Réglementation

TVA à 5,5 % sur la climatisation : ce que l'arrêté du 13 juillet 2026 change pour vos devis

Depuis le 18 juillet 2026, une installation de climatisation réversible peut être facturée à 5,5 % de TVA sur la fourniture et sur la pose, au lieu de 20 % et 10 %. Mais pas n'importe quelle machine, pas dans n'importe quel logement, et pas sur n'importe quel chantier en cours. Ce guide reprend, point par point, ce que l'arrêté exige réellement, ce que vous devez écrire sur vos documents, et ce que vous risquez si vous appliquez le taux trop vite.

Hedi Marinier, fondateur d'InterFast
Hedi Marinier Publié le 31 juillet 2026
16 min de lecture Guide

Le 17 juillet 2026, un arrêté de cinq paragraphes est paru au Journal officiel. Il ne fait pas la une, mais il vient de modifier le prix de sortie de la quasi-totalité des installations de climatisation résidentielle en France.

L'extension du taux réduit de TVA aux pompes à chaleur air/air avait été votée à l'automne 2025, à l'article 92 de la loi de finances pour 2026. Elle était restée lettre morte pendant six mois : le texte renvoyait à un arrêté censé fixer les critères de performance, et cet arrêté n'arrivait pas. Les canicules successives de juin et de juillet ont accéléré le calendrier gouvernemental, initialement calé sur la rentrée de septembre. L'arrêté du 13 juillet 2026 a été publié au Journal officiel du 17 juillet, et il est applicable depuis le 18 juillet 2026.

Pour un installateur de climatisation, ce n'est pas une nouvelle réglementation de plus. C'est un changement qui touche simultanément le prix affiché au client, le contenu du devis, la sélection du matériel au catalogue et l'exposition de l'entreprise en cas de contrôle fiscal. Ce guide traite les quatre.

À qui s'adresse ce guide. Aux entreprises qui posent de la climatisation, de la pompe à chaleur air/air ou du multi-split chez des particuliers : frigoristes et climaticiens, chauffagistes, installateurs de pompes à chaleur, entreprises de ventilation et multiservices. Aucune connaissance fiscale n'est requise : chaque terme est défini au moment où il apparaît, et un glossaire reprend l'ensemble à la fin.
5,5 %
un taux unique sur la fourniture et sur la pose, à la place du double taux 20 % / 10 %.
545 €
l'écart de prix TTC sur une installation mono-split de 5 000 € HT. C'est vous qui décidez qui l'empoche.
803 661
pompes à chaleur air/air de moins de 17,5 kW vendues en France en 2025, un marché resté stable dans un secteur en recul.

01 - Le changementD'un double taux à un taux unique

Jusqu'au 17 juillet 2026, une installation de climatisation réversible chez un particulier se facturait avec deux taux différents sur le même devis : 20 % sur le matériel, considéré comme une simple vente d'équipement, et 10 % sur la main-d'œuvre, au titre des travaux d'amélioration dans un logement de plus de deux ans. La pompe à chaleur air/air était explicitement exclue du taux de 5,5 % réservé à la rénovation énergétique, alors que la pompe à chaleur air/eau en bénéficiait.

Depuis le 18 juillet, si la machine coche toutes les cases de l'arrêté, l'ensemble de la prestation relève de 5,5 %. Sur un chantier de 5 000 € HT réparti entre 3 200 € de matériel et 1 800 € de pose, voici ce que cela donne.

Installation mono-split, 5 000 € HT

Jusqu'au 17 juillet 2026
Matériel 3 200 € × 20 %+ 640 €
Pose 1 800 € × 10 %+ 180 €
Prix client TTC5 820 €
Depuis le 18 juillet 2026
Matériel 3 200 € × 5,5 %+ 176 €
Pose 1 800 € × 5,5 %+ 99 €
Prix client TTC5 275 €
545 € d'écart, soit 9,4 % du prix TTC - sans qu'un seul euro de votre prix HT ait bougé

Sur un multi-split de 12 000 € HT (8 000 € de matériel, 4 000 € de pose), l'écart passe de 14 000 € à 12 660 € TTC, soit 1 340 €.

