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Laurent Jacquet, de l'apprentissage chez Bernard aux impayés qui ont fermé sa première entreprise

Épisode 1 sur 3 de la série Bâti Légende avec Laurent Jacquet, créateur de la chaîne YouTube LJVS et animateur sur M6. Il revient sur ses dix premières années de métier : une orientation contrariée, un patron exigeant, des détours par l'usine et les toits, puis une première entreprise montée à 8 personnes et stoppée net par deux impayés.

Hedi Marinier, fondateur d'InterFast
Animé par Hedi Marinier Publié le 6 mai 2026
1 h 28 Vidéo + transcription

01 - Le résuméCe que raconte Laurent Jacquet

Laurent Jacquet, 45 ans, vit aujourd'hui dans la Loire. Il a grandi dans l'Ain, à la campagne, dans les années 80-90, entre une mère ouvrière coiffeuse et un père ouvrier mécanicien. Bon élève mais attiré par le travail manuel, il annonce vers la cinquième ou la quatrième qu'il veut partir dans le bâtiment. La conseillère d'orientation tente de l'en dissuader. Il quitte le collège pour un pré-apprentissage dans les métiers de la scierie, qu'il doit abandonner au bout d'une ou deux semaines : il est allergique à la poussière de bois.

Son père, mécanicien, apprend que le plombier du village, au pied du Beaujolais, cherche un apprenti. Laurent Jacquet commence chez Bernard, plombier chauffagiste et ancien compagnon, qu'il décrit comme le patron le plus dur et le meilleur qu'il ait eu. Il y fait son pré-apprentissage de tuyauteur-soudeur puis son CAP de monteur en installations thermiques, à raison de 50 heures par semaine dès 14 ans, pour 300 à 400 francs par mois. Il y apprend la ponctualité (7h30 signifie camion chargé et moteur démarré), l'ordre dans la caisse à outils, le respect du client et le cintrage plutôt que le flexible.

Il poursuit avec un BP chez un second patron du Beaujolais, qui décède d'une crise cardiaque deux mois avant l'examen. Laurent Jacquet arrête alors l'école. Suivent une expérience d'usine en intérim qu'il quitte au bout d'un jour et demi, près de deux ans comme charpentier couvreur zingueur chez un petit artisan, puis un à deux ans à poser des lignes téléphoniques après la tempête de 1999. Entre 18 et 20 ans, il construit seul en six mois une dépendance de 47 m² au fond du terrain de ses parents.

Vers 22-23 ans, il se met à son compte et crée JLS, son entreprise de plomberie et de chauffage, qu'il élargit ensuite à la salle de bain. En quatre à cinq ans, elle compte huit personnes : six salariés, une secrétaire et lui. Le carnet de commandes est plein, mais il passe ses journées dans la paperasse et les ressources humaines au lieu d'être sur les chantiers. Il conclut qu'il est fait pour être artisan plutôt que chef d'entreprise.

Deux événements arrivent en même temps. Il se sépare de sa compagne, puis encaisse deux impayés à une dizaine de jours d'écart, sur deux chantiers d'environ 100 000 euros chacun, dont l'un comprenait une chaufferie granulés avec silo de 5 tonnes pour une maison de 800 m². Après les acomptes de 30 000 à 40 000 euros, environ 60 000 euros restent dehors sur chaque chantier. Il monte un dossier de prêt à taux zéro pour ses clients, que la banque refuse : ils sont déjà trop endettés. La trésorerie fond.

Son comptable lui propose un redressement, l'entreprise ayant du travail. Laurent Jacquet refuse et dépose le bilan : il a perdu l'envie. Cet épisode s'arrête là, la suite de son parcours est racontée dans les épisodes 2 et 3.

