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Kamel Ferhat (Le Froid Francilien) : d'élève orienté en CAP à professeur de froid puis PDG d'une entreprise d'une cinquantaine de personnes

Menacé par ses professeurs de finir en CAP, Kamel Ferhat a fait de cette menace un projet : apprendre à fabriquer de la glace. Devenu professeur en génie climatique à 24 ans, il dirige aujourd'hui Le Froid Francilien, une entreprise de froid et de climatisation qui travaille pour l'industrie, la santé et le tertiaire. Il raconte comment son réseau d'anciens élèves est devenu à la fois son vivier de recrutement et sa clientèle.

Hedi Marinier, fondateur d'InterFast
Animé par Hedi Marinier Publié le 3 septembre 2025
46 min Vidéo + transcription

01 - Le résuméCe que raconte Kamel Ferhat

Kamel Ferhat, 49 ans, né à Pontoise dans le Val-d'Oise et père de six enfants, est le PDG du Froid Francilien, une entreprise de froid et de climatisation. Il dirige aussi la holding Ferhat Company, qui accompagne d'anciens élèves dans la création de leur entreprise et les intègre au groupe, et préside depuis peu l'Institut associatif de la formation des métiers de l'énergie, une association loi 1901 qui veut valoriser ces métiers.

Son parcours commence mal. Renvoyé du collège, il est envoyé par son père en Algérie à 13 ou 14 ans, à Biskra, dans le sud du pays. Sa famille étant l'une des rares du village à posséder un congélateur, il y fabrique des glaces à l'eau avec de la grenadine et les vend un dinar pièce, sans parvenir à répondre à la demande. De retour en France, à qui lui demande son projet professionnel, il répond : apprenez-moi à faire un bloc de glace. Après avoir triplé sa cinquième, il enchaîne CAP, BEP et bac pro froid et climatisation, puis un BTS. Il exerce dans le métier depuis 1993.

Pendant sept ans, de 1993 à 2000, il ne prend aucune vacance scolaire : il travaille l'été chez les entreprises où il fait ses stages, d'abord sur un site Thomson, puis chez Sulzer, sur la maintenance de patinoires et de bâtiments tertiaires d'Île-de-France. Il cumule ainsi l'équivalent de trois ans d'expérience. À 24 ans, alors qu'il s'apprête à signer un poste de contremaître, un ancien professeur lui propose d'enseigner. Il devient le plus jeune professeur de la filière énergétique de l'académie de Versailles, dans le lycée où il avait été élève.

En 2003, l'année de la canicule, sa femme, elle-même du métier, crée l'entreprise : en tant qu'enseignant, il n'a pas le droit d'en être le gérant. Le premier salarié est un de ses anciens élèves. Kamel Ferhat démissionne de l'Éducation nationale en 2007 pour rejoindre la société comme directeur technique et la redresser, à une période où les clients payaient, selon lui, à 120 jours. Sa femme lui cède ensuite ses parts : il en est aujourd'hui l'associé unique. Il continue d'enseigner en parallèle.

Le Froid Francilien travaille uniquement pour des professionnels : industrie, tertiaire, santé, process et data centers. Les premiers clients, comme Axima, Cofatec ou Dalkia, ont été obtenus par fax et en frappant aux portes, et sont restés depuis. Entre 2000 et 2007, il estime avoir formé environ 125 élèves par an ; aujourd'hui, 80 % de ses clients sont d'anciens élèves, devenus chargés d'affaires ou techniciens dans de grandes structures. Ses anciens collègues professeurs et les jurys d'examen auxquels il participe lui signalent aussi les meilleurs profils.

Le groupe a compté jusqu'à 60 personnes et en réunit aujourd'hui une petite cinquantaine, un seuil qu'il ne souhaite pas dépasser. Sa principale difficulté reste de trouver assez de techniciens pour répondre à la demande, notamment lors des épisodes de canicule. Plusieurs membres de sa famille travaillent avec lui, avec une règle : on ne parle pas de travail à la maison.

02 - À retenirCe qu'un dirigeant peut en tirer

  1. Répondre à chaque demande C'est le premier conseil de Kamel Ferhat à un créateur d'entreprise : répondre au client, même quand on n'a personne à envoyer. Conseiller, orienter ou aider vaut mieux que faire l'autruche.
  2. Garder le client plutôt que le chercher Selon lui, trouver un client n'est pas le plus dur, le garder l'est. Cela passe par la qualité des interventions et la réactivité, plus que par le prix.
  3. Assumer quand un chantier se passe mal Ce qui l'a fait durer chez ses clients historiques, c'est d'avoir toujours fait face aux problèmes et tenu ses engagements, même en y perdant de l'argent.
  4. Construire son vivier de recrutement Ses recrutements reposent sur ses anciens élèves, ses anciens camarades de classe, les professeurs du secteur et les jurys d'examen. Cultiver les liens avec les centres de formation donne accès aux meilleurs profils avant les autres.
  5. Être prudent dans ses chiffrages Rester au prix du marché, ne pas s'emballer sur les montants et ajouter dans ses devis les clauses qui protègent l'entreprise.
  6. Choisir son marché Après une mauvaise expérience avec les particuliers, Le Froid Francilien a fait le choix de ne travailler qu'avec des professionnels qui parlent le même langage technique.

03 - Les phrases fortesIls l'ont dit au micro

Mes profs me disaient : si tu continues avec le comportement que tu as, tu vas finir en CAP. J'ai fini en CAP. Et j'ai fini prof.

Kamel Ferhat · 5:34

Les clients, les trouver, ce n'est pas ce qu'il y a de plus dur. Le client, c'est de le garder. Et pour le garder, il faut le satisfaire.

La seule chose que je lui conseille de faire pour que ça marche : réponds aux demandes de tes clients. Tu m'appelles 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, je réponds.

04 - L'invitéQui est Kamel Ferhat ?

Kamel Ferhat

Dirigeant du Froid Francilien
Le Froid Francilien

Entreprise d'installation, de dépannage d'urgence et de maintenance de systèmes de froid et de climatisation, qui travaille pour l'industrie, le tertiaire, la santé et les data centers.

Ferhat Company

Holding qui regroupe Le Froid Francilien et les entreprises créées par d'anciens élèves que Kamel Ferhat accompagne.

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05 - FAQQuestions fréquentes sur l'épisode

Qui est Kamel Ferhat ? +
Kamel Ferhat est le PDG du Froid Francilien, une entreprise de froid et de climatisation d'Île-de-France. Titulaire d'un CAP, d'un BEP, d'un bac pro et d'un BTS froid et climatisation, il est devenu professeur en génie climatique à 24 ans et enseigne toujours. Il dirige aussi la holding Ferhat Company et préside l'Institut associatif de la formation des métiers de l'énergie.
Combien de salariés compte Le Froid Francilien ? +
Selon Kamel Ferhat dans le podcast BatiLégende, le groupe a compté jusqu'à 60 personnes et en réunit aujourd'hui une petite cinquantaine. Il précise qu'il ne souhaite pas dépasser ce seuil.
Quels sont les clients du Froid Francilien ? +
Le Froid Francilien travaille uniquement pour des professionnels : industrie, tertiaire, santé, process et data centers, sur des installations de petite à très grosse puissance. Parmi ses premiers clients, toujours actifs, figurent Axima, Cofatec et Dalkia. Kamel Ferhat estime que 80 % de ses clients sont aujourd'hui d'anciens élèves.
Comment Kamel Ferhat recrute-t-il ses techniciens frigoristes ? +
Il recrute en priorité d'anciens élèves, d'anciens camarades de classe et des profils recommandés par les professeurs du secteur, qu'il connaît grâce à son activité d'enseignant. Il siège aussi dans des jurys d'examen de bac pro et de BTS, où il repère les meilleurs candidats. Malgré cela, il explique manquer de techniciens pour répondre à toutes les demandes.