Trois choses méritent d'être notées tout de suite. D'abord, le taux réduit couvre la fourniture et la pose dans un seul et même forfait : il n'y a plus de ventilation à faire entre matériel et main-d'œuvre pour ces lignes. Ensuite, la mesure ne concerne que le résidentiel : vos chantiers en bureaux, en commerce ou en atelier restent intégralement à 20 %. Enfin, et c'est le point que beaucoup ratent, votre prix HT ne change pas. La baisse porte sur la taxe. Ce que vous faites de ces 545 € est une décision commerciale, pas une contrainte fiscale : on y revient en section 08.

En clair. Le taux réduit de 5,5 % est prévu à l'article 278-0 bis A du code général des impôts, qui régit les travaux de rénovation énergétique dans les logements. La liste précise des équipements et de leurs performances ne figure pas dans la loi, mais dans un texte annexe, l'article 30-0 D ter de l'annexe IV du CGI. C'est cet article que l'arrêté du 13 juillet 2026 est venu compléter, en y insérant un 1° bis dédié aux pompes à chaleur air/air.

02 - La machineLes cinq critères de l'arrêté du 13 juillet 2026

Les conditions sont cumulatives : il suffit qu'une seule ne soit pas remplie pour que l'installation retombe à 20 % et 10 %. Voici la liste, telle qu'elle figure au texte.

Critère Ce que l'arrêté exige Où le vérifier
1. Nature de l'appareil Pompe à chaleur air/air réversible et fixe, destinée à être installée de manière permanente dans le bâtiment, à compression de vapeur entraînée par un moteur électrique Fiche produit et bon de commande fournisseur
2. Performance jusqu'à 12 kW Classe énergétique minimale A++ en mono-split et A+ en multi-split, en chauffage (SCOP) comme en refroidissement (SEER) Étiquette énergie et fiche technique
3. Performance au-delà de 12 kW Efficacité énergétique saisonnière d'au moins 145 % en chauffage et 250 % en refroidissement pour les appareils en toiture ; 130 % et 150 % pour les appareils en toiture assurant aussi ventilation, surventilation nocturne et filtration Fiche technique, données du règlement UE 2016/2281
4. Fluide frigorigène Respect strict des seuils de potentiel de réchauffement planétaire et du calendrier d'interdiction de mise sur le marché du règlement (UE) 2024/573, apprécié à la date de signature du devis Référence du fluide sur la fiche technique
5. Pilotage numérique L'appareil doit pouvoir communiquer, transmettre et recevoir des consignes de température sur des plages horaires, en mode chauffage comme en refroidissement Présence d'un module Wi-Fi ou d'une passerelle, application constructeur

Source : arrêté du 13 juillet 2026, article 1er, insérant un 1° bis à l'article 30-0 D ter de l'annexe IV du CGI.

Le critère 4 est un piège de calendrier. Le règlement européen sur les gaz fluorés durcit ses seuils par paliers successifs jusqu'en 2030, avec la disparition programmée du R-410A (PRP 2 088) et du R-407C (PRP 1 774). En clair : une machine parfaitement éligible en 2026 peut cesser de l'être à un palier suivant. Comme la conformité s'apprécie à la date de signature du devis, un devis signé en décembre et exécuté en mars ne pose pas de difficulté, mais un devis relancé un an plus tard sur les mêmes références doit être revérifié. Si le sujet des fluides vous concerne au quotidien, nos guides sur la réglementation des fluides frigorigènes et sur le bilan et la déclaration des fluides détaillent ces échéances.
Un point à faire confirmer. Au-delà de 12 kW, l'arrêté ne fixe de seuils que pour les appareils en toiture. Les configurations de forte puissance qui ne relèvent pas de cette catégorie se retrouvent dans une zone que le texte ne tranche pas explicitement. Si vous posez ce type de matériel en résidentiel collectif, faites valider le traitement par votre expert-comptable avant d'appliquer 5,5 %, plutôt qu'après.

03 - Le logementLes conditions qui ne dépendent pas de vous

Les critères techniques ne suffisent pas. Il faut aussi que le chantier entre dans le champ de l'article 278-0 bis A, qui pose trois conditions supplémentaires, indépendantes de la machine.