02 - À retenirCe qu'un dirigeant peut en tirer

  1. Former les jeunes dans les petites structures Pour Laurent Jacquet, un apprenti formé chez un artisan seul ou à deux apprend bien plus que dans une entreprise de 40 personnes, où il répète les mêmes tâches sur du neuf et où l'ambiance peut le tirer vers le bas.
  2. Définir la ponctualité concrètement Chez Bernard, 7h30 voulait dire café bu, camion chargé et départ. Fixer clairement ce qu'on attend à l'heure d'embauche évite les malentendus avec les équipes.
  3. Récompenser selon l'investissement Avec ses salariés, il appliquait le donnant-donnant : un collaborateur très impliqué comme Fabien obtenait facilement un jour payé ou le prêt du camion, un autre qui ne faisait aucun effort non.
  4. Se méfier des très gros chantiers Ses deux impayés sont arrivés sur des chantiers d'environ 100 000 euros, plus gros que ses chantiers habituels. Un acompte de 30 000 à 40 000 euros n'empêche pas d'avoir 60 000 euros dehors.
  5. Artisan et chef d'entreprise sont deux métiers Arrivé à huit personnes, il ne faisait plus que de la gestion et de la paperasse. Son expérience montre l'intérêt de savoir ce qu'on aime vraiment faire avant de faire grossir son entreprise.
  6. Avoir de l'or dans les mains, c'est être autonome Pour lui, l'expression ne signifie pas gagner beaucoup d'argent, mais savoir faire par soi-même et dépendre de très peu de monde.

03 - Les phrases fortesIls l'ont dit au micro

Si tu es honnête, poli, bien élevé, à l'heure, que tu fais du bon travail et que tu essaies d'être une sorte de gentleman de l'artisanat, toute ta vie tu auras du boulot.

Un jeune qui fait son apprentissage chez un petit artisan, il est, quand je dis dix fois, c'est minimum dix fois meilleur qu'un qui a fait son apprentissage dans une grosse boîte.

Avoir de l'or dans les mains, ça ne veut pas dire gagner de l'argent à mort. Ça veut dire qu'avec deux mains et une tête, tu arrives à économiser des milliers d'euros.

04 - Les chapitresAller directement au passage qui vous intéresse

  • 0:00 Teaser
  • 1:33 Présentation de Laurent Jacquet
  • 3:12 Enfance et premiers contacts avec le manuel
  • 5:27 La conseillère d'orientation qui décourage
  • 13:34 L'apprentissage chez Bernard
  • 19:47 Ce qu'un patron exigeant enseigne vraiment
  • 34:10 Petite boite vs grosse boite : où on apprend
  • 44:25 L'usine : une semaine suffit
  • 52:45 Première boite : JLS Jacquet Laurent Service
  • 1:13:00 Les deux impayés et la décision d'arrêter

05 - L'invitéQui est Laurent Jacquet ?

Laurent Jacquet

LJVS
JLS

Première entreprise de plomberie, chauffage et salle de bain de Laurent Jacquet, créée vers 22-23 ans, montée à huit personnes puis fermée après deux impayés. Entreprise disparue, sans site.

LJVS

Chaîne YouTube de Laurent Jacquet consacrée au bâtiment, à la rénovation et à l'outillage. Aucun site officiel trouvé : le lien pointe vers la chaîne YouTube.

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06 - FAQQuestions fréquentes sur l'épisode

Qui est Laurent Jacquet ? +
Laurent Jacquet est un plombier chauffagiste de 45 ans qui vit dans la Loire. Il est le créateur de la chaîne YouTube LJVS et de la communauté des Bichons, et anime une émission sur M6. Il se présente comme artisan, créateur de contenu, animateur et vidéaste.
Comment Laurent Jacquet est-il devenu plombier ? +
Après un pré-apprentissage dans le bois interrompu par une allergie à la poussière de bois, son père lui trouve une place chez le plombier du village, au pied du Beaujolais. Il y apprend le métier auprès de Bernard, plombier chauffagiste et ancien compagnon, jusqu'à son CAP, puis prépare un BP chez un autre patron.
Quelle était la première entreprise de Laurent Jacquet ? +
Vers 22-23 ans, Laurent Jacquet crée JLS, une entreprise de plomberie, de chauffage puis de salle de bain. En quatre à cinq ans, elle atteint huit personnes : six salariés, une secrétaire et lui-même.
Pourquoi Laurent Jacquet a-t-il fermé sa première entreprise ? +
Il a subi deux impayés à une dizaine de jours d'écart sur deux chantiers d'environ 100 000 euros, avec environ 60 000 euros restant dus sur chacun après acompte, au moment où il se séparait de sa compagne. Son comptable proposait un redressement, mais il a préféré déposer le bilan car il n'avait plus envie de gérer l'entreprise.

07 - TranscriptionLa transcription intégrale de l'épisode

Transcription automatique de la vidéo, découpée par chapitre. Les noms des intervenants et des entreprises ont été relus ; le reste peut comporter des erreurs de reconnaissance. Cliquez sur un horodatage pour lancer la vidéo à ce moment.