06 - TranscriptionLa transcription intégrale de l'épisode

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0:00 Épisode complet

0:00 C'est quoi ton projet professionnel ? On me dit « apprenez-moi à faire un bloc de glace. » En Algérie, ils veulent de la glace, je vais vendre de la glace ! Je vais une cancrelat, là. Car fait trois fois la cinquième. Car fait trois fois la cinquième. Tout le monde parait pas un copec sur lui qui me voyait aux quatre murs ou aux quatre planches. Eh ben, il est devenu professeur. Quand j'ai commencé en 93, jusqu'en 2000, 7 ans, j'ai jamais pris de vacances scolaires. Je faisais des pertes de formation d'entreprise et je demandais à travailler, si c'était possible de travailler l'été, les vacances scolaires. C'était Thomson au début. Thomson, c'est l'armement en fait.

0:32 Mais moi, je m'occupais des services généraux. Aujourd'hui, le plus gros de mes clients, 80% de mes clients, c'est mes anciens élèves. Donc ils me font la misère. La seule chose que je lui conseille de faire pour que ça marche, répond aux demandes de tes clients. Le dirigeant qui m'a inspiré, c'est mon père. C'est ma boussole. C'est mon exemple. Enfin, l'exemple que je suis. Comment est-ce qu'on passe de « je travaille avec ma femme » à une entreprise de 50 personnes ? Merci Kamel de m'avoir fait l'honneur de venir ici pour tourner un épisode du podcast « Bâti Légende ». Donc c'est le podcast où j'interview des dirigeants d'entreprise au parcours inspirant.

1:12 Est-ce que tu peux te présenter ? Déjà, merci à toi Hedi, d'avoir pensé à moi et de m'avoir invité dans ce post… Podcast. Podcast. C'est des termes et un vocabulaire qui ne m'est pas familier. Alors me présenter Hedi, tu me connais déjà ? Ben brièvement, mais t'as quel âge ? Tu t'appelles comment ? Pour ceux qui ne me connaissent pas… Déjà mon âge, ça se dit pas. Non, j'ai 49 ans, je suis fier de le dire parce que j'ai pas encore les 50. Donc 49 ans, Kamel Ferhat, je père de 6 enfants avec la même femme, je suis marié, je l'aime. Je suis dans le domaine professionnel, j'ai choisi d'aller dans l'énergétique et plus particulièrement le froid et la climatisation.

2:06 Et c'est quoi ton activité aujourd'hui ? Je suis le PDG de la société Le Froid Francilien. Le Froid Francilien et je gère aussi un groupement d'entreprises, la Holding Ferhat Company. Et j'aide des entreprises, des jeunes personnes motivées, je les accompagne à développer à la création de leur entreprise. Donc ils s'intègrent à notre groupe et puis moi je les accompagne, je les aide. Et donc ça crée un groupement d'entreprises, donc un chef C avec toutes ses filiales. Et la plupart d'entre eux sont des anciens élèves parce que j'ai été aussi professeur en génie climatique après avoir fait un CAP, un BEP froid clim, un BAC pro froid clim, un BTS froid clim.

2:57 Attends, tu vas nous partager tout ça, je vais te poser plein de questions. Tu m'as demandé de me présenter. Non, vas-y. Non, mais écoute, ça a l'air d'être un parcours incroyable. Je connais quelques éléments de ton parcours, mais je tiens à dire à tous ceux qui nous regardent, parce qu'on n'a pas préparé ce podcast, je ne t'ai pas envoyé de questions à l'avance. Si tu n'es pas à l'aise avec une question, tu n'y réponds pas et on passera à autre chose. Il n'y a pas de soucis. Je ne vais pas te poser de questions bizarres. Mais voilà, moi ce qui m'intéresse, encore une fois, et tu vois, tu sais que j'ai dirigé aussi une entreprise. Oui, on s'est connu d'ailleurs.

3:31 On s'est connu. Lorsque tu as récupéré un des salariés et que tu m'as appelé pour avoir ces références, ou c'est moi qui t'ai appelé parce que… Non, non, c'était moi qui t'avais appelé. Voilà, c'est vrai. Et puis, oui, oui. Aujourd'hui, tu es client aussi d'InterFast, mais on en reparlera peut-être après. Mais du coup, tu vois, moi, quand j'ai géré ma boîte, ça m'aurait fait du bien d'avoir des parcours inspirants comme le tien, de connaître l'histoire pour avoir la motivation, la niaque, tu vois, d'aller chercher des clients, recruter, essayer de grossir aussi. Parce que quand on est artisan, tu le sais, tu m'avais raconté rapidement l'histoire de la Laguna, peut-être tu en reparleras.

4:06 Oui, oui. C'est pas facile. Non. Du coup, Kamel, donc, tu as 49 ans, patron du Froid Francilien et d'un groupe d'entreprise, c'est incroyable. Et pas que. Ah. Et président. Et président. De l'Institut associatif de la formation des métiers de l'énergie. OK. C'est pas peu de le dire. Ouais, donc du coup, tu as vraiment beaucoup de casquettes. Ouais, mais c'est toujours le même noyau dur, le même métier, qui est le métier de l'énergie. Et la pluriprofessionnalité de ce métier fait que, bah, dans l'énergie, il y a du froid, il y a de la climatisation, il y a de l'hydraulique, de l'aérolique, de la thermique, du traitement d'eau, du traitement d'air.

4:46 C'est pluriprofessionnel et ça nous permet d'avoir un éventail à 360 à proposer à nos clients. OK. Mais toujours dans l'énergie. OK. Et pourquoi l'Institut, c'est depuis peu, où on m'a nommé président de cette association, parce que c'est une association, loi 1901, à but non lucratif. Et cette association, bah, elle est surtout là pour valoriser notre domaine d'activité, qui est souvent perçu comme un métier dit de voie de garage. Moi le premier, quand j'ai fait, moi j'ai voulu faire mon orientation, enfin, c'est mes profs qui ont fait mon orienté. On m'a dit, si tu continues à faire des bêtises, parce que j'étais un peu turbulent, hein. J'en ai eu conscience, donc je me suis soigné après.

5:34 Je dis pas que les turbulences sont malades, mais j'étais fou fou fou. Et mes profs me disaient, si tu continues avec un comportement, le comportement que t'as, tu vas finir en CAP. Une punition. J'ai fini en CAP. Et bah j'ai fini prof. Donc CAP, FroidClim, BEPFroidClim, BacProFroidClim, comme je te disais. Et je le répète parce que j'en suis fier. Et surtout, pour valoriser ce métier-là, pour dire aux jeunes que c'est pas une voie de garage, valoriser ce métier et faire en sorte que les professeurs des collèges, du collège, qu'ils arrêtent avec ça, quoi. Attends, mais je suis... Parce que là, j'ai un milliard de questions qui me viennent. Et on a un programme à respecter.

6:20 J'ai un milliard de réponses à te donner. Non mais attends, parce que je vois que t'as beaucoup de casquettes. Et enfin, je sens clairement la passion. Ça, c'est quelque chose qui me touche parce que moi aussi, je suis passionné par ce que je fais. Et un truc que j'adore, c'est travailler avec des gens passionnés. Que ce soit mes clients, mes collaborateurs, etc. Est-ce que tu peux partager rapidement un petit peu ton... On peut commencer par le début. Moi, j'aime bien tout savoir. Je suis hyper curieux. Ton enfance, t'as grandi où ? Ah ouais. T'as fait tes études où ? Enfin, tu peux parler un peu de ton cadre familial peut-être rapidement ? Ouais.