  1. Un local à usage d'habitation. Maison, appartement, résidence principale ou secondaire, propriétaire occupant, bailleur, locataire ou syndicat de copropriétaires : peu importe le statut de celui qui paie, ce qui compte est l'affectation du local.
  2. Achevé depuis plus de deux ans à la date de démarrage des travaux. C'est la même règle que pour le taux de 10 %, vous la connaissez déjà.
  3. Des travaux qui ne créent pas de neuf. L'installation ne doit ni concourir à la production d'un immeuble neuf, ni entraîner une augmentation de plus de 10 % de la surface de plancher existante. En pose de climatisation seule, cette condition est en pratique toujours remplie ; elle devient un vrai sujet quand votre lot s'insère dans une extension ou une surélévation.

Ces trois conditions relèvent de la situation du client, pas de votre expertise. C'est précisément pour cela que la réglementation vous demande de les lui faire certifier par écrit (voir la section 06).

04 - Les exclusionsCe qui reste à 20 % et 10 %

SituationTauxPourquoi
Climatiseur mobile ou monobloc20 %L'arrêté vise les appareils installés de manière permanente dans le bâtiment
Machine non réversible (froid seul)20 %Le texte exige la réversibilité : c'est la fonction chauffage qui justifie le classement en rénovation énergétique
Machine sous les seuils de classe ou au mauvais fluide20 % / 10 %Retour au régime antérieur : 20 % sur la fourniture, 10 % sur la pose
Vente seule, sans pose par un professionnel20 %Le taux réduit s'applique à une prestation de travaux, pas à une livraison de matériel
Client qui pose lui-même la machine achetée chez vous20 %Même raison : sans installation par l'entreprise, il n'y a pas de prestation éligible
Bureaux, commerces, ateliers, locaux tertiaires20 %L'article 278-0 bis A vise les locaux d'habitation
Logement de moins de deux ans ou construction neuve20 %Condition d'ancienneté non remplie
Entretien et maintenance d'une climatisation existante10 %Travaux d'entretien dans un logement de plus de deux ans, hors champ de la rénovation énergétique
Machine conforme, posée en logement de plus de 2 ans5,5 %Fourniture et pose, taux unique

Cas particulier fréquent : le local mixte, par exemple une maison dont une pièce sert de bureau professionnel. Seule la partie affectée à l'habitation ouvre droit au taux réduit, et la facture doit être ventilée en conséquence.

Gérez le bon taux directement dans votre bibliothèque d'articles

Plutôt que de corriger le taux à la main sur chaque ligne, rattachez-le une bonne fois à vos références de matériel et à vos prestations de pose. Vos devis sortent justes, vos factures suivent, et vos chargés d'affaires n'ont plus à se souvenir de l'arrêté.

Voir la bibliothèque d'articles Devis & factures

05 - Le calendrierVos chantiers commencés avant le 18 juillet

C'est la question qui revient le plus souvent, et c'est aussi celle sur laquelle l'intuition trompe. La date à retenir n'est pas celle du devis.

En matière de travaux immobiliers, la TVA obéit à deux notions distinctes. Le fait générateur est l'événement qui rend la taxe due, c'est-à-dire l'exécution des travaux. L'exigibilité est le moment où l'État peut la réclamer, et pour une prestation de services elle intervient à l'encaissement. C'est cette seconde notion qui commande le taux applicable.

La règle en une phrase. Les acomptes encaissés avant la publication de l'arrêté ne relèvent pas du taux de 5,5 % et restent soumis aux anciens taux. Les encaissements portant sur des travaux réalisés à compter du 18 juillet 2026 peuvent relever du taux réduit. Aucune mesure transitoire n'a été prévue par le texte : c'est le droit commun qui s'applique.

Concrètement, un chantier signé en mai, avec un acompte de 30 % encaissé en juin et une pose réalisée fin juillet, se retrouve avec deux taux sur le même dossier : l'acompte figé aux anciens taux, le solde à 5,5 % si toutes les conditions sont réunies. C'est inconfortable, mais c'est la conséquence mécanique de l'absence de régime transitoire.

Deux réflexes s'imposent donc sur votre carnet en cours :

  1. Sortez la liste de vos devis signés non facturés en climatisation résidentielle, et repérez ceux dont la pose est postérieure au 18 juillet. Ce sont eux qui posent la question.
  2. Prévenez le client avant de facturer, pas après. Un client qui découvre seul qu'il aurait pu payer 545 € de moins vous appellera de toute façon ; autant que ce soit vous qui meniez la conversation.
Le réflexe expert-comptable. Le traitement des acomptes et la ventilation d'un chantier à cheval sur les deux régimes sont exactement le genre de sujet où une erreur se répète sur cent dossiers avant d'être détectée. Faites valider votre méthode par votre cabinet une fois, puis appliquez-la partout. Pour tenir cette vue par affaire, voir notre article sur le suivi financier de chantier.