0:00 Teaser

0:00 Dans le village, il y avait des artisans, je m'arrêtais souvent chez eux, je passais chez le menuisier du coin. Là, ça a été le drame, il ne faut pas que tu fasses ça, tu as des bonnes notes, tu vas gâcher ta vie, ce n'est pas des bons métiers, mais j'en ai bavé. Moi, j'ai vu des caisses à outils traverser la carré, mais quand je te dis traverser, ce n'est pas une image. Je me suis fait décoller du sol deux, trois fois. La pause au coup de sifflet, tu entends une sonnerie, tout le monde part en courant. Au début, je me suis dit, c'est quoi ? Tu me souviens, ce qui se passe ? J'arrive, les mecs, ils se fument quatre clopes d'un coup, parce que même pas le temps de boire le café, ça ressonne, il faut repartir en courant.

0:30 Je partais un mois, mais j'étais célibataire, j'étais... C'était en mode Indiana Jones. J'étais Indiana Jones. On était sur le bateau en train de bricoler, tu sais, moi, je réparais un plancher en tec, on ressoudait un truc en inox, on bricolait ça, et puis après, le mec, il me filait un billet. Moi, j'étais tout content. Je le dis, ça fait partie des meilleures années de ma vie. Comment tu l'as vécu, c'était un pays ? C'est le p*****, en fait, ce que je ressens. Et d'un autre côté, je dois l'admettre, en fait, ça m'est tellement tout tombé dessus que je me suis dit... J'ai un grand respect pour les gens qui sont nés pour être chef d'entreprise.

0:59 Moi, je suis né pour être un artisan. Je me dis, putain, mais là, je suis en train de faire un truc carrément bien, l'emplombré et tout. Et je sors le téléphone, et ça commence comme ça, en me disant, bonjour à tous, ben voilà, là, je suis en train de faire ça, je vais vous montrer comment je fais. Aujourd'hui, tout réseau confondu, si on additionne tout, les Facebook, les Insta, les Bichons TV, toutes les chaînes YouTube qu'on a, on est 800 000. Donc là, j'arrive à Paris. On aimerait vous faire un contrat, vous deveniez un animateur M6 chez M6. Et on aimerait que vous deveniez le monsieur bricolage, travaux, rénovation, bâtiment de M6.

1:33 Présentation de Laurent Jacquet

1:33 Salut Laurent, et bienvenue sur Bâti Légende, le podcast qui part à la rencontre des entrepreneurs du bâtiment au parcours inspirant. Alors aujourd'hui, c'est moi qui t'accueille sur le podcast Bâti Légende, mais c'est toi qui nous accueille dans ton entrepôt. Merci. Merci à toi. Ce que je te propose, c'est si tu veux te présenter peut-être en quelques mots avant qu'on revienne un petit peu sur ton grand parcours. Alors déjà, merci à toi, il faut le savoir parce qu'on n'en parle jamais, mais merci à toi pour ta gentillesse, ta sympathie. Les échanges ont été super, les contacts ont été super. Donc les gars, si Hedi vous contacte pour un podcast, vous savez que c'est un gars bien, vous pouvez y aller.

2:10 Voilà, maintenant, moi j'ai 45 ans, je suis dans ma 45e année, j'habite dans la Loire, voilà, et puis je fais tout un tas de choses. J'ai une casquette d'artisan, une casquette de créateur de contenu, une casquette d'animateur, une casquette de vidéaste, et je kiffe la life. Ah oui, ma spécialité, c'est d'être généraliste. Voilà. On va en revenir parce que tu passes aujourd'hui sur M6. Oui. Tu animes une émission. Oui. Tu as aussi une belle audience, les Bichons. Oui, la communauté des Bichons. La communauté des Bichons sur YouTube. Tu es aussi un vrai artisan, j'ai envie de dire un craftman. Tu aimes bien le travail, le bon boulot. C'est ça. On va revenir sur un petit peu tous ces sujets.

3:00 Est-ce que tu peux nous partager un petit peu ton enfance ? Où est-ce que tu as grandi ? C'est quoi un petit peu les grandes étapes de ton enfance ? J'aime bien toujours commencer par le début pour comprendre le cheminement un petit peu de ton parcours.