6:51 Donc, je suis né en France. Je suis né à Pontoise. OK. Dans le 95, donc en banlieue parisienne. Et donc, comme je te disais, j'ai fait cursus scolaire normal. Je suis le fruit de l'école de la République. Et donc, collège... Collège, bah, j'ai commencé à faire le foufoufou. Et là, du coup, mon papa... Je faisais vraiment le foufoufou. Donc, mon papa, il a dit, ah ouais, tu fais le foufoufou. Donc, il m'a envoyé en Algérie. Je suis d'origine algérienne. Donc, je me suis retrouvé en Algérie. Il m'a fait croire qu'il me... Excuse-moi, t'avais quel âge, quand même ? Oh, j'avais, bonne question. J'avais... C'était... J'avais 14 ans. 14 ans. Donc, quand tu dis foufoufou, c'est quoi ?

7:33 C'est que tu étais un peu un voyou ? Tu faisais... Ouais, ouais, ouais, ouais. J'étais un... J'étais une voyelle, plus qu'un voyou. Mais j'étais, voilà, le petit wesh-wesh, là, le petit zivin, là, qui roulait des mécaniques. Et je faisais des conneries. À un moment, j'ai fait une connerie assez grave. Donc, je me suis fait renvoyer du collège. OK. Donc, le collège, mon père, il a dit, attends, c'est quoi cette histoire-là ? Tu vas pas salir mon nom. Donc, à 11 ans, j'y allais. Enfin, depuis tout petit, j'allais en Algérie. Mais pour revenir au métier, moi, à partir de... Ouais, à 14 ans, mon père, il m'envoie au pays. À 13-14 ans, il m'envoie au pays.

8:07 Il me fait croire que je vais y vivre définitivement. Un peu comme s'il t'envoyait en pension, presque. Ouais. Ouais, ouais. Du coup, je me suis retrouvé en Algérie. Il a brûlé mon passeport. En fait, c'était le passeport périmé, mais moi, je savais pas. Je pensais que c'était le vrai passeport. Il brûle mon passeport. Il était sérieux. Il était sérieux. Il part. Il part, mais il prend pas. Moi, je pensais qu'il est parti en France. Mais non, en fait, il était toujours dans le pays. Et il m'a laissé. Il m'a confié à mes oncles et tantes. Et là, dans le village, t'avais ceux qui avaient des magnétoscopes. À l'époque, on avait un magnétoscope. Et on était parmi les seuls du village à voir des congélateurs bahus.

8:45 Tu sais, les congélateurs, là. Les coffres ? Les coffres, là. OK. Je voulais mettre de l'eau dans des bassines. Et puis, je congelais. Je faisais de la glace. Et ils me disaient, va les distribuer à ceux qui y avaient pas, quoi. Donc, je distribuais des glaçons aux voisins. Après, je me suis dit, tiens, je vais faire du business, moi, avec ça. Qu'est-ce que j'ai fait ? Je prenais un gobelet comme ça, transparent, là. Je mettais de l'eau, je mettais de la grenadine, je mettais un bâton. Et je posais, je superposais sur des plateaux, donc des verres avec de la grenadine. Et je faisais des sorbets, enfin… Des Mr. Freeze. Des Mr. Freeze. Et donc, ça se démoulait et je les vendais à un dinar.

9:25 Et 13h, 14h, quand le soleil était au Zénith, ça toquait à la porte, j'ouvrais. On habite dans une impasse. Et l'impasse, elle était bondée de petits jeunes, d'enfants. C'était où en Algérie ? Il avait mon âge à Biscra, en Sud-Saharien Algérien. Il fait 55 degrés à Londres, c'était pas prêt. Autant dire là, c'est que tu avais de l'or presque si c'était de la glace. C'est là que j'ai dit, attends, c'est quoi le délire ? Du coup, je vendais un dinar et j'avais pas assez de glace. C'est-à-dire que j'arrivais à répondre aux quarts des personnes qui étaient là et tout le reste, ils avaient pas, ils me regardaient avec des yeux qui brillaient. « Stop playing. » Je dis, j'ai pu.

10:00 Victime de ton succès. Ouais, c'était victime. Moi, j'étais victime de mon succès aussi. Il m'a récupéré. Il m'a surtout en France et le collège, Madame Marin, pour pas la citer, la conseillère principale d'éducation avec qui j'ai toujours des relations, qui est fière de moi comme c'est pas permis, elle dit, bon, on accepte, on y va avec mon père, ma mère, on fait un contrat moral avec le collège. Elle dit, bon, c'est quoi ton projet professionnel ? On veut bien te prendre à condition que tu aies un projet. Je suis en cinquième. J'ai dit, écoutez, projet professionnel, apprenez-moi à faire un bloc de glace. Ça, c'est dû au Sahara d'où je venais.

10:39 Apprenez-moi à faire un bloc de glace. Je vais retourner dans mon pays d'origine, en Algérie. Ils veulent de la glace, je vais vendre de la glace. Et c'est comme ça. En fait, c'était le déclencheur de tout ton parcours finalement. Et du coup, les profs me disaient, ouais, si tu continues tes conneries, tu vas finir en CAP, BEP. Je dis, mais c'est tout ce que je demande, moi. C'est d'aller en CAP, BEP. Donc du coup, j'ai fait un contrat signé, pardon. Et ils m'ont mis en quatrième techno, à défaut de me mettre en CPPN. Je ne sais pas si tu te souviens, les CPPN, c'est les écoles où les mecs sont un peu ma boule. Voilà. Et du coup, j'ai fait une quatrième techno, une troisième techno, et mon CAP, mon BEP, mon BEP, mon BEP, mon BEP.

11:23 Et première note en CAP, mon BEP que j'ai eu, 20 sur 20. J'ai tout de suite compris. Enfin, vu que j'étais déjà intéressé, c'est moi qui ai demandé d'avoir le secret de la fabrication de la glace. Mais c'est rentré tout de suite. Et depuis, là, aujourd'hui, ça fait depuis 1993 que je fais ça, soit 32 ans. Je n'ai jamais lâché. Je suis un passionné et j'adore ça. Et ça fait plaisir. Et ça fait plaisir. Et si tu veux de la glace, tu me dis... Au glaçon, tout ce que tu veux. Je te fais une piste de ski en plein désert aujourd'hui. Normal. Et puis... Tu aurais pu faire les pistes de ski à Dubaï, à l'anchemin ? Je ne les ai pas faits à Dubaï. Je les ai faits aux Or.

12:07 Ok. Une piste de ski aux Or, avec le lycée Maximilien Perret, où j'ai fait mon BTS. Où on a dû dimensionner 27 hectares de pistes skiables en plus. Il y a eu un accident, une avalanche. Il y a eu beaucoup de personnes qui sont mortes. C'était en 1995. En 99, pardon, on est partis à Aux Or pour dimensionner des pistes skiables. Et on a été retenus. Et les 27 hectares, c'est nous. On a sélectionné les canoins neige. Mais c'est qui, nous ? Le lycée Maximilien Perret. Ah, ok. Dans le cadre de ma formation. Ah, incroyable. On a été sélectionnés. Et puis le lycée Max P, c'est... Il y a deux lycées. Il y a Raspail et Max P. Et puis Max P, c'est le top.

12:54 C'est un petit clin d'œil à Max P. Voilà. Et du coup, voilà. Et donc là, tu as fait tes études. Redis un petit peu les étapes rapidement. Oui. Donc, CAP Froid Clim à Irani-sur-Oise, le lycée Auguste Escoffier, qui est le pôle d'excellence académique dans le métier. Et j'ai été formé par M. Vigourou, M. Ressillier, M. Remel, des grands messieurs du métier. Qu'on salue. Qu'on salue. Et même M. Vigourou, ça a été mon prof. Après, quand j'étais prof, ça a été mon collègue. Et après, je l'ai même débauché. Il a démissionné de l'Éducation nationale et je suis devenu son patron. Je lui ai dit, maintenant, c'est moi qui va te donner des notes. C'est plus toi.

