrage ? » et « quelle est ma garantie de paiement ? ». Sans réponse écrite aux deux, ne sortez pas le camion.

04 - Le contratLes 12 clauses indispensables

La loi n'impose pas de forme écrite au contrat lui-même. Mais sans écrit, la consistance des travaux, le prix et les délais deviennent invérifiables : en cas de litige, c'est la parole de l'un contre celle de l'autre. Un contrat de sous-traitance sérieux couvre douze points.

  1. L'identification des parties et la référence au marché principal (maître d'ouvrage, opération, adresse du chantier, nature privée ou publique).
  2. La consistance exacte des travaux, avec ce qui est inclus et surtout ce qui est exclu.
  3. L'ordre de priorité des pièces contractuelles, pour trancher les contradictions entre CCTP, plans et contrat.
  4. Le prix : forfaitaire ou révisable, décomposé en annexe, avec la participation au compte prorata.
  5. Les délais et le planning, ainsi que le traitement des intempéries et des retards non imputables.
  6. Les modalités de facturation : situations mensuelles, délai de vérification, délai de paiement, autoliquidation de TVA.
  7. La garantie de paiement : caution, délégation ou paiement direct selon le type de marché.
  8. Les assurances : responsabilité civile professionnelle et décennale, avec attestations à jour annexées.
  9. La sécurité : respect du PGC, PPSPS lorsqu'il est requis, EPI et habilitations.
  10. Les documents de vigilance à remettre à la signature puis tous les six mois.
  11. La réception : procès-verbal contradictoire, levée des réserves, garanties de parfait achèvement et décennale.
  12. Les pénalités et la résiliation, avec un plafond de pénalités et une procédure de mise en demeure.

Un modèle de contrat de sous-traitance prêt à l'emploi

Nous avons rédigé un modèle Word gratuit qui reprend ces 12 points sous forme de 19 articles, plus trois annexes à compléter : consistance des travaux, planning et pièces à fournir.

Télécharger le modèle gratuit

05 - L'argentFacturation, TVA et paiement

Le sous-traitant facture hors taxes

Depuis 2014, la TVA sur les travaux de construction réalisés en sous-traitance est autoliquidée par le preneur assujetti, en application de l'article 283-2 nonies du code général des impôts. Concrètement : le sous-traitant établit une facture HT portant la mention « Autoliquidation », et c'est l'entrepreneur principal qui déclare la TVA.

Le mécanisme s'applique aux travaux de bâtiment, de réparation, de nettoyage, d'entretien et de réfection d'immeubles. Il ne s'applique pas aux livraisons de matériels sans pose, ni aux prestations intellectuelles.

Les délais de paiement

Le contrat de sous-traitance est soumis aux plafonds de l'article L. 441-10 du code de commerce : 30 jours par défaut, 60 jours à compter de la facture, ou 45 jours fin de mois lorsque cette formule est expressément convenue. Un délai calé sur « le paiement du maître d'ouvrage » — la fameuse clause « payé quand je serai payé » — n'est pas opposable au sous-traitant.

La retenue de garantie

Une retenue de 5 % peut être pratiquée sur les situations pour couvrir la levée des réserves. Elle est consignée et libérée à l'expiration du délai de garantie de parfait achèvement, sauf réserves notifiées. Le sous-traitant peut la remplacer par une caution bancaire de même montant pour préserver sa trésorerie.

06 - Sur le terrainLes risques encourus

La solidarité financière du donneur d'ordre

Si vous ne réclamez pas les documents de vigilance prévus aux articles L. 8222-1 et D. 8222-5 du code du travail, vous pouvez être tenu solidairement responsable du paiement des cotisations sociales, impôts et rémunérations dus par votre sous-traitant en cas de travail dissimulé. Une négligence administrative peut donc se transformer en dette de plusieurs dizaines de milliers d'euros.

La requalification en prêt de main-d'œuvre illicite

Un contrat facturé à l'heure, sans ouvrage clairement défini, avec des ouvriers encadrés par le donneur d'ordre : les trois indices d'une requalification. Les sanctions du marchandage et du prêt de main-d'œuvre illicite sont pénales, pour l'entreprise comme pour son dirigeant.

La responsabilité vis-à-vis du maître d'ouvrage

L'entrepreneur principal reste seul responsable de l'ensemble du chantier : les malfaçons du sous-traitant sont ses malfaçons. Il dispose d'un recours contre lui, mais devra d'abord réparer. D'où l'importance de vérifier les assurances avant l'intervention, et non après le sinistre.

La sous-traitance en cascade

Un sous-traitant qui sous-traite à son tour doit obtenir l'accord écrit de l'entrepreneur principal, et le second sous-traitant doit lui aussi être accepté et agréé. Faute de quoi la chaîne de garanties se rompt : en cas de défaillance, personne ne sait plus qui doit payer quoi.