06 - Vos documentsCe qui doit figurer sur le devis et sur la facture

Bonne nouvelle : la paperasse s'est allégée. Depuis le 16 février 2025, les attestations Cerfa n° 1300-SD et 1301-SD, que tout le monde faisait signer et que presque personne ne classait correctement, sont supprimées. Elles ont été remplacées par une mention portée directement sur le devis et sur la facture, que le client certifie en signant le document.

La mention doit couvrir les trois conditions vues en section 03. Voici une formulation type à intégrer à vos modèles.

Mention à faire figurer sur le devis et sur la facture

« Le client certifie que les travaux se rapportent à un local à usage d'habitation achevé depuis plus de deux ans, et qu'ils ne concourent ni à la production d'un immeuble neuf, ni à une augmentation de plus de 10 % de la surface de plancher. Prestation de rénovation énergétique éligible au taux réduit de TVA de 5,5 % (article 278-0 bis A du CGI, arrêté du 13 juillet 2026). »

Trois obligations pratiques accompagnent cette mention :

  1. Le double exemplaire. Le devis et la facture sont établis en deux exemplaires : le vôtre en comptabilité, celui du client chez lui.
  2. La conservation cinq ans. Chaque partie conserve son exemplaire pendant cinq ans, délai de reprise de l'administration fiscale. Cela vaut aussi pour les pièces techniques justifiant l'éligibilité de la machine.
  3. La cohérence devis / facture. Le taux annoncé sur le devis et celui appliqué sur la facture doivent correspondre. Un devis à 5,5 % suivi d'une facture à 10 % est le premier signal qu'un contrôleur cherche.
Le dossier qui vous protège. En cas de contrôle, vous devez pouvoir sortir, pour chaque chantier : le devis daté et signé portant la mention, la fiche technique du matériel telle qu'elle était à la date de signature, l'étiquette énergie, et la facture. Ce dossier est votre seule défense, et il se constitue au moment du devis, jamais après. Un espace documentaire rattaché à l'affaire et une signature électronique horodatée font ce travail à votre place : la date de signature du devis, qui commande la conformité du fluide, devient opposable au lieu d'être déclarative.

07 - La méthodeVérifier une machine en cinq minutes

Vous n'avez pas besoin de relire l'arrêté à chaque devis. Vous avez besoin de quatre informations, toutes présentes sur la fiche technique du fabricant. Faites ce test une fois par référence de votre catalogue, pas une fois par client.

  1. Puissance calorifique nominale. Au-dessus ou en dessous de 12 kW ? C'est ce qui détermine quel jeu de seuils s'applique.
  2. Classes énergétiques chauffage et refroidissement. Sous 12 kW : A++ minimum en mono-split, A+ minimum en multi-split, sur les deux modes. Une machine A++ en froid mais A+ en chaud, en mono-split, n'est pas éligible.
  3. Fluide frigorigène. Relevez la référence exacte et vérifiez sa position au regard du calendrier du règlement (UE) 2024/573. Les machines encore chargées en R-410A sont à écarter.
  4. Pilotage. Le module de communication est-il intégré, en option ou absent ? S'il est en option et que vous ne le vendez pas, la condition de pilotage n'est pas remplie. C'est l'oubli le plus facile à commettre, et le plus facile à éviter : intégrez la passerelle au forfait.

Le résultat de ce test est binaire. Marquez-le directement dans votre bibliothèque de prix : chaque référence porte son taux, et vos devis sortent justes sans intervention. Pour dimensionner correctement les machines que vous sélectionnez, nos calculateurs de bilan frigorifique et de COP de pompe à chaleur sont accessibles librement.

Demandez la ligne à votre fournisseur. Les distributeurs et les fabricants ont tous intérêt à ce que leurs machines soient identifiées comme éligibles. Réclamez-leur une liste de références conformes à l'arrêté du 13 juillet 2026, datée et signée. Cela ne vous exonère pas de votre responsabilité fiscale, mais cela vous fait gagner un temps considérable et vous donne une pièce de plus au dossier.