13:28 Ça, ça a un cher d'œil à Ludovic Vigourou. Est-ce que c'est bien d'embaucher un prof, la petite question en un partant ? Oui, c'est bien. C'est des mecs qui... Ils ont besoin. Ah ouais ? Ils ont besoin d'aller sur le terrain. Mais ils maîtrisent super bien, j'imagine, non ? Ouais, mais ils maîtrisent théoriquement les choses très, très bien, mais ils ne maîtrisent pas le... Le direct live. Ouais. Ok. La adaptabilité, la souplesse que tu connais, parce que toi aussi, tu as géré ça, tu as été technicien, tu as géré des boîtes, par une boîte de froid, tu as géré du personnel. Il faut l'avoir fait. Comme on dit, il faut forger pour être forger. Et donc, là, tu fais toutes tes études dans le froid.

14:05 Oui. Après, tu termines à quel âge tes études ? À 24 ans. Parce que, comme je te l'ai dit, j'étais un cancre, donc j'ai redoublé. Moi, j'ai triplé ma cinquième. Pour ça, avec les conneries que je faisais, ils ne m'ont pas laissé passer. Et c'est bien. On ne me laissait pas passer. Je ne savais pas lire, je ne savais pas écrire, mais on ne m'a pas laissé passer. Ouais, non, mais c'est... Moi, je pense que c'est une bonne chose. C'est une bonne chose. C'est une bonne chose. Non, non, mais la bonne chose, c'est que tu n'es jamais abandonné. Ah, je n'ai pas été abandonné, effectivement. Ils auraient pu... Tu n'as pas été abandonné, mais toi aussi, tu n'as pas abandonné.

14:34 Ah non, de toute façon, je n'avais pas le choix. J'avais papa et maman derrière. Ah oui, ils étaient sérieux. Ah oui. Moi, mon père, quand il me parlait, père à son âme, je l'écoutais. Ok. Il était dur ? Il était juste. Ok. Il était dur. Donc, du coup, j'ai fait cette formation jusqu'en BTS. Et dès que j'ai terminé cette formation, j'ai mes anciens profs qui m'ont appelé, alors que j'allais signer un poste de contremaître au sein de la société Sochans. Ok. Je ne connais pas. Cofatec. Ok. Cofatec, c'est la fusion de trois sociétés, la Sommet, la Sommet, la Synergue, la Sommet Genèse Synergue et Sochans, la société Avresse de Sofage. Et les trois ont fusionné, ils ont créé Cofatec.

15:21 Ok. Et EDF, EGDF et BNP Paribas. Ok. Ça crée Cofatec Service, après Elio et ça fait Cofélie. Je sais que tu travailles avec des gros noms, mais tu nous en parleras après. Oui, oui, oui. Donc, du coup, j'allais signer un poste de contremaître. J'étais technicien frigoriste et ça m'allait très bien. J'étais autonome, je faisais mes dépannages, mes travaux, je faisais de l'installation, du montage. J'adorais ça, de la soudure. Mes profs, vu que j'avais cette facilité à expliquer à mes camarades de classe, quand le prof, il leur expliquait, il utilisait des mots un petit peu avec un vocabulaire qui n'était pas adapté au public qu'il avait devant lui, ils ne comprenaient rien.

16:09 Moi, je ne dis pas que j'avais de la facilité, mais je posais des questions. Je dis, moi, je ne comprends pas. Et il y en a d'autres, ils ne posaient pas des questions. Donc moi, je posais des questions, j'essayais de comprendre. Quand j'arrivais à comprendre, c'est bon, c'était dans la tête, c'était réglé. Et ceux d'à côté, ils me disaient, tu as compris, moi, je n'ai pas compris. Donc, je leur expliquais avec des mots. Les tiens. Les miens et un vocabulaire et avec des moyens mnémotechniques qui ont fait qu'ils comprenaient, ils assimilaient en plus ce que je leur expliquais. Et le prof, il l'a vu, ça. Le prof, monsieur Catoire-Olivier, que je remercie, il me dit, « Mais toi, tu es dangereux, toi. Tu vas m'aider. » Alors, quand un élève ne comprenait pas, il me dit, « Mais l'explique-lui. » Je lui expliquais et il comprenait.

16:50 C'est ce prof-là qui m'a appelé le jour où j'allais signer ce contrat. Il me dit, « Kamel, tu ne peux pas être prof. » J'avais 24 ans. Je me dis, « Comment ça, prof ? » « Tu te fous de ma gueule. » Pardonnez-moi l'expression. « Tu te moques de moi. » « Tu te moques de moi. » « Non, non, sérieusement. Professeur, Kamel. » J'y croyais pas. Les professeurs, c'est-à-dire professeurs comme toi, à l'éducation nationale et tout, je veux avoir des élèves et tout. Oui, mais moi, j'ai pas été formé pour ça. C'est ce que j'allais te poser comme question. Pour aller à l'IUFM, l'Institut universitaire, la formation des maîtres. Il faut des... Non, non, non, non.

17:27 Il y a des postes qui vont bien du fait qu'on manque de professeurs. L'inspecteur académique t'expliquera mieux que moi, mais c'est possible. Moi, c'est comme une évolution sociale. J'ai vu ça. Une évolution sociale. Et surtout de faire la fierté de mes parents. Le jeune Cancrelat, là, qui l'a envoyé au bled. Qui a refait trois fois la cinquième. Qui a refait trois fois la cinquième. Qui était... Tout le monde parait pas un copec sur lui, qui me voyait entre quatre murs ou quatre planches. Et bien, il est devenu professeur. Et quand j'ai dit ça à mon père, j'ai vu ses yeux briller et ma réussite. Et là, j'ai dit, ah ouais, j'ai réussi. Donc, t'as accepté ?

18:03 J'ai accepté naturellement. Et t'es devenu... Pour faire... Je sais pas si je dois le dire, mais pour faire kiffer mon père, quoi. Mais si, tu peux le dire. Bah, je le dis. Pour faire kiffer mon papa. Et ma maman, bien sûr. Et mes frères et soeurs. Et quand mon fils, il est professeur. Quand mon père, il disait ça... Mon fils ? Ah, mon fils ! Moi, j'en ai marre de lui. Qu'est-ce qu'il a fait ? Il est professeur. Tu sais, le papa, là, super content. Il est déçu, mais il est content. Diplômé de Polytechnique School of London. Exactement. School of London, School of Angéria. Du quartier. Donc, du coup, j'ai naturellement accepté la proposition d'Olivier Catoir.

18:47 J'ai postulé, donc... Et j'ai eu un entretien avec Denis Dinoya, qui était inspecteur académique de la spécialité à l'Académie de Versailles. Et j'ai signé mon contrat au boulevard Lesseps à Versailles. Et j'étais le plus jeune prof de la filière énergétique de l'Académie de Versailles. Et je me suis retrouvé prof là où j'ai été élève. OK. Donc, toujours au lycée à Ville-le-Belle. À Ville-le-Belle. À Ville-le-Belle, Pierre Mendès-France, qui était un lycée dit ZEP, zone d'éducation prioritaire. Et après, j'étais dans un autre lycée, le lycée d'Eranie-sur-Oise, qui était ZEP. Mais autrement, c'était zone d'éducation prestigieuse. Ah bon ? Oui, oui, oui.

19:25 Mes meilleurs souvenirs, mes meilleurs moments, c'était vraiment au lycée Ville-le-Belle. Dit dur, des gens des quartiers défavorisés, des gens... C'est là où j'ai... Tu t'es épanoui. Ah ouais, j'étais bien. Je donnais, je rendais, je rendais tout ce qu'on m'avait donné. Et 24 ans, ça va ? 24 ans, t'as fait ça ? Ouais, 24 ans. Donc, je me retrouve prof là où j'ai été élève. Et en face de moi, je retrouve les élèves qui m'ont connu quand j'étais en bac pro. Et eux, ils étaient en CAP. Vu que je suis parti en BTS et je suis revenu, eux, je les ai retrouvés en bac pro. Et après, ils m'ont vu arriver, ils m'ont dit, mais toi, t'étais pas... T'étais pas un mec de Sergi, toi ? Qu'est-ce que tu fais chez nous ?