07 - La méthodeSécuriser une sous-traitance en 7 étapes

  1. Vérifier l'entreprise avant de s'engager : extrait d'immatriculation, attestation de vigilance URSSAF, attestations d'assurance RC et décennale, qualifications éventuelles.
  2. Écrire le contrat avant le démarrage, en détaillant la consistance des travaux et ce qui en est exclu.
  3. Déclarer le sous-traitant au maître d'ouvrage et faire agréer ses conditions de paiement.
  4. Mettre en place la garantie de paiement : caution ou délégation en marché privé, acte spécial en marché public.
  5. Cadrer le démarrage : planning, PPSPS, accès au chantier, interlocuteur unique, réunions de suivi.
  6. Tracer l'exécution : comptes rendus, photos, ordres de service écrits pour tout travail supplémentaire, situations mensuelles validées.
  7. Réceptionner par écrit : procès-verbal contradictoire, réserves datées, délai de levée, libération de la retenue de garantie.

La sixième étape est celle qui décroche le plus souvent, parce qu'elle se joue tous les jours et sur plusieurs chantiers à la fois. C'est là qu'un outil de gestion centralisé change la donne : documents rattachés au chantier, situations suivies, échanges tracés et rien qui ne dorme dans une boîte mail. Voir : le suivi de chantier InterFast.

08 - QuestionsFAQ : la sous-traitance BTP en clair

Qu'est-ce que la sous-traitance dans le BTP ? +
C'est l'opération par laquelle une entreprise titulaire d'un marché de travaux confie, sous sa responsabilité, l'exécution de tout ou partie de ce marché à une autre entreprise. Le sous-traitant n'a pas de contrat avec le maître d'ouvrage : son cocontractant est l'entrepreneur principal.
Quelle différence avec la cotraitance ? +
En cotraitance, plusieurs entreprises sont titulaires du même marché et signent directement avec le maître d'ouvrage, qui les paie chacune. En sous-traitance, une seule entreprise est titulaire et fait exécuter une partie des travaux sous sa responsabilité.
Faut-il déclarer son sous-traitant ? +
Oui, avant tout commencement d'exécution. L'entrepreneur principal doit faire accepter le sous-traitant et agréer ses conditions de paiement par le maître d'ouvrage. À défaut, le sous-traitant perd le paiement direct en marché public et le titulaire s'expose à la résiliation du marché à ses torts.
Comment le sous-traitant est-il payé ? +
En marché public, directement par le maître d'ouvrage lorsqu'il est accepté et agréé et que le montant dépasse le seuil réglementaire. En marché privé, par l'entrepreneur principal, qui doit fournir avant le démarrage une caution personnelle et solidaire ou une délégation de paiement.
Faut-il facturer avec TVA ? +
Non. Les travaux de construction réalisés en sous-traitance pour un preneur assujetti relèvent de l'autoliquidation : le sous-traitant facture hors taxes avec la mention « Autoliquidation », et l'entrepreneur principal déclare la TVA (article 283-2 nonies du CGI).
Quels documents réclamer ? +
L'attestation de vigilance URSSAF de moins de six mois, un extrait d'immatriculation de moins de trois mois, les attestations d'assurance RC et décennale, et le cas échéant la liste des salariés étrangers autorisés à travailler. À renouveler tous les six mois jusqu'à la fin du contrat.
Peut-on sous-traiter un chantier déjà sous-traité ? +
Oui, mais l'accord écrit de l'entrepreneur principal est nécessaire, et le second sous-traitant doit lui aussi être accepté et agréé par le maître d'ouvrage. Sans ces formalités, les garanties de paiement de la chaîne tombent.

09 - Pour conclureUn cadre contraignant, mais protecteur

La loi de 1975 n'a pas été écrite pour compliquer la vie des entreprises : elle existe parce que trop de sous-traitants se retrouvaient sans recours face à un titulaire défaillant. Bien utilisée, elle protège les deux côtés — le sous-traitant contre l'impayé, l'entrepreneur principal contre la solidarité financière et la requalification.

Trois réflexes suffisent à écarter l'essentiel du risque : un contrat écrit avant le démarrage, une déclaration au maître d'ouvrage, et des documents de vigilance à jour. Le reste est une question d'organisation : garder au même endroit les pièces, les situations et les échanges de chaque chantier.

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Sources

  1. Loi n° 75-1334 du 31 décembre 1975 relative à la sous-traitance — legifrance.gouv.fr
  2. Code du travail, articles L. 8222-1 et D. 8222-5 (obligation de vigilance) — legifrance.gouv.fr
  3. Code général des impôts, article 283 (autoliquidation de la TVA en sous-traitance) — legifrance.gouv.fr
  4. Code de commerce, article L. 441-10 (délais de paiement) — legifrance.gouv.fr

À propos de l'auteur

Hedi

J'ai commencé ma carrière en dirigeant une entreprise de climatisation. Aujourd'hui, j'aide les artisans et les PME du bâtiment à mieux vivre leur entreprise en fournissant une solution web et mobile qui leur permet de gérer facilement leur entreprise.

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