08 - Votre marge545 € sont sur la table. Qui les prend ?

C'est le point que les articles grand public n'abordent jamais, et c'est pourtant la seule décision réellement stratégique de tout ce dossier.

La baisse de TVA ne coûte rien à votre entreprise. Elle ne vous rapporte rien non plus, mécaniquement. Elle crée simplement un espace de 545 € entre votre prix HT et le prix TTC que votre client acceptait déjà de payer la semaine dernière. Vous avez trois façons de l'occuper.

StratégiePrix client TTCVotre CA HTQuand la choisir
Tout au clientPrix HT inchangé 5 275 €
- 545 €
5 000 €
inchangé
Marché très concurrentiel, devis en compétition, volume à aller chercher pendant la saison
Tout à l'entreprisePrix TTC inchangé 5 820 €
inchangé
5 517 €
+ 517 €
Carnet plein, marge sous tension, hausses de tarifs fournisseurs non répercutées depuis deux ans
PartageMoitié-moitié 5 548 €
- 272 €
5 259 €
+ 259 €
Le cas général : un argument commercial réel et une reprise de marge réelle

Sur la base d'une installation mono-split de 5 000 € HT. La deuxième ligne représente +10,3 % de chiffre d'affaires HT à prix client identique.

Il n'y a pas de bonne réponse universelle : la réponse dépend de votre remplissage, de votre positionnement et de la pression concurrentielle de votre zone. Ce qui serait une erreur, en revanche, c'est de ne pas décider. Une entreprise qui recopie mécaniquement ses anciens prix HT en cochant simplement la case 5,5 % a choisi la première ligne du tableau sans le savoir, et a offert la totalité de l'espace créé.

Le bon arbitrage se fait à l'heure, pas au pourcentage. Sur un chantier de climatisation riche en matériel, une remise de 545 € TTC représente une part faible du prix mais peut consommer une part importante de la marge dégagée par vos heures de pose. La méthode pour trancher est détaillée dans notre guide sur la marge par heure : elle vous dit précisément combien vous pouvez lâcher avant de passer sous votre point mort.

Côté argumentaire, un dernier point mérite d'être connu de vos commerciaux. La prime CEE (certificats d'économies d'énergie) reste cumulable avec le taux réduit : ce sont deux dispositifs distincts. En revanche, la pompe à chaleur air/air en geste isolé n'ouvre pas droit à MaPrimeRénov' ; elle n'est prise en compte que dans le cadre d'une rénovation d'ampleur avec accompagnement. Annoncer une aide qui n'existe pas est le meilleur moyen de perdre la signature au moment du plan de financement. Si vous n'êtes pas encore qualifié, notre guide sur le label RGE en 2026 fait le point sur les conditions d'accès aux aides.

09 - Le risqueLes 7 erreurs qui vous exposent à un rappel de TVA

Une précision qui change la perspective : en cas de mauvaise application du taux, c'est l'entreprise que l'administration vient chercher, pas le client. Vous êtes le redevable légal de la taxe. Le complément de TVA et les intérêts de retard vous sont réclamés, à charge pour vous de vous retourner ensuite vers un client qui, souvent, ne répondra plus.

Autre point rarement compris : la mention signée par le client vous couvre sur ce qu'il est seul à savoir, c'est-à-dire l'âge et l'affectation du logement. Elle ne vous couvre en rien sur les caractéristiques techniques de la machine, qui relèvent de votre métier et de votre seule responsabilité. Les sept erreurs ci-dessous portent presque toutes sur ce second terrain.

ErreurCe qui se passe en contrôle
1. Appliquer 5,5 % à toute la gamme « parce que c'est de la clim »Les références sous les seuils de classe sont redressées, avec effet sur l'ensemble des chantiers concernés
2. Oublier le module de pilotage laissé en optionCondition 5 non remplie : retour à 20 % / 10 % sur la totalité du chantier
3. Vérifier la classe en froid seulementLa classe est exigée en chauffage et en refroidissement. Beaucoup de machines passent sur l'un et pas sur l'autre
4. Facturer 5,5 % un acompte encaissé avant le 18 juilletLa date d'exigibilité prime : rappel sur la fraction concernée
5. Appliquer le taux à un bureau ou à un local mixte non ventiléLe tertiaire est hors champ. Sur un local mixte, la part professionnelle est redressée
6. Omettre la mention sur le devis ou sur la factureJustification du taux fragilisée : c'est la pièce que l'administration demande en premier
7. Ne pas archiver la fiche technique du jour de la signatureImpossible de prouver la conformité du fluide à la date exigée par l'arrêté

Le point commun de ces sept erreurs : aucune ne se voit sur le moment. Elles se découvrent toutes deux ou trois ans plus tard, multipliées par le nombre de chantiers.