20:02 T'es professeur, t'es pas le surveillant, toi, t'es professeur. Mais non. Et là, ça les a motivés. Ah ouais, parce que nous aussi, on peut être professeurs. Et puis voilà, j'ai toujours eu cette envie de valoriser ce métier, leur dire combien ce métier est passionnant, combien il va vous rapporter, combien il va vous permettre de vous épanouir. Et puis, j'ai émoustillé leur intérêt parce qu'un frigoriste, il est bien payé. Moi, j'avais des élèves qui étaient mieux payés que moi. Ils prenaient des... Je suis content, je suis fier, je sais pas de la jalousie, mais c'était pour leur dire. Et vous avez le luxe de pouvoir choisir dans notre métier.

20:34 Soit être chargé d'affaires. Surtout que même aujourd'hui, au moment où on parle, il y a une pénurie, non, de frigoriste ? Il est grave. Donc, non seulement valoriser le métier, et surtout, pallier au manque accru de personnes compétentes. Parce que des gens de bonne volonté, il y en a plein. Ils veulent tous, tout le monde veut travailler. Il n'y a pas de feignants, c'est pas vrai. Il faut leur donner les moyens, il faut leur donner les outils. Il faut qu'ils acquièrent les compétences. Avant, quand on était en stage, on avait un tuteur qui nous suivait du début à la fin. Aujourd'hui, les tuteurs, rien n'a plus. Ils sont tous pressés, ils ont plus le temps.

21:05 Et puis, il y a des sites où on ne peut pas y accéder. La prévention, la sécurité empêche que le jeune puisse toucher, manipuler. Je ne sais pas que c'était mieux avant, mais il y avait pour moi moins d'accidents avant aussi. Enfin, je pars de mon retour d'expérience. Mais on empêche aujourd'hui les jeunes d'apprendre comme nous, on a appris. Je ne suis pas dans la nostalgie, je ne suis pas... C'est un constat. Mais en tout cas, je cherche aujourd'hui à rendre, encore une fois, ce qu'on m'a donné. C'est inné en moi. Restituer le savoir que j'ai acquis et pallier au manque accru de professionnels pour déjà éviter qu'ils se tuent. Parce qu'au pire, ils se tuent.

21:48 Au mieux, ils cassent la machine. Quand la machine a fait 700 000 euros, il va la casser parce qu'il va toucher un bouton qu'il ne fallait pas toucher. Ou au pire, il va se tuer, il va s'électrocuter, il va rester collé sur la machine. Ou il va faire exploser la machine devant lui. Il y a eu des accidents graves qui passent, qui ne passent pas dans les journaux, dans les médias qui ne sont pas médiatisés, mais ça existe. Ça, c'est mon rôle, de valoriser le métier. On ne m'a pas désigné pour ça, mais c'est moi qui m'auto-désigne. Je me sens... J'ai besoin de... Voilà, je suis rattrapé par ma culture pédagogique. Investi d'une mission. Ouais. Et du coup, tu fais prof jusqu'à quel âge ?

22:27 Jusqu'à Vitam Eternam. Donc là, tu es toujours prof ? Oui, je suis toujours prof. Ok. Alors, quand est-ce que tu as lancé ta première entreprise ? La première en 2003, à la canicule. Donc, il y a 22 ans. Voilà. Ok. Ça s'appelait La Francilienne du froid. Ok. Et tu as lancé ça en plus d'être prof ? Voilà. Moi, j'étais... C'était ma femme, en fait. Tu avais le droit de faire ça ? Ben non. Ok. J'avais le droit. Oui. J'étais pas salarié. J'avais pas droit d'être gérant. Ok. J'étais pas salarié non plus. Parce que j'ai demandé des autorisations de cumul au proviseur de l'établissement, qui l'a refusé, pour avoir un poste. Et puis, le statut d'auto-entrepreneur n'existait pas.

23:09 Ok. Donc, ma femme, qui est du métier aussi, donc elle, elle a ouvert cette société. Et le premier employé de cette société, ça a été un de mes anciens élèves. Ok. Je tairai le nom, parce qu'il a un poste important aujourd'hui. Mais il a été le premier employé de la société Le Froid Francilien. Et moi... La Francilienne du Froid. La Francilienne du Froid, pardon. Et moi, j'ai démissionné quand il y a eu la crise des sœurs Prime. Et je les aidais. C'était quoi ça ? C'était en 2008 ? Ouais, c'était en 2008, la crise des sœurs Prime. Ouais. En 2008, là, c'était compliqué. Donc, j'ai démissionné en 2007. Ok. Pour accompagner la société, pour la redresser, parce qu'il y avait des grosses difficultés de décalage de trésorerie, enfin, tous les problèmes du quotidien qu'une jeune entreprise peut connaître, surtout à cette période.

24:00 C'était très, très dur. On n'était pas aidés. 45 jours fin de mois, c'était la théorie. En vrai, on était payés à 120 jours, c'était pas plus. Ah ouais. Ça, c'est dur, ça. Mais attends juste une question. Donc, t'as fait tes études, t'as été prof et t'as lancé ta boîte avec ta femme. Voilà, en parallèle. Et moi, je suis resté prof. En tout détail, mais t'avais jamais travaillé dans une boîte avant ? Si. Ah bah si. Ah oui, bonne question ça. Si, parce qu'en fait, quand j'ai commencé en 93 jusqu'en 2000, de 93 en 2000, donc ça fait combien d'années ça ? Sept ans. Sept ans. Sept ans, j'ai jamais pris de vacances scolaires. Jamais. C'est-à-dire, dès que j'ai fait mon stage chez Thomson CSF.

24:43 Ah oui, donc tu faisais quand même un peu de terrain avec du stage ou peut-être de l'alternance ? Je faisais mes stages en entreprise, des périodes de formation en entreprise dans le cadre de la formation. Je faisais des périodes de formation en entreprise et je demandais à travailler, si c'était possible de travailler l'été, les vacances scolaires, etc. Et bien, ils m'ont toujours accepté. Et c'était quoi la boîte ? C'était Thomson au début. On travaillait pour Thomson sur site. C'est quoi Thomson ? Thomson, c'est l'armement en fait. Ok. Mais moi je m'occupais des services généraux. Ok. Je faisais du multi-technique. S'il fallait faire de la menuiserie, j'en faisais.

25:16 S'il fallait passer l'aspirateur, s'il fallait nettoyer les toilettes. Ça c'est quand tu étais vraiment au tout début ? Au tout début. Et avant de faire ça, de mes 11 ans jusqu'à mes 18 ans, pendant 7 ans je faisais les marchés. Ok. Le matin mon père me réveillait, me jetaient dehors, me disait va travailler. Je disais où ? J'allais faire les marchés. Donc je travaillais le samedi, le mercredi matin j'ai des remballés à déballer. Ok. 50 francs et je travaillais toute l'année. Donc j'ai toujours travaillé. Mais dans le métier de 93 à 2000, j'ai toujours travaillé pour les boîtes où j'ai fait mes stages. Donc Thomson, après quand je suis parti chez Sulzer Infra, je travaillais chez Sulzer.

26:00 J'appelais, je suis disponible pour les vacances de Pâques. Je me prenais. Moi je ne maîtrise pas à 100% mais Sulzer c'est des compresseurs ? Alors Sulzer c'est comme Carrier mais chez les Suisses. Ok. C'est des compresseuristes. Voilà Sulzer c'est devenu après à Rino, après c'est devenu Axima. Ok. Réfrigération. Après les Coins etc. Mais à la base c'est Sulzer. Et Engie je crois avant mais oui. Voilà, nous c'est Sulzer. On était Sulzer avec les compresseuristes. Et j'avais toutes les patinoires d'Ile-de-France et puis d'autres sites, cadre de la maintenance, des bâtiments tertiaires. Et j'ai toujours travaillé pour eux quand j'étais disponible, c'est-à-dire pendant les vacances.