3:12 Enfance et premiers contacts avec le manuel

3:12 Commencer par le début, une enfance super, pleine d'amour. C'est une chance que j'ai eue. Des parents aimants, gentils, des grands-parents extraordinaires. On est un petit peu tous au même endroit. Donc moi, j'ai grandi vraiment dans l'Ain, en pleine campagne. On est arrivé à la campagne, je devais avoir deux ans. Et mes parents finissaient la maison, etc. On a grandi là-bas. Et en fait, mes parents avaient fait construire sur un terrain qui appartenait avant à mes grands-parents, comme ça se faisait avant. Mon grand-père, pendant une période de sa vie, a été agriculteur. Il avait des terres, deux enfants. Donc au moment que les enfants étaient grands pour acheter une maison, il a dit, tiens, je vous file un bout de terrain chacun.

4:00 Et puis donc on a grandi là. L'avantage, c'est qu'on était vraiment tous ensemble. Donc il y avait notre maison. La maison de droite, c'était mon oncle, ma marraine. La maison derrière, c'était mes grands-parents du côté de mon père. Et la maison devant, c'était les grands-parents du côté de ma mère. Donc tu vois, moi je rentrais, je balançais le cartable et puis j'allais chez l'un, chez l'autre, à droite, à gauche. Donc voilà, une belle enfance. grandit dans les années 80, 80-90. Voilà, tous les mecs des années 8-0 savent de quoi je parle. La grande époque. La grande époque. Donc voilà, c'était une enfance à la campagne, pêche, cabane, bricolage, tout ce qui va bien.

4:43 Et après, tu peux parler un petit peu de tes études du coup ? Ouais, donc mon parcours scolaire, il est assez facile. Je n'étais pas trop mauvais à l'école. C'est une chance que j'ai, mais ça ne m'intéressait pas. Enfin, ce n'est pas que ça ne m'intéressait pas, il y a quelques matières qui m'intéressaient, la techno, la physique, chimie, tout ce qui fait chier tout le monde d'habitude, moi ça m'intéressait. La découverte de la vie, on était déjà très manuel. Moi, je bricolais avec mon père, mes grands-parents, les parents des potes toute l'année. et j'avais déjà une vraie affinité avec le manuel. Donc si tu veux, j'ai poussé un peu mes études jusqu'à un palier que j'appelle ça un palier, c'était cinquième, quatrième par là où je n'étais pas trop mauvais mais j'ai fait une, on va dire, une mauvaise rencontre.

5:27 La conseillère d'orientation qui décourage

5:28 C'est-à-dire que j'ai eu mon rendez-vous de conseiller d'orientation. Le fameux une conseillère d'orientation à l'époque qui était aussi la dame du CDI, tu sais, il y avait des trucs comme ça et le rendez-vous a duré, je l'avais croisé quand on allait au CDI et ça a duré une demi-heure donc elle m'a demandé ce que je voulais faire comme je te l'ai dit, moi je n'avais pas des mauvaises notes, je n'étais pas trop mauvais à l'école et je lui ai dit mais moi je veux moi je veux bricoler quoi, moi je veux servir, enfin tu vois, je veux me servir de mes mains, je veux faire quelque chose, je veux travailler de mes mains dans la vie, je passais mes week-ends à bricoler des trucs, à construire, je ne sais pas, des kartings, des cabanes, on démontait un tracteur tondeuse, on ressoudait un châssis, on fabriquait des barbecues et c'était quelque chose avec laquelle j'avais une grande affinité et je lui ai dit mais moi je pense que je vais travailler de mes mains, je vais partir dans le bâtiment.