10 - En pratiqueCe qu'il faut avoir fait avant votre prochain devis

  1. Trier votre catalogue. Passez vos références de climatisation au test des quatre points de la section 07 et marquez chacune comme éligible ou non. C'est une demi-journée, une seule fois.
  2. Rattacher le taux à l'article, pas au devis. Dans votre bibliothèque de prix, chaque référence et chaque prestation de pose porte son taux. Personne n'a plus à s'en souvenir au moment de chiffrer.
  3. Mettre la mention dans vos modèles de devis et de facture, pas dans un post-it. Elle doit sortir automatiquement sur les documents concernés.
  4. Décider votre politique de prix parmi les trois options de la section 08, et la communiquer à toute personne qui chiffre dans l'entreprise. Une politique implicite devient toujours la plus généreuse.
  5. Reprendre votre carnet signé non facturé et identifier les chantiers à cheval sur le 18 juillet.
  6. Archiver systématiquement les pièces techniques dans le dossier de l'affaire, au moment du devis. Cinq ans, c'est long pour retrouver une fiche produit d'un modèle sorti du catalogue.
  7. Briefer vos commerciaux sur ce qui est cumulable et ce qui ne l'est pas, en particulier sur MaPrimeRénov'.

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11 - Les motsGlossaire : tous les termes en clair

TermeDéfinition en clair
PAC air/airPompe à chaleur qui prélève les calories dans l'air extérieur et les restitue dans l'air intérieur. En version réversible, c'est ce que tout le monde appelle une climatisation réversible.
Article 278-0 bis A du CGIArticle du code général des impôts qui fixe le taux de 5,5 % pour les travaux de rénovation énergétique dans les logements achevés depuis plus de deux ans.
Article 30-0 D ter, annexe IVTexte réglementaire qui liste les équipements et les performances ouvrant droit à ce taux. C'est lui que l'arrêté du 13 juillet 2026 a complété.
Fait générateurÉvénement qui fait naître la taxe. Pour des travaux, c'est leur exécution.
ExigibilitéMoment où l'État peut réclamer la taxe. Pour une prestation de services, c'est l'encaissement. C'est elle qui commande le taux applicable.
SCOPCoefficient de performance saisonnier en mode chauffage. Il sert à déterminer la classe énergétique en chaud.
SEERÉquivalent du SCOP en mode refroidissement.
Efficacité énergétique saisonnièreRendement d'un appareil sur une saison complète, exprimé en pourcentage. Au-delà de 12 kW, c'est ce chiffre que l'arrêté retient plutôt que la classe.
PRP(potentiel de réchauffement planétaire)Mesure de l'impact climatique d'un fluide frigorigène, référence CO₂ = 1. Le R-32 est à 675, le R-410A à 2 088.
Règlement (UE) 2024/573Règlement européen sur les gaz fluorés, dit F-Gas. Il organise la disparition progressive des fluides à fort PRP jusqu'en 2030.
Mono-split / multi-splitUne unité extérieure pour une unité intérieure, ou une unité extérieure pour plusieurs. Les seuils de classe exigés diffèrent selon le cas.
CEECertificats d'économies d'énergie. Prime versée par les fournisseurs d'énergie, cumulable avec la TVA à taux réduit.