26:36 Donc j'ai jamais pris de vacances et cumulé pendant ces 7 ans ça a donné 3 ans d'expérience pleine. Ok. En fait 3 fois 12 mois. Et c'est comme ça que j'ai pris mon expérience terrain. Ok. Et que ça a justifié pourquoi aussi ils ont accepté de me prendre, ils ont vu je suis venu avec mes fiches de paye et tout. Bon les fiches de paye que j'avais pas c'est celles du marché parce qu'ils faisaient pas de fiches de paye, ils donnaient un billet à l'ancienne comme ça ils donnaient 50 euros, 50 francs et c'était bon quoi. Donc du coup ouais non j'ai cumulé 3 ans d'expérience avant d'avoir signé prof mais ouais effectivement j'ai jamais fait. Ah donc en fait quand t'étais prof t'avais aussi de l'expérience terrain.

27:09 Voilà. Ok. Ok. Incroyable. Et donc du coup tu lances, enfin madame lance la francilienne Juffroy, toi tu rejoins la boîte quelques années après. Ouais en tant que directeur technique. 4 ou 5 ans après. 7 ans après. Oui 2003, 4 ans après, 2007. Ok. J'ai démissionné en 2007. Ok. Et donc là qu'est-ce que vous faites avec cette activité là ? C'est quoi votre, c'est qui vos clients ? Qu'est-ce que enfin, c'est des particuliers, des pros ? Alors c'est des pros. Ok. Les particuliers c'est particulier, c'est un autre marché, on l'a fait. On a vite compris que c'était compliqué parce qu'ils ont l'impression qu'on leur raconte la messe, c'est compliqué, quand on leur explique techniquement les choses ils nous regardent de façon suspicieuse.

27:52 Donc je préfère travailler avec des sociétés qui maîtrisent notre vocabulaire, qui maîtrisent notre compétence et à qui on peut expliquer les choses sans qu'ils nous regardent de façon suspecte. Ok. Voilà. Il y a un peu de triche pour le coup mais moi je sais que tes clients c'est un petit peu les boîtes du 440, j'ai envie de dire ? Oui, oui, oui, oui. Donc c'est les sociétés, nous c'est l'industrie, le tertiaire, la santé. Le pharmaceutique. L'industrie, la santé, la tertiaire et le process, les data centers. On travaille vraiment dans de la grosse machinerie, enfin petite, moyenne et très grosse puissance. Après on n'a pas de petits clients, mis à part le marché du particulier où on ne veut pas s'aventurer.

28:34 Parce qu'on a eu une mauvaise expérience, qu'on ne veut plus, voilà, c'est pas notre… Ok, ok. Et du coup donc entre 2007, le moment où tu rejoins la boîte, et aujourd'hui là, tu gères combien de personnes aujourd'hui chez Le Froid Francilien ? Ah bah on est monté au plus haut à 60 personnes, sur l'ensemble du groupe, parce qu'après on a créé des sociétés, etc. Aujourd'hui on a une petite cinquantaine, on ne veut pas dépasser. Et donc là on arrive dans la deuxième partie qui m'intéresse, c'est comment est-ce qu'on passe… Parce que la première partie elle ne t'intéressait pas. Si, si, mais qui m'intéresse sur le… Ça fait plaisir. Non, non, mais on va passer à la partie gestion d'entreprise plutôt.

29:12 Comment est-ce qu'on passe de « je travaille avec ma femme » à une entreprise de 50 personnes ? Enfin tu peux raconter un peu ? On ne s'en rend pas compte, après, le « je travaille avec ma femme », ce n'était pas une contrainte de travailler… Non, non, mais je veux dire, vous étiez que deux peut-être ? Ah oui, oui, trois, deux passés à trois… Oui, en fait ils étaient deux, après trois, quatre, cinq… Moi j'ai commencé naturellement, les premiers que j'ai embauchés quand j'ai vraiment pris les rênes de la société, et après il y a eu un changement de statut où j'ai pris la direction générale, la femme m'a fait un cadeau, elle m'a dit « je t'offre mes parts ».

29:48 Je dis « bon d'accord, je prends ». Ce n'était pas un cadeau empoisonné, j'ai assumé complètement, donc j'ai récupéré l'entièreté des… Je n'ai pas d'associés, je suis vraiment associé unique, enfin je n'ai pas d'associés dans la société, j'ai toutes les parts. Et comment j'ai fait ? Naturellement, j'ai embauché mes anciens élèves, mes camarades de classe, des gens qui étaient à proximité, enfin, qui m'entouraient, quoi. Pourquoi aller chercher loin ce que tu as à côté ? Non, mais tu as eu cette chance, parce que je te prends mon exemple, pour moi c'était super dur de recruter des bons techniciens, de les tester. Tu vois, toi en étant prof, j'imagine que c'était une certaine facilité, et tu en as joué et tu as eu raison.

30:27 Bien sûr, j'ai eu, ne serait-ce qu'à l'éducation nationale, parce que je suis encore prof pour des grandes sociétés, pour différents campus, donc je tairai le nom aussi. De 2000 à 2007, j'ai eu 4 fois 24 élèves, ça c'est la formation initiale. Plus 24 élèves, ça c'est la formation continue, c'est les GRETA, etc. Donc quand tu fais le calcul, on va dire 5 fois 25 élèves, pour arrondir avec le calcul. Donc 125 élèves ? Donc 125 élèves par an, pendant 7 ans. Je veux dire, il y a 30% d'entre eux qui ont changé de métier, qui seront convertis, qui sont partis plus loin, baqués à d'autres horizons. Et bien tous ceux-là que j'ai formés, qui restent là, les 70%, ils avaient 20 ans en 2000.

31:17 Aujourd'hui ils en ont 45. Et bien tous ces élèves-là, ils sont tous placés en Ile-de-France. Il y en a qui sont chez telle boîte, il y en a qui sont chez telle boîte. Aujourd'hui le plus gros de mes clients, 80% de mes clients, c'est mes anciens élèves. Donc ils me font la misère. Je leur ai appris à nager, ils se mettent à me noyer. Ils me disent, ah ouais, tu fais le malin. Ah là là, tu mettais des 2 sur 20. Et bien toi, je vais te mettre des 2 euros sur 10. Tu devais avoir 10 euros pour... Comment ça, c'est tes clients aujourd'hui ? Parce qu'ils travaillent dans les boîtes ? Ah oui, ils travaillent dans des grosses structures aujourd'hui. C'est mes clients.

31:52 C'est-à-dire, ils ont le réflexe de m'appeler. Mais c'est une blague quand tu dis qu'ils te font la misère. Oui, c'est une blague. Bien sûr. Une taquine. Ils sont joueurs. Non mais OK. Mais du coup, en fait, t'as un gros réseau. Voilà, j'ai un gros réseau. Tu connais les chargés d'affaires, les frigoristes. Oui, les bras. Et le fait d'avoir du personnel aussi. Toujours la relation avec l'éducation nationale, notamment les professeurs du domaine, qui sont des anciens collègues, qui sont des amis aujourd'hui, qui sont dans ce VVIA-là. Ils m'appellent, Kamel, est-ce que tu peux pas nous trouver une entreprise pour placer ce jeune ? Bon, c'est une mine, lui.

32:28 Mais bon, il faut qu'on le place, tu comprends. Ah, celui-là, il est bon. Celui-là, il est bon. Ah bah celui-là, je le prends. Donc du coup... C'est presque du délit d'unitier, là. Ah ouais, bah écoute... Non mais t'as raison. J'ai l'avantage de la hache à la source, donc je prends les meilleurs. Ok. Je prends les meilleurs. Logique. PSG. C'est tout. Je prends le top du top. C'est nous les champions. Paris SG, donc c'est ce que je fais. Je récupère les pépites, les perles rares. Et c'est les profs qui les ont formés toute l'année, qui me chuchotent à l'oreille, qui me voient, lui, le bon truc. Et je fais aussi partie des jurys d'examen tous les ans.

