Dans le bâtiment, la sous-traitance est la norme plutôt que l'exception : un chantier un peu structuré mobilise presque toujours plusieurs entreprises sous la responsabilité d'un titulaire unique. Ce qui pose problème, ce n'est pas la pratique, c'est la légèreté avec laquelle elle est souvent formalisée.
Un devis accepté par téléphone, un lot confié « comme d'habitude » à un confrère, aucune déclaration au maître d'ouvrage : tant que le chantier se passe bien, personne ne s'en aperçoit. Le jour où il y a un retard, une malfaçon ou une facture impayée, chacun découvre que son seul document est un mail de deux lignes.
Ce guide reprend le sujet à la base, pour l'entrepreneur principal comme pour le sous-traitant.
01 - La définitionLa sous-traitance en une phrase
La sous-traitance est l'opération par laquelle une entreprise titulaire d'un marché confie à une autre entreprise, sous sa responsabilité, l'exécution de tout ou partie de ce marché. C'est la définition de l'article 1er de la loi n° 75-1334 du 31 décembre 1975.
Trois acteurs entrent en jeu, et il faut bien les distinguer :
- Le maître d'ouvrage : celui qui commande et paie les travaux (un particulier, un bailleur, une collectivité).
- L'entrepreneur principal : l'entreprise titulaire du marché, seule responsable de l'ensemble devant le maître d'ouvrage.
- Le sous-traitant : l'entreprise qui exécute une partie des travaux pour le compte de l'entrepreneur principal.
Le point à retenir : le sous-traitant n'a aucun contrat avec le maître d'ouvrage. Son client, c'est l'entrepreneur principal. C'est précisément ce déséquilibre — travailler sur un chantier sans lien juridique avec celui qui détient l'argent — que la loi de 1975 a été écrite pour corriger.
02 - Ne plus confondreSous-traitance, cotraitance, prêt de main-d'œuvre
Trois montages très différents sont régulièrement confondus sur le terrain, alors qu'ils n'emportent ni les mêmes responsabilités ni les mêmes risques.
| Sous-traitance | Cotraitance | Prêt de main-d'œuvre | |
|---|---|---|---|
| Qui est titulaire du marché ? | Une seule entreprise | Plusieurs entreprises groupées | Sans objet |
| Contrat avec le maître d'ouvrage | Non, uniquement avec l'entrepreneur principal | Oui, chaque cotraitant signe | Non |
| Objet | Exécution d'un ouvrage défini | Exécution d'un lot par chaque membre | Mise à disposition de personnel |
| Qui encadre les salariés ? | Le sous-traitant | Chaque cotraitant | L'entreprise utilisatrice |
| Qui paie ? | L'entrepreneur principal (ou paiement direct en marché public) | Le maître d'ouvrage | L'entreprise utilisatrice |
| Risque principal | Impayé, absence de déclaration | Solidarité entre membres du groupement | Délit de marchandage si but lucratif |
Le prêt de main-d'œuvre à but lucratif est interdit hors intérim : facturer des heures d'ouvriers placés sous les ordres d'une autre entreprise expose au délit de marchandage. Un vrai contrat de sous-traitance porte sur un ouvrage à réaliser, pas sur des heures d'homme.
03 - Le cadre légalLes 3 obligations de la loi de 1975
La loi n° 75-1334 poursuit un objectif unique : faire en sorte que le sous-traitant soit payé, même si l'entrepreneur principal fait défaut. Elle impose pour cela trois obligations.
1. Faire accepter le sous-traitant et agréer ses conditions de paiement
L'entrepreneur principal doit présenter chaque sous-traitant au maître d'ouvrage et lui faire agréer les conditions de paiement, avant tout commencement d'exécution. En marché public, cela passe par un acte spécial (le formulaire DC4 est couramment utilisé). En marché privé, la demande se fait par écrit auprès du maître d'ouvrage.
Un sous-traitant « oublié » reste payable par l'entrepreneur principal, mais il perd le paiement direct, et le titulaire s'expose à une mise en demeure puis à la résiliation du marché à ses torts.
2. Garantir le paiement (marché privé)
C'est l'article 14 de la loi, et c'est le plus méconnu : en marché privé, l'entrepreneur principal doit fournir au sous-traitant, avant le démarrage des travaux, une caution personnelle et solidaire délivrée par un établissement qualifié, ou une délégation de paiement du maître d'ouvrage.