6:20 Dans le village, il y avait des artisans, je m'arrêtais souvent chez eux, je passais chez le menuisier du coin, tout ça, ça me parlait quoi. Et là, ça a été le drame, oh là là, mais il ne faut pas que tu fasses ça, tu as des bonnes notes, tu vas gâcher ta vie, ce n'est pas des bons métiers, patati patata. ouais, c'était, c'est chaud mais je veux même te dire, aujourd'hui, bon, on y reviendra après, mais aujourd'hui, moi mon métier, c'est de rencontrer des gens de partout en France, en Europe, même dans le monde, pour parler de savoir-faire, pour parler du manuel, pour parler de ce qui anime tous ces gens, et je me rends compte que malgré tout, même si je pense que ça s'est calmé, ça existe encore un peu, et en fait, je trouve ça très grave, je trouve ça très grave parce que, il y a ce côté, je pense, un peu quota, tu sais, c'était, tu as le collège du village, et puis à côté, tu as le lycée du village, alors le lycée, le, le, tout le système éducatif va voir le collège en disant, ouais, les gars, il faut qu'on remplisse le lycée, envoyer nous des gars, etc., essayer de ne pas les laisser partir à droite, à gauche, mais ils ne prennent pas en compte ce que le gamin, il veut vraiment, ils ne prennent pas en compte ce que, les facilités des gens, quoi, et si tu savais le nombre de gens que j'ai rencontrés dans ma vie qui avaient bac plus 3, bac plus 4, qui avaient 25 ans et qui se rendent compte à 25 ans que ce qui leur plaît, c'est la boulangerie, quoi, donc, si tu veux, c'est, pour moi, c'est une mauvaise orientation, donc, à ce moment-là, moi, j'en ai parlé à mes parents, elle a convoqué mes parents, etc., mes parents sont venus, heureusement, j'avais des super parents, moi, ma maman, elle était ouvrière coiffeuse et mon papa, il était ouvrier mécano, je veux dire, on n'avait pas une thune, je l'ai souvent dit, mais c'est la vraie vérité, je ne dis pas ça pour faire causette, ni rien, mais c'est la vérité, moi, à 13, 14 ans, que j'avais un pantalon, il y en avait déjà deux dans le village qui l'avaient porté, donc, si tu veux, parce qu'ils avaient déjà compris qu'aujourd'hui, quand tu es bon dans ce que tu fais, même si c'est dans le bâtiment, tu peux pousser tes études, c'est-à-dire que moi, je n'ai pas fait des grandes études dans le bâtiment, mais si j'avais voulu, même un jeune qui dit, je veux partir dans le bâtiment, aujourd'hui, dans le bâtiment, tu peux finir avec une maîtrise, une licence, ingénieur en bureau d'études, non, mais c'est vrai, c'est la vérité.

8:44 Tu peux aller jusqu'au meilleur ouvrier de France, tu peux travailler dans le monde entier, les métiers du bâtiment et de l'artisanat, il ne faut pas oublier que c'est un petit peu comme les métiers de la cuisine, c'est-à-dire qu'en fait, c'est des métiers de savoir-faire qui te permettent, par rapport à d'autres métiers, d'avoir une évolution de dingue, c'est-à-dire que tu peux pousser tes études très très loin, tu peux travailler dans le monde entier, c'est vrai, et avec un simple CAP, si je peux me permettre de dire ça, tu peux aller jusqu'à être chef d'entreprise et avoir 200 gars. Donc si tu veux, ça ne veut rien dire, c'est ces trucs de « Ah, mais il n'est pas mauvais à l'école, il faut qu'il continue. » Tu sais, moi, je te suis et souvent, tu valorises l'artisanat, plutôt, et les travaux manuels, ça devient un peu cette envie de le promouvoir, du fait que la conseillère d'orientation…

9:34 D'ailleurs, on dit des fois la conseillère de désorientation. Ouais, j'aurais dû lui dire « Ah, je ne sais pas quoi faire, je vais faire conseiller d'orientation. » Mais je ne peux pas me permettre de dire ça, parce que bien sûr, il y en a des très compétentes, mais je pense qu'en partie, ça vient de là. Parce que moi, c'était quelque chose qui m'amenait quelque chose qui me remplissait. Donc je sentais d'abord que c'était quelque chose qui était fait pour moi, et puis il ne faut pas oublier que quand on bosse dans le bâtiment et dans les métiers manuels de savoir-faire en règle générale, il n'y a pas que les mains. Ça marche ensemble. Je te garantis qu'il faut avoir de la tête pour faire une maison, pour arriver à faire des calculs de structure, pour arriver à savoir comment on s'y prend sur un chantier.

10:17 Il ne faut pas être un gland. La première fois que j'avais vu une vidéo de toi, je crois que c'est d'ailleurs une de tes premières vidéos YouTube, c'était « Comment tracer une épure ? » Oui. Ça, ce n'est pas à la portée de tout le monde. Non, en fait, il y a plein de choses. Va voir un charpentier, demande-lui qui t'explique le trait de charpente. Le gars, il te dessine un clocher à plat au sol. Même moi, j'ai fait ma vie dans le bâtiment, je regarde le dessin, je ne sais même pas par où commencer. Je me dis « Mais comment tu peux t'y retrouver là-dedans ? » Les gars, c'est des tronches. Ils réfléchissent, ils réfléchissent à tout. Il y a du calcul de structure, il y a plein de choses.

