Rentabilité et marge

Point mort et seuil de rentabilité dans le bâtiment

Le point mort répond à la question la plus concrète qu'un dirigeant puisse se poser : à partir de quel niveau d'activité mon entreprise arrête-t-elle de perdre de l'argent ?

Hedi Marinier, fondateur d'InterFast
InterFast Publié le 12 août 2026
7 min de lecture Dictionnaire

Beaucoup de dirigeants du bâtiment connaissent leur chiffre d'affaires mensuel par cœur, mais pas le niveau à partir duquel ce chiffre d'affaires devient rentable. Le point mort transforme une intuition en repère chiffré, utilisable pour décider d'une embauche, d'un investissement ou d'une baisse de prix.

01 - DéfinitionDéfinition

Définition — Point mort

Le point mort est le niveau de chiffre d'affaires à partir duquel une entreprise couvre exactement l'ensemble de ses charges, fixes et variables. En dessous, elle réalise une perte ; au-dessus, chaque euro supplémentaire contribue au bénéfice.

Aussi appelé : seuil de rentabilité, break-even.
Seuil de rentabilité Seuil de rentabilité = Charges fixes ÷ Taux de marge sur coût variable Exprimé en euros de chiffre d'affaires hors taxes annuel.
Point mort en jours Point mort (jours) = (Seuil de rentabilité ÷ CA annuel) × 365 La date de l'année à partir de laquelle l'entreprise commence à gagner de l'argent.

02 - CalculCalculer son point mort en quatre étapes

Le calcul demande de trier ses charges, ce qui constitue en soi un exercice de connaissance de son entreprise.

  1. Isolez vos charges fixes annuelles. Loyer, assurances, leasing, salaires permanents et charges associées, encadrement, administratif, comptabilité, informatique, amortissements, frais bancaires.
  2. Isolez vos charges variables. Matériaux, sous-traitance, intérim, carburant chantier, locations ponctuelles. Tout ce qui disparaîtrait si l'activité s'arrêtait.
  3. Calculez votre taux de marge sur coût variable. (Chiffre d'affaires moins charges variables) divisé par le chiffre d'affaires.
  4. Divisez les charges fixes par ce taux. Le résultat est le chiffre d'affaires annuel à atteindre pour être à l'équilibre.

Dans le bâtiment, la question qui fâche est le classement de la main-d'œuvre permanente. La prudence commande de la traiter en charge fixe : une équipe en CDI ne se réduit pas au rythme du carnet de commandes.

03 - ExempleExemple : entreprise de 12 salariés

Entreprise de génie climatique, 1 400 000 € de chiffre d'affaires annuel, 45 % de taux de marge sur coût variable.

ÉlémentMontantLecture
Charges fixes annuelles560 000 €Salaires permanents, structure, amortissements
Taux de marge sur coût variable45 %Chaque euro facturé laisse 0,45 € pour les charges fixes
Seuil de rentabilité1 244 444 €560 000 ÷ 0,45
Chiffre d'affaires réalisé1 400 000 €
Marge de sécurité155 556 € (11 %)L'activité peut baisser de 11 % avant la perte
Point mort en jours324 joursLe bénéfice commence le 20 novembre

Cette entreprise travaille onze mois pour payer ses charges et un mois pour gagner de l'argent. C'est une situation courante dans le bâtiment, et elle explique pourquoi un chantier déficitaire en fin d'année a un effet dévastateur sur le résultat.

La lecture qui compte : une marge de sécurité de 11 % signifie qu'une baisse d'activité de 11 % fait basculer l'entreprise dans le rouge. En dessous de 15 % de marge de sécurité, un carnet de commandes qui se vide devient un risque vital à court terme.

04 - RepèresInterpréter sa marge de sécurité

Le point mort seul ne dit pas grand-chose. C'est la marge de sécurité — l'écart entre le chiffre d'affaires réalisé et le point mort — qui mesure la robustesse de l'entreprise.

< 10 % Situation tendue. Un trimestre creux suffit à générer une perte annuelle. Priorité à la réduction des charges fixes ou à la reconstitution du carnet.
10 à 20 % Situation courante dans le bâtiment. Le pilotage du carnet de commandes et de la marge devient l'activité principale du dirigeant.
> 25 % Situation confortable. L'entreprise peut absorber un chantier raté ou un ralentissement conjoncturel sans mettre en danger son exercice.