33:02 Donc j'assure le jury d'examen quand ils font des soutenances en bac pro ou BTS. Donc souvent, je donne ma carte lors d'un entretien. Je fais mes courses, si je pourrais dire ça. Donc du coup, Kamel, t'es prof, t'es dirigeant du Froid Francilien. Oui. Tu diriges aussi d'autres entreprises. Tu disais que t'as accompagné, tu vas en reparler après, dans le groupe que t'incorpores dans ton groupe. Oui. C'est quoi ton quotidien ? Comment tu gères tes journées ? C'est quoi la journée tilt de Kamel Ferhat, là ? C'est boulot, boulot, boulot, boulot, boulot, boulot, boulot, boulot, boulot. Donc t'es toujours sur le terrain ? Ouais, mais quand je dis boulot, j'ai pas l'impression de travailler parce que bon, un passionné, il a pas l'impression de travailler.

33:43 Après, mes quatre premiers enfants, c'est vrai que je les ai pas vus grandir. J'essaie de pas faire la même connerie avec les deux derniers que j'ai là. Les deux derniers, donc six ans et trois ans. Et bon, c'est de kiffer un maximum avec eux. Donc je travaille à la maison, télétravail. Ah bon ? Dès que je peux. Dès que je peux. Donc j'ai mon bureau à la maison, je suis à la maison. Mais je suis désolé, je creuse. Mais c'est quoi, un petit peu tes journées ? Tu cherches des clients, tu fais des recrusements, tu cherches des nouveaux entrepreneurs ? Les clients, le trouver, c'est pas ce qu'il y a de plus dur. Le client, c'est de le garder. Et pour le garder, il faut le satisfaire.

34:24 Il faut le satisfaire par la qualité. Si tu veux préserver un client, le garder, c'est sans la qualité. Et le prix, bien sûr, il y a toujours un côté prix, mais la qualité de tes interventions. Et la réactivité. Comme je disais tout à l'heure à Houda, c'est qu'il y a plus de demandes que d'offres. On n'a pas assez de personnel à mettre en face de toutes les demandes. Surtout là, aujourd'hui, nous sommes le 3 juillet. On sort d'une grosse canicule. Les trois derniers jours, là, le 1er juillet, même le... C'était horrible. Je n'ai jamais reçu autant d'appels. Là, on est qu'au mois du début juillet. C'est un petit peu la canicule de 2003 qu'on subit, quoi.

35:05 Et on n'a pas, on n'a pas, on n'a pas de personnel. Ils sont débordés. Les bons sont débordés. Donc, mon quotidien, c'est faire le grand écart. C'est de faire preuve de souplesse et d'adaptabilité pour répondre aux besoins urgents de nos clients, apporter les bonnes solutions. Souvent, aller les accompagner pour gérer les litiges aussi. Parce qu'ils ont souvent des litiges... Quand tu vois les tribunaux, ils sont pleins. Et les litiges, c'est que dans le domaine du froid et de la clim. Il y a beaucoup, en tout cas, dans le domaine du froid et de la clim. Et souvent, c'est dû à la compétence ou à l'erreur humaine. J'imagine qu'il y a une saisonnalité dans ton métier.

35:51 Oui. Quoique, même quand il fait froid. En fait, c'est des extrêmes. Quand il fait très chaud, on nous sollicite beaucoup. Quand il fait très froid, on nous sollicite beaucoup. Aujourd'hui, bien souvent, le chauffage, c'est la propre chaleur. Plus ça va, plus... Ou les VRV à des tentes directes, là, qui sont réversibles. Les gens se chauffent aussi avec des systèmes thermodynamiques. Et même s'ils se chauffent avec des chaudières au gaz ou au fioul, on nous appelle aussi. Parce que même dans ce domaine-là, malheureusement, il n'y a pas de personnel. Donc, nous, on est capables aussi parce qu'on a un service qu'ils savent faire. On a des compétences internes.

36:26 Et on sait intervenir dans la grosse puissance en chaufferie fioul ou gaz. OK. Oui. Donc, mon quotidien, c'est ça. C'est d'être disponible pour mes clients. Vu que je travaille en famille, donc on se voit. Je vois ma femme, je vois mes enfants. Mon fils, le plus grand, il est dans le froid et la clim. Il travaille dans la boîte avec nous. OK. Mon autre fils, Liamine aussi. Il y a Salim qui travaille avec nous. Il y a Liamine qui travaille avec nous aussi. Les filles, bon, elles ne veulent pas rentrer dans le domaine, mais elles ont raison. Je crois qu'il y a ton frère aussi qui travaille avec toi. Il y a mon frère qui travaille avec moi. Il y a mes sœurs qui travaillent avec moi.

37:06 Donc, on est en famille, quoi. OK. Donc, on se voit. Donc, la vie de famille, la vie... Après, il y a une règle, c'est quand on rentre à la maison, on ne parle pas de travail. Donc, après, effectivement, quand je travaille à la maison, j'ai mon petit coin. Dans mon garage que j'ai aménagé, j'ai mon petit bureau et puis là, je travaille tranquillement. Non, oui. Donc, finalement, le plus dur dans ton métier, c'est de gérer les urgences. Ouais, enfin, c'est quelque chose que j'aime aussi. C'est de l'adrénaline, j'en ai besoin. Des difficultés dans mon métier, le jour où il y en aura, j'arrêterai. Moi, la difficulté, c'est de trouver des personnes pour répondre aux demandes de mes clients.

37:44 Mais je croyais que tu étais prof et que tu avais accès aux... Mais malgré l'avantage que j'ai d'avoir des personnes potentiellement capables à intégrer notre milieu ou de faire ce que je leur demande dans les missions que je leur confie là, malgré tout, il n'y a pas assez. Il n'y a pas assez. OK. Et dire non à un client, c'est dur. Mais après, je travaille avec des partenaires comme toi, tu l'as été lorsque tu étais... Quand tu gérais ta boîte. Donc, j'ai des partenaires comme toi qui m'accompagnent aussi. Tu as des sous-traitants. J'ai des partenaires stratégiques. OK. Voilà. Moi, je n'aime pas le terme sous-traitants parce qu'il y a sous, il n'y a pas de sous.

38:24 C'est un partenaire. OK. Non, mais tu as raison. C'est comme quand on dit des collaborateurs. Oui, voilà. Moi, c'est des partenaires stratégiques. Après, on les appelle dans le milieu les sous-traitants. Moi, je ne suis pas sous-traitant. Je suis un partenaire stratégique et les partenaires stratégiques qui travaillent avec moi, ce ne sont pas des sous-traitants aussi. Voilà. Qu'est-ce que tu dirais à un entrepreneur qui se lance dans le froid pour aller chercher des sommets comme toi, pour recruter ? Commençons par le recrutement. Si tu devais donner des conseils de recrutement pour éviter d'embaucher des mauvais, d'un point de vue peut-être technique, peut-être d'un point de vue aussi, tu vois, on appelle ça des soft skills.

39:05 Alors, je pourrais lui donner tellement de conseils. Mais je vais juste lui dire que si déjà il décide d'ouvrir sa société, c'est qu'il est motivé, c'est qu'il veut, c'est qu'il a fait le tour, c'est que… La seule chose que je lui conseille de faire pour que ça marche, réponds aux demandes de tes clients. Parce qu'il y en a beaucoup qui ne répondent pas, tu penses ? Oui, c'est… Moi, tu m'appelles 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. C'est un client qui m'appelle, je réponds. Ok. Je réponds. C'est ce qui fait aussi ta force. C'est ce qui a fait ma force. J'ai toujours répondu. J'ai toujours répondu présent. Tu n'ouvres pas une boîte pour dire « Attends, c'est qui le client ? Il m'embête celui-là ? » Ou truc « Ah non, je n'ai pas les personnes. » Même si je n'ai pas, réponds-lui.