10:50 Donc, c'est des métiers qui sont très complets et c'est aussi pour ça que j'ai toujours voulu les valoriser. Je pense que cette valorisation de… Enfin, est-ce que j'ai la prétention de dire valoriser ? Mais en tout cas, j'ai toujours essayé de défendre le savoir-faire artisanal, manuel, etc. Parce que, pour moi, ça cochait toutes les cases. Il fallait travailler de sa tête, il fallait travailler de ses mains. On avait un métier de service, c'est-à-dire qu'il rendait service aux gens. On devenait autonome. Tu sais, il y a un vieux dipton que tout le monde connaît qui dit « Oh, les artisans, ils ont de l'or dans les mains. » En fait, avoir de l'or dans les mains, ça ne veut pas dire gagner de la thune à mort.

11:24 Ça veut dire qu'avec deux mains et une tête, tu arrives à économiser des milliers d'euros. Pourquoi ? Parce qu'en fait, tu es autonome. Et moi, l'autonomie, depuis que je suis petit, ça me parle. Pas l'autonomie dans le sens « On va faire pousser des courgettes, etc. » Même si on le fait. Mais tu vois, ce n'était pas l'autonomie genre « On va vivre dans une yourte. » Et puis voilà. Mais être autonome, ça veut dire ne pas être dépendant de quelqu'un. Donc je savais depuis que je suis petit que je voulais travailler pour moi et le fait de travailler de mes mains et en plus d'avoir une tête plutôt bien faite qui me permette de réfléchir à plein de choses, je savais très bien que ça allait m'ouvrir toutes les portes.

12:05 Quand tu arrives à être autonome et à te débrouiller par toi-même, tu n'as besoin de personne. Alors que oui, quand tu as un bac plus 3, bac plus 4, bac plus 5, bac plus 10, quand tu as fait des grandes études, c'est très bien. Mais si tu ne sais pas changer une ampoule, tu es complètement dépendant de tout le monde. C'est-à-dire que d'abord, ça va te coûter de l'argent. Ensuite, il va falloir attendre. Moi déjà, je déteste attendre, ça m'emmerde. Donc il va falloir attendre, il va falloir être dépendant de plein de gens. Quand le gars va venir, il va falloir être capable de voir s'il a fait du bon boulot, si le devis est bon, etc. Quand tu es un gars comme moi qui se débrouille un peu, tu es dépendant de très peu de gens.

12:43 Et du coup, la conseillère de désorientation, elle te dit d'aller au collège, enfin au lycée général, c'est ça ? Oui, elle me dit, il faut qu'il continue. Et alors tes parents, ils te disent, tu feras ce que tu veux et qu'est-ce que tu as fait ? Il s'est passé deux choses. D'abord, à l'issue de ce rendez-vous, si tu veux, ça m'a tellement mis un coup que j'ai été voir mes parents et je leur ai dit, je ne veux même pas aller en troisième. OK. Donc là, mes parents m'ont dit, c'est quoi ces conneries, la lolo, il faut que là, quand même, n'exagère pas, finis au moins ton collège. Ne m'abysse pas. Et en fait, je me sentais, et je te dis, j'avais des bonnes notes, mais je me sentais plus du tout aligné.

13:24 Et en fait, à partir de là, je me suis dit, mais en fait, ces gens, ils ne comprennent rien. Ils veulent me pousser à faire des trucs. Et moi, je me disais, mais je ne veux pas me refaire une année de,

13:34 L'apprentissage chez Bernard

13:34 alors la rédaction, il faut avoir le contexte, le machin, oublie. Et je me disais, mais je ne me voyais pas faire ça. En fait, j'avais l'impression vraiment de perdre mon temps. Et puis, plus ça allait, plus je m'éteignais un petit peu. Même les parents, tu vois, j'avais de plus en plus de mal à aller à l'école. Je n'avais plus trop envie d'y aller. Pourtant, j'avais des bons potes et tout. Tu vois, moi, encore une fois, c'était les grandes époques, les belles époques. Je n'ai pas eu tous les soucis que les jeunes maintenant peuvent avoir ou quoi que ce soit. Tu vois, je n'ai pas connu de harcèlement, je n'ai pas connu de trucs comme ça pendant que j'étais à l'école.