05 - DistinctionsÀ ne pas confondre avec

Trois notions financières souvent confondues avec le point mort.

TermeLa différence avec le point mort
Carnet de commandesLe carnet mesure l'activité vendue à venir. Le point mort mesure l'activité nécessaire à l'équilibre. Comparer les deux indique combien de mois d'avance vous avez.
TrésorerieUne entreprise peut dépasser son point mort et manquer de trésorerie, à cause des délais de paiement. Rentabilité et liquidité sont deux problèmes distincts.
Résultat d'exploitationLe résultat d'exploitation est le constat d'un exercice passé. Le point mort est un objectif prospectif, utilisable pour décider aujourd'hui.

06 - ErreursLes erreurs fréquentes

1 Classer la main-d'œuvre productive en charge variableDans une entreprise du bâtiment avec des équipes en CDI, la main-d'œuvre est une charge fixe à horizon d'un an. La traiter comme variable divise le point mort calculé par deux et donne un faux sentiment de sécurité.
2 Calculer un point mort annuel sans tenir compte de la saisonnalitéUne entreprise qui réalise 40 % de son activité entre septembre et décembre franchit son point mort bien plus tard qu'un calcul linéaire ne le suggère. Le point mort mensuel est plus opérationnel.
3 Oublier de le recalculer après une embaucheUne embauche de conducteur de travaux ajoute typiquement 55 000 à 70 000 € de charges fixes annuelles. À 45 % de taux de MCV, cela représente environ 140 000 € de chiffre d'affaires supplémentaire nécessaire pour rester à l'équilibre.

07 - PilotageUtiliser le point mort dans les décisions

Le point mort n'est pas un chiffre à contempler une fois par an : c'est un outil d'arbitrage. Avant chaque embauche, la question devient mesurable : combien de chiffre d'affaires supplémentaire ce recrutement exige-t-il pour ne pas dégrader le résultat ? La réponse est le coût annuel chargé divisé par le taux de marge sur coût variable.

Le même raisonnement s'applique à un local plus grand, à un véhicule supplémentaire ou à un logiciel. Chaque charge fixe ajoutée déplace le point mort d'un montant calculable, et donc exige un volume d'activité identifiable.

En sens inverse, le point mort permet d'évaluer la robustesse d'un carnet de commandes : si le carnet couvre huit mois d'activité et que le point mort est atteint au dixième mois, l'année est déjà compromise.

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08 - QuestionsQuestions fréquentes

Comment calculer le point mort d'une entreprise du bâtiment ? +
Divisez vos charges fixes annuelles par votre taux de marge sur coût variable. Une entreprise avec 560 000 € de charges fixes et un taux de MCV de 45 % atteint son point mort à 1 244 444 € de chiffre d'affaires hors taxes annuel.
Quelle différence entre point mort et seuil de rentabilité ? +
Les deux notions se recouvrent. Le seuil de rentabilité s'exprime en euros de chiffre d'affaires, le point mort en date ou en nombre de jours d'activité. En pratique, les deux termes sont employés indifféremment dans le langage courant des entreprises.
La main-d'œuvre est-elle une charge fixe ou variable dans le BTP ? +
Les salaires des compagnons en CDI sont des charges fixes à horizon d'un an, puisqu'ils sont dus indépendamment du niveau d'activité. Seuls l'intérim et les heures supplémentaires se comportent réellement comme des charges variables. C'est le classement prudent, et le seul qui donne un point mort réaliste.
Combien de chiffre d'affaires faut-il pour financer une embauche ? +
Divisez le coût annuel chargé du poste par votre taux de marge sur coût variable. Un conducteur de travaux à 60 000 € annuels chargés dans une entreprise à 45 % de taux de MCV exige environ 133 000 € de chiffre d'affaires supplémentaire pour être neutre sur le résultat.

09 - Aller plus loinTermes liés

Retrouvez les 163 termes du dictionnaire de la gestion d'entreprise du bâtiment, classés par famille.

Sources

  1. Bpifrance Création, seuil de rentabilité et prévisionnel financier - bpifrance-creation.fr
  2. Conseil national de l'Ordre des experts-comptables - experts-comptables.fr
  3. INSEE, statistiques annuelles d'entreprises, secteur de la construction - insee.fr

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