12 - QuestionsFAQ : la TVA à 5,5 % sur la climatisation

Quel est le taux de TVA sur une climatisation réversible en 2026 ? +
Depuis le 18 juillet 2026, une installation de pompe à chaleur air/air réversible fixe peut être facturée à 5,5 % sur la fourniture et sur la pose, à condition que la machine réponde aux critères de l'arrêté du 13 juillet 2026 et que le logement soit achevé depuis plus de deux ans. Auparavant, la même installation supportait 20 % sur le matériel et 10 % sur la main-d'œuvre. Une machine qui ne remplit pas les critères reste à 20 % et 10 %.
Quelles climatisations sont éligibles à la TVA à 5,5 % ? +
Les pompes à chaleur air/air réversibles fixes, installées de manière permanente et entraînées par un moteur électrique. Jusqu'à 12 kW : A++ minimum en mono-split, A+ minimum en multi-split, en chauffage comme en refroidissement. Au-delà de 12 kW : 145 % d'efficacité saisonnière en chauffage et 250 % en refroidissement pour les appareils en toiture, 130 % et 150 % pour les appareils en toiture multifonctions. Le fluide frigorigène doit respecter le règlement (UE) 2024/573 et l'appareil doit être pilotable à distance sur des plages horaires.
Depuis quelle date la TVA à 5,5 % s'applique-t-elle ? +
Depuis le 18 juillet 2026, lendemain de la publication de l'arrêté du 13 juillet 2026 au Journal officiel du 17 juillet. L'extension avait été votée à l'article 92 de la loi de finances pour 2026, mais elle restait inapplicable tant que l'arrêté fixant les critères de performance n'était pas paru. Les canicules de l'été ont avancé sa publication, initialement attendue pour la rentrée de septembre.
Un climatiseur mobile ou monobloc est-il éligible ? +
Non. L'arrêté vise les appareils destinés à être installés de manière permanente dans le bâtiment : les modèles mobiles et les monoblocs sont exclus. Une machine vendue seule, sans pose par un professionnel, l'est également : le taux réduit s'applique à une prestation de travaux, pas à une livraison de matériel.
La TVA à 5,5 % s'applique-t-elle aux bureaux et aux locaux professionnels ? +
Non. Le taux réduit vise les locaux à usage d'habitation achevés depuis plus de deux ans. Les bureaux, commerces, ateliers et autres locaux tertiaires restent à 20 %. Dans un local mixte, seule la partie affectée à l'habitation ouvre droit au taux réduit et la facture doit être ventilée en conséquence.
Quel taux pour un chantier commencé avant le 18 juillet 2026 ? +
La date qui compte n'est pas celle du devis mais celle de l'exigibilité de la taxe. Pour des travaux immobiliers, la TVA est exigible à l'encaissement : les acomptes encaissés avant la publication de l'arrêté restent aux anciens taux, tandis que les sommes encaissées pour des travaux réalisés à compter du 18 juillet 2026 peuvent relever de 5,5 %. Aucune mesure transitoire n'a été prévue, il faut donc ventiler dossier par dossier et faire valider la méthode par son expert-comptable.
Que doit-on écrire sur le devis et sur la facture ? +
Depuis le 16 février 2025, les attestations Cerfa 1300-SD et 1301-SD sont supprimées. Le devis et la facture doivent porter une mention par laquelle le client certifie que les travaux concernent un local d'habitation achevé depuis plus de deux ans et qu'ils ne concourent ni à la production d'un immeuble neuf, ni à une augmentation de plus de 10 % de la surface de plancher. Le document est établi en double exemplaire et chaque partie le conserve cinq ans.
Qui paie en cas de mauvais taux appliqué ? +
L'entreprise, puisque c'est elle qui est redevable de la taxe auprès de l'administration. En contrôle, le complément de TVA et les intérêts de retard lui sont réclamés, à charge pour elle de se retourner vers son client. La mention signée couvre les conditions liées au logement, que le client est seul à connaître, mais pas les caractéristiques techniques de la machine, qui relèvent de la responsabilité de l'installateur.
La prime CEE est-elle cumulable avec la TVA à 5,5 % ? +
Oui, ce sont deux dispositifs distincts et cumulables sur une même installation. En revanche, la pompe à chaleur air/air posée en geste isolé n'est pas éligible à MaPrimeRénov' : elle n'est prise en compte que dans le cadre d'une rénovation d'ampleur avec accompagnement.
Comment vérifier qu'une machine est éligible ? +
Quatre informations suffisent, toutes présentes sur la fiche technique : la puissance calorifique nominale, les classes énergétiques en chauffage et en refroidissement, la référence du fluide frigorigène et la présence d'une fonction de pilotage à distance avec programmation horaire. Faites ce test une fois par référence de catalogue. La conformité du fluide s'appréciant à la date de signature du devis, archivez la fiche technique en vigueur ce jour-là à côté du devis daté.
Faut-il être RGE pour appliquer la TVA à 5,5 % ? +
La qualification RGE conditionne l'accès aux aides publiques comme MaPrimeRénov' et à certaines primes CEE, pas l'application du taux réduit de TVA, qui dépend de la nature des travaux et des caractéristiques de l'équipement. En pratique, la plupart des installateurs qui posent ce type de matériel sont qualifiés, ne serait-ce que pour proposer la prime CEE à leurs clients.
Et si je pose une clim dans une copropriété ? +
Le taux dépend de l'affectation du local, pas de la forme juridique de l'immeuble. Une installation dans un appartement d'habitation de plus de deux ans relève du taux réduit dans les mêmes conditions qu'en maison individuelle, que la facture soit adressée au copropriétaire ou au syndicat. Les parties communes d'un immeuble à usage d'habitation suivent la même logique. Attention en revanche aux immeubles mixtes comportant des locaux commerciaux.