La sanction est lourde : à défaut, le contrat de sous-traitance est nul. Cette nullité est protectrice — seul le sous-traitant peut l'invoquer, et il conserve son droit à être payé pour les travaux réalisés.
3. Le paiement direct (marché public)
En marché public, le sous-traitant accepté et agréé est payé directement par le maître d'ouvrage pour la part du marché qu'il exécute, dès lors que le montant sous-traité dépasse le seuil réglementaire. L'entrepreneur principal dispose d'un délai pour accepter ou refuser, de façon motivée, les demandes de paiement transmises.
04 - Le contratLes 12 clauses indispensables
La loi n'impose pas de forme écrite au contrat lui-même. Mais sans écrit, la consistance des travaux, le prix et les délais deviennent invérifiables : en cas de litige, c'est la parole de l'un contre celle de l'autre. Un contrat de sous-traitance sérieux couvre douze points.
- L'identification des parties et la référence au marché principal (maître d'ouvrage, opération, adresse du chantier, nature privée ou publique).
- La consistance exacte des travaux, avec ce qui est inclus et surtout ce qui est exclu.
- L'ordre de priorité des pièces contractuelles, pour trancher les contradictions entre CCTP, plans et contrat.
- Le prix : forfaitaire ou révisable, décomposé en annexe, avec la participation au compte prorata.
- Les délais et le planning, ainsi que le traitement des intempéries et des retards non imputables.
- Les modalités de facturation : situations mensuelles, délai de vérification, délai de paiement, autoliquidation de TVA.
- La garantie de paiement : caution, délégation ou paiement direct selon le type de marché.
- Les assurances : responsabilité civile professionnelle et décennale, avec attestations à jour annexées.
- La sécurité : respect du PGC, PPSPS lorsqu'il est requis, EPI et habilitations.
- Les documents de vigilance à remettre à la signature puis tous les six mois.
- La réception : procès-verbal contradictoire, levée des réserves, garanties de parfait achèvement et décennale.
- Les pénalités et la résiliation, avec un plafond de pénalités et une procédure de mise en demeure.
Un modèle de contrat de sous-traitance prêt à l'emploi
Nous avons rédigé un modèle Word gratuit qui reprend ces 12 points sous forme de 19 articles, plus trois annexes à compléter : consistance des travaux, planning et pièces à fournir.
Télécharger le modèle gratuit05 - L'argentFacturation, TVA et paiement
Le sous-traitant facture hors taxes
Depuis 2014, la TVA sur les travaux de construction réalisés en sous-traitance est autoliquidée par le preneur assujetti, en application de l'article 283-2 nonies du code général des impôts. Concrètement : le sous-traitant établit une facture HT portant la mention « Autoliquidation », et c'est l'entrepreneur principal qui déclare la TVA.
Le mécanisme s'applique aux travaux de bâtiment, de réparation, de nettoyage, d'entretien et de réfection d'immeubles. Il ne s'applique pas aux livraisons de matériels sans pose, ni aux prestations intellectuelles.
Les délais de paiement
Le contrat de sous-traitance est soumis aux plafonds de l'article L. 441-10 du code de commerce : 30 jours par défaut, 60 jours à compter de la facture, ou 45 jours fin de mois lorsque cette formule est expressément convenue. Un délai calé sur « le paiement du maître d'ouvrage » — la fameuse clause « payé quand je serai payé » — n'est pas opposable au sous-traitant.
La retenue de garantie
Une retenue de 5 % peut être pratiquée sur les situations pour couvrir la levée des réserves. Elle est consignée et libérée à l'expiration du délai de garantie de parfait achèvement, sauf réserves notifiées. Le sous-traitant peut la remplacer par une caution bancaire de même montant pour préserver sa trésorerie.
06 - Sur le terrainLes risques encourus
La solidarité financière du donneur d'ordre
Si vous ne réclamez pas les documents de vigilance prévus aux articles L. 8222-1 et D. 8222-5 du code du travail, vous pouvez être tenu solidairement responsable du paiement des cotisations sociales, impôts et rémunérations dus par votre sous-traitant en cas de travail dissimulé. Une négligence administrative peut donc se transformer en dette de plusieurs dizaines de milliers d'euros.