39:44 Même si je ne suis pas capable, réponds-lui. Aide-le. Accompagne-le. Conseille-le. Dis-lui. Donne-lui. Apporte-lui n'importe quelle aide, la moindre aide que tu peux lui apporter. Mais réponds-lui. Fais pas l'autruche. Mets pas la tête dans le sable. Attends que la tempête passe et après, c'est bon, il n'y a plus de tempête. Non, non. Ce qui ne t'appellera plus. Moi, les clients que j'ai, c'est les mêmes depuis le début. Depuis 2003, c'est les mêmes clients. Mais toi, c'est vrai que c'est spécifique parce que tu as des gros clients qui t'ont suivi sur ta carrière. Non, mais je n'ai pas toujours eu. J'ai commencé, je n'avais pas de clients. J'ai commencé, j'envoyais des fax.

40:17 À l'époque, ce n'était pas des mails. Mais c'est vrai. J'envoyais des fax. Je regardais, je prenais le botin du SnefK. Le SnefK où il y a toutes les sociétés qui sont dans le froid. Parce qu'Internet, c'était pas ce qu'il y avait. C'était à OL. Ce n'était pas aussi performant qu'aujourd'hui. J'envoyais, mais je faisais du porte-à-porte. Et puis après, tu vas voir à qui les premières boîtes où tu étais. Donc, je suis parti, j'ai frappé à la porte de Sochamp, enfin, à Cofatec. Je leur ai dit, ouais, je veux travailler. J'ai toqué à la porte d'Axima. C'est les premiers qui m'ont référencé. Je suis référencé jusqu'à aujourd'hui chez eux. C'est des clients historiques.

40:53 Après, Dalkia, c'est pareil. J'ai toqué à leur porte parce que je me connaissais. Et puis, quand j'allais visiter mes élèves en stage, je leur disais que j'ai une boîte de froid. S'ils ont besoin, je suis là. Et du coup, ils m'ont référencé. Et c'est devenu des clients historiques pour nous. Aujourd'hui, des partenaires plus que stratégiques. Et qu'est-ce qui fait que je suis resté ? C'est que j'ai toujours répondu à leur appel. Après, on ne fait pas d'omelette sans casser des oeufs. Des fois, le chantier ne s'est pas passé comme il fallait. Le tout, c'est d'assumer. Quand il y a quelque chose qui ne va pas, c'est « Ah, il y a quelque chose qui ne va pas. » Non, c'est « Comment tu réagis pour résoudre ce qui n'a pas été ? » C'est ça, ma force.

41:37 J'ai toujours fait face, j'ai toujours fait front. Même si j'ai perdu des plumes, j'ai fait face. Je n'ai jamais tourné le dos, je n'ai jamais trahi ma parole, mes engagements. Donc, c'est les conseils que je lui donnerais. Il faut gagner la confiance du client, c'est ce qu'il y a de plus important. Et ça commence par lui répondre et le contenu de ses devis, d'être prudent, de ne pas s'emballer sur les chiffrages, pour rester au prix marché et surtout de mettre les clauses qui vont bien pour ne pas que ça se retourne contre lui. Voilà. Donc, il faut être prudent. La prudence, la pugnacité comme on dit, et la motivation et le courage, beaucoup de courage.

42:17 Et il y arrivera. Et en tout cas, il fonce, quoi. J'ai quelques petites dernières questions pour clôturer. La première question, c'est… C'est complètement rien à voir, c'est juste pour connaître un petit peu ta… Enfin, c'est une question vraiment out of the box. Quel genre de musique tu écoutes, Kamel ? Ah non, moi, j'écoute la musique française. Mais non. Si. Quel genre de musique ? Tout, tout. Du Asnavour, tout ce qui est… Moi, je mets Radio France, mes chéris FM… Nostalgia. Goldman, Nostalgia, j'adore. En plus, là, ils ont fait les chansons françaises remixées. Tu vois, remixées, ils mettent des… Bossa Café, du remixé, du France Gall remixé.

42:56 Ah, je kiffe. Ouais. Ouais, je suis pas chauvin, mais ouais, je kiffe surtout comprendre les chansons que j'écoute. Parce que bon, je suis pas terrible en anglais, moi. Tu veux dire que des fois, il y a des sens cachés dans les… Hein ? Il y a des sens cachés ? Ah, comprendre, ok, parce que c'est en français. Ouais, ouais, ouais. Non, non, ouais. Non, parce que des fois, tu peux écouter… Non, et puis j'aime bien les chansons françaises, moi. Dernière question, Kamel, avant qu'on se quitte. Est-ce que tu as un dirigeant d'entreprise qui pourrait passer dans ce podcast, qui t'inspire, et que je peux contacter ? Il n'est plus de ce monde, le dirigeant qui m'a inspiré, c'est mon père.

43:33 Ok. C'est ma boussole, c'est mon exemple, enfin l'exemple que je suis, c'est un grand monsieur, grand, grand monsieur. Et son prénom, c'était Zéribi, comme Karim Zéribi, là. Il aime bien, il me fait rire quand il parle. Je connais pas. Parce qu'il a le même nom… C'est même de la politique. Et pourquoi je l'écoute ? Parce qu'il a le même prénom… Enfin, il porte le nom du prénom de mon père. Ok. Donc Zéribi. En fait, c'est un village en Algérie qui s'appelle Zériba. C'est comme si il s'appelait… Genre, il vient de Marseille, ses parents l'ont appelé le Marseillais. Ou s'il était de Paris, ses parents l'ont appelé le Parisien. Donc mon père, il est né à Zériba, ils l'ont appelé Zéribi.

44:11 Je suis d'accord. Et son effet rate, donc. Et mon père, voilà, c'est… Tout ce qu'il disait… Enfin, parce que c'est mon père, c'est vraiment… Il était impressionnant par sa sagesse, par sa bienveillance. Ah oui, oui, il a été… Il a été maçon. Il a été maçon. Après, il est tombé d'un échafaudage. Il s'est… La jambe broyée, les côtes, les poumons perforés. Ils l'ont ramassé à la petite cuillère. Il est tombé sur son ami. Son ami, il est tombé, il est mort. Et c'est qui qui l'a morti ? C'est son ami, en fait. Ouais. Pour lui, ils l'ont ramassé. Puis après, ils l'ont mis à Peugeot. Après, une fois qu'ils l'ont soigné, ils l'ont replacé à Peugeot, à Ony.

44:58 Et ils nettoyaient les voitures quand ils sortaient d'usine. Et mon premier stage que j'ai fait en 4e techno, c'est à Peugeot-Talbo, à Ony. Et c'est mon père qui m'a trouvé ce stage. Et j'ai vu mon père travailler avec son bleu Peugeot, en train de me nettoyer la voiture. Moi, je montais les post-cassettes avec l'électricien des véhicules. Je mettais les haut-parleurs et tout, dans mon stage. Et je voulais presque dire à mon tuteur, je peux aller aider mon père. Je ne voulais pas le laisser travailler. Je voyais travailler, laver les voitures. Et quand je me suis rendu compte plus tard, pendant toutes ces années, j'ai vu ce qu'il a fait. Pendant toutes ces années, il a fait ça.

45:36 Et la force qu'il a, avec le peu qu'il gagnait, il a réussi à nourrir toutes mes sœurs et mon frère, parce qu'il est une famille nombreuse. J'ai 10 sœurs, 2 frères, 4 frères qui sont morts, avec la même femme. Enfin, j'ai une grande sœur qui l'a vu, mais le papa... Soldat. Général des grandes armées. Elle est fort mon père. Pour moi, c'est le patron numéro 1, c'est mon exemple. C'est l'homme qui m'inspire le plus. Écoute, merci beaucoup Kamel. Merci à toi. C'était un honneur de te recevoir. Merci. A très vite. A très vite. Gizmo. ...