14:04 Mais vraiment, j'avais l'impression que je me levais le matin, je me disais mais qu'est-ce que je fous là ? Je n'ai pas à ta place. Et donc, mes parents, ils se disent bah merde. D'un côté, bon bah, le gamin, il veut arrêter, voilà, autant pas lui faire perdre son temps. Et de l'autre côté, bon bah, quand même, la troisième. Et en fait, on s'est renseigné et à l'époque, il y a quelque chose qui existait, ça s'appelait le pré-apprentissage. C'est pour les gens qui étaient trop jeunes pour aller en apprentissage. Bah, on disait bah, on va les foutre où, quoi, ces gamins. Et j'étais bien content parce que ça m'a permis d'éviter d'aller en troisième.

14:40 Et donc, moi, ce qui m'intéressait, c'était le bois. Parce que, je te dis, j'allais voir le menuisier parce que c'est une matière avec laquelle j'avais de l'affinité, quoi. Je me disais, tu te rends compte quand même, tu prélèves un arbre dans la forêt et ça, ça devient un meuble, une table basse, tout un tas de trucs géniaux, quoi. Enfin, c'est sans fin. Ça devient une maison, ça devient un chalet, ça devient... Et donc, moi, je voulais partir dans le bois. Donc, mon père, mes parents, m'inscrivent dans une école où on travaille le bois. Donc, et là, en pré-apprentissage, je crois que c'était métier de la scierie. Tu vois... J'allais te poser l'action, mais c'était pas menuisier.

15:18 Non, moi, après, je voulais faire menuisier ébéniste, mais il n'y avait pas... En pré-apprentissage, il fallait commencer par autre chose. Donc, c'était les métiers de la scierie, première transformation, un peu de bûcheronnage. Ils disaient, ça va être trop badass, quoi. Je me suis dit, ça va être carrément bien. Tu sais, les grosseries et tout, transformant un tronc d'arbre en planche. Et donc, j'arrive septembre et je commence là-dedans. J'arrête le collège, je commence là-dedans. Et au bout d'une semaine, mes parents sont convoqués à l'école parce que moi, j'avais été voir le menuisier du coin, j'avais été voir deux, trois artisans, mais je n'avais jamais vraiment travaillé avec eux, passé du temps avec eux.

15:56 Et en fait, on se rend compte que je suis allergique à la poussière de bois. Merde. Mais allergique à la poussière de bois, vénère. C'est-à-dire, je rentre dans l'atelier, une heure après, je suis à l'infirmerie, décompresse sur les yeux, l'enfer, quoi. Tu vois, je ne peux plus respirer. C'est comme Coluche quand il se fait piquer par le moustuque, là. C'est ça, dans Banzai. Et donc, mes parents y vont et puis les profs et tout, ils disent, on est emmerdés parce que, bon, voilà, Lolo, ça a l'air d'être un gars bien, mais... Tu as démarré, tu as fait une semaine ou deux ? J'ai fait une ou deux semaines et fin du bal. Donc là, on avait trouvé un patron, on avait trouvé l'école, on avait tout et le patron nous dit, ben ouais, mais bon, moi, si Lolo, il faut l'emmener aux urgences à chaque fois qu'il rentre à l'atelier, moi, je ne peux pas continuer avec lui et l'école me dit, ben nous, on est une école spécialisée dans le bois, on n'a même rien d'autre à vous proposer, on est un peu tous comme des cons, tu vois.

16:49 On était mi-septembre, tu vois, et mon père, il me dit, parce que bien sûr, c'était hors de question que je restais à la maison, tu sais, j'ai eu une éducation où le boulot, c'était important, où il fallait contribuer, il fallait faire sa part, quoi, tu vois. Aimant tes parents, mais il fallait quand même travailler, quoi. Ouais, moi, j'ai eu la chance de grandir dans toute ma carrière, de grandir avec des gens qui ont toujours été aimants, qui ont toujours été des fois durs, mais qui ont toujours été très justes. Et en fait, ça m'a permis de comprendre que oui, il fallait faire des efforts, que oui, on restait pas le cul devant la télé à jouer à la console jusqu'à deux heures de l'après-midi, que oui, mais en fait, il y avait une bonne raison à tout ça, et cette raison à tout ça, c'était faire de moi ce que je suis aujourd'hui.