La requalification en prêt de main-d'œuvre illicite
Un contrat facturé à l'heure, sans ouvrage clairement défini, avec des ouvriers encadrés par le donneur d'ordre : les trois indices d'une requalification. Les sanctions du marchandage et du prêt de main-d'œuvre illicite sont pénales, pour l'entreprise comme pour son dirigeant.
La responsabilité vis-à-vis du maître d'ouvrage
L'entrepreneur principal reste seul responsable de l'ensemble du chantier : les malfaçons du sous-traitant sont ses malfaçons. Il dispose d'un recours contre lui, mais devra d'abord réparer. D'où l'importance de vérifier les assurances avant l'intervention, et non après le sinistre.
La sous-traitance en cascade
Un sous-traitant qui sous-traite à son tour doit obtenir l'accord écrit de l'entrepreneur principal, et le second sous-traitant doit lui aussi être accepté et agréé. Faute de quoi la chaîne de garanties se rompt : en cas de défaillance, personne ne sait plus qui doit payer quoi.
07 - La méthodeSécuriser une sous-traitance en 7 étapes
- Vérifier l'entreprise avant de s'engager : extrait d'immatriculation, attestation de vigilance URSSAF, attestations d'assurance RC et décennale, qualifications éventuelles.
- Écrire le contrat avant le démarrage, en détaillant la consistance des travaux et ce qui en est exclu.
- Déclarer le sous-traitant au maître d'ouvrage et faire agréer ses conditions de paiement.
- Mettre en place la garantie de paiement : caution ou délégation en marché privé, acte spécial en marché public.
- Cadrer le démarrage : planning, PPSPS, accès au chantier, interlocuteur unique, réunions de suivi.
- Tracer l'exécution : comptes rendus, photos, ordres de service écrits pour tout travail supplémentaire, situations mensuelles validées.
- Réceptionner par écrit : procès-verbal contradictoire, réserves datées, délai de levée, libération de la retenue de garantie.
La sixième étape est celle qui décroche le plus souvent, parce qu'elle se joue tous les jours et sur plusieurs chantiers à la fois. C'est là qu'un outil de gestion centralisé change la donne : documents rattachés au chantier, situations suivies, échanges tracés et rien qui ne dorme dans une boîte mail. Voir : le suivi de chantier InterFast.
08 - QuestionsFAQ : la sous-traitance BTP en clair
Qu'est-ce que la sous-traitance dans le BTP ?
Quelle différence avec la cotraitance ?
Faut-il déclarer son sous-traitant ?
Comment le sous-traitant est-il payé ?
Faut-il facturer avec TVA ?
Quels documents réclamer ?
Peut-on sous-traiter un chantier déjà sous-traité ?
09 - Pour conclureUn cadre contraignant, mais protecteur
La loi de 1975 n'a pas été écrite pour compliquer la vie des entreprises : elle existe parce que trop de sous-traitants se retrouvaient sans recours face à un titulaire défaillant. Bien utilisée, elle protège les deux côtés — le sous-traitant contre l'impayé, l'entrepreneur principal contre la solidarité financière et la requalification.
Trois réflexes suffisent à écarter l'essentiel du risque : un contrat écrit avant le démarrage, une déclaration au maître d'ouvrage, et des documents de vigilance à jour. Le reste est une question d'organisation : garder au même endroit les pièces, les situations et les échanges de chaque chantier.
Pilotez vos chantiers et vos sous-traitants sans rien perdre
Documents rattachés au chantier, situations suivies, devis et factures au même endroit : testez InterFast gratuitement, sans carte bancaire, ou demandez une démo sur votre cas réel.
Essayer gratuitement Réserver une démoSources
- Loi n° 75-1334 du 31 décembre 1975 relative à la sous-traitance — legifrance.gouv.fr
- Code du travail, articles L. 8222-1 et D. 8222-5 (obligation de vigilance) — legifrance.gouv.fr
- Code général des impôts, article 283 (autoliquidation de la TVA en sous-traitance) — legifrance.gouv.fr
- Code de commerce, article L. 441-10 (délais de paiement) — legifrance.gouv.fr