13 - Pour conclureUne demi-journée de tri, cinq ans de tranquillité

Cette réforme est une bonne nouvelle pour la filière : elle aligne enfin le traitement fiscal de la pompe à chaleur air/air sur celui de l'air/eau, sur un marché de plus de 800 000 machines par an que le double taux 20 % / 10 % pénalisait sans grande logique.

Mais elle déplace le travail. Là où il suffisait auparavant de savoir si le logement avait plus de deux ans, il faut désormais connaître ses machines : classe en chaud et en froid, fluide, pilotage. Cette connaissance ne se conserve pas dans la tête du dirigeant, parce qu'elle doit être disponible au moment où un chargé d'affaires chiffre un devis un vendredi soir, et parce qu'elle doit être prouvable trois ans plus tard.

Le bon réflexe tient donc en une phrase : triez votre catalogue une fois, rattachez le taux à l'article plutôt qu'au devis, et archivez la fiche technique au moment de la signature. Le reste suivra tout seul.

Et n'oubliez pas la seule décision qui vous appartienne vraiment dans tout ce dossier : sur chaque installation, il y a désormais 545 € sur la table. Choisissez consciemment qui les prend.

Sources

  1. Arrêté du 13 juillet 2026 modifiant la nature et les caractéristiques des prestations de rénovation énergétique bénéficiant du taux réduit de la TVA prévu à l'article 278-0 bis A du CGI, JORF n° 0165 du 17 juillet 2026 - legifrance.gouv.fr
  2. Article 1er de l'arrêté du 13 juillet 2026 (critères applicables aux pompes à chaleur air/air) - legifrance.gouv.fr
  3. « Le taux de TVA est réduit à 5,5 % pour les pompes à chaleur air/air », entreprendre.service-public.fr, juillet 2026 - entreprendre.service-public.gouv.fr
  4. CAPEB, « TVA à 5,5 % sur les PAC dès le 18 juillet 2026 » - capeb.fr
  5. CAPEB, « TVA à 5,5 % sur les PAC : précisions et questions/réponses » (traitement des acomptes et des chantiers en cours) - capeb.fr
  6. CAPEB, « Suppression des attestations Cerfa pour la TVA réduite » (mentions obligatoires depuis le 16 février 2025) - capeb.fr
  7. Ministère de l'Économie, « TVA à taux réduit : pour quels travaux ? » - economie.gouv.fr
  8. Règlement (UE) 2024/573 du 7 février 2024 relatif aux gaz à effet de serre fluorés - eur-lex.europa.eu
  9. Batiactu, « Taux de TVA réduit sur les PAC : l'arrêté paraît plus tôt que prévu », juillet 2026 - batiactu.com
  10. Uniclima, AFPAC et PacClim Info, bilan 2025 du marché du génie climatique (803 661 PAC air/air de moins de 17,5 kW vendues en 2025) - uniclima.fr

Cet article présente l'état du droit au 31 juillet 2026. Il a une vocation informative et ne remplace pas l'avis de votre expert-comptable, seul à même de valider le traitement fiscal de vos dossiers.

À propos de l'auteur

Hedi

J'ai commencé ma carrière en dirigeant une entreprise de climatisation. Aujourd'hui, j'aide les artisans et les PME du bâtiment à mieux vivre leur entreprise en fournissant une solution web et mobile qui leur permet de gérer facilement leur entreprise.

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