17:31 Donc, mon père, qui était mécano, il rentre un midi ou un soir, et il me dit, Laurent, il y a le plombier du village, il bossait dans un petit bled au pied du Beaujolais, et il me dit, il y a le plombier du village qui est venu faire entretenir sa camionnette, une révision, et on a papoté, il cherche un apprenti, donc je lui ai dit que tu attaquais lundi, moi je dis, mais je savais même pas trop, tu sais, j'étais gamin, je savais pas si c'était bien, pas bien. Tu avais déjà entendu parler de la plomberie ? Ouais, j'avais déjà entendu parler de la plomberie parce que j'avais des plombiers dans ma famille, et j'avais déjà bricolé un peu avec eux, mais si tu veux, moi de toute façon, je voulais pas retourner 8 heures sur une chaise à l'école à apprendre des trucs en me disant, voilà, j'étais sûr si tu veux que j'allais pas passer ma vie le cul dans un bureau à faire des tableaux Excel et des PowerPoint, quoi.

18:23 Donc, tant que je bossais un peu de mes mains, j'étais pas déçu, mais c'est vrai que dans ma tête, je m'étais dit je vais faire du bois. Je pense que j'étais naïf, en fait, tu sais, quand t'es gamin, t'es paumé, tu sais, nous, on était vachement dégourdis, on était vachement débrouillard, on était vachement autonome. Moi, j'ai pas le souvenir qu'il y a 14, 15 ans, quand j'étais gamin, j'avais un plan de carrière. Tu sais, on avait une vague idée de ce qu'on voulait faire et de ce qu'on voulait pas faire, mais mon père, il m'a dit tu vas être plombier, il m'aurait dit tu vas être électricien, j'aurais dit bah ouais, j'en sais rien, tu sais. Donc, je suis parti en plomberie, donc, rechangement d'école, ça, c'était en urgence.

19:02 Là, t'es content aussi d'avoir des parents cools, ils me bougeaient le cul quand même. Moi, ça a jamais été mes parents qui me faisaient tout. Mais là, toute la famille siémie, quoi, vas-y, j'appelle des écoles, j'appelle tout le monde et tout. Et donc, je retrouve une école, je trouve ce patron et là, en fait, je pense que, tu vois comme quoi, c'était le destin, c'était bien fait parce que je tombe sur le meilleur patron que j'ai eu de ma vie, un des plus durs que j'ai eu de ma vie et à la fois, je pense, le meilleur patron que j'ai eu de ma vie. Donc, plombier, chauffagiste, un ancien compagnon, etc. Très bon, très humain, mais il fallait pas déconner avec le boulot.

19:39 C'est-à-dire que le boulot, c'était pas, et je te dis encore que j'étais dans les bonnes années. À l'époque, on n'avait pas de téléphone portable. C'était lui qui t'a appris le bon boulot ?

19:47 Ce qu'un patron exigeant enseigne vraiment

19:47 Il était dur, j'en ai bavé. Il s'appelait comment ? Il s'appelait Bernard. Je l'ai autant aimé que détesté et je m'en suis rendu compte un peu plus tard qu'il faisait ça pour moi, mais j'en ai bavé. Moi, j'ai vu des caisses à outils traverser la carré, mais quand je te dis traverser, c'est pas une image, c'est pour de vrai. Tu as mis des coups de clé à griffe ? Il ne m'a jamais mis des coups de clé à griffe, mais j'ai pris des coups de pied aux fesses. Je me suis peut-être très certainement fait tirer l'oreille bien vénère. Je me suis fait décoller du sol deux, trois fois. Et on travaillait beaucoup, mais vu que j'avais toujours connu que ça, si tu veux, c'était pas la même époque.

20:25 Moi, quand mon patron, il me disait ce soir, on va finir à 20 heures, j'appelais mon père, je disais, du coup, attendez-moi pas, on va finir à 20 heures. Mon père ou ma mère me disaient, mais pourquoi tu nous appelles ? Boss, vas-y, c'est le boulot, c'est ça. C'est un métier de service, c'est ça, t'as voulu arrêter l'école, tu vas rendre service aux gens. C'était pas comme maintenant. Moi, c'était inconcevable que je lui dise, Bernard, il faut qu'on arrête à 16 heures parce que j'ai judo. Et comme ça se fait maintenant, tu sais, maintenant, tu t'embauches un apprenti, sa maman, elle te dit, je suis embêté, le gamin, il fait de la danse, les mercredis soirs, il faudrait qu'il soit...

21:00 Moi, ça n'existait pas. Tu sais, mon patron, il me disait, attends, Lolo, on part à 30 bornes de la baraque, on va dépanner une famille. La maman, elle est enceinte comme ça, ils n'ont pas d'eau, pas de chauffage, il fait moins 10, deux heures. S'il faut rester jusqu'à 10 heures du soir, on reste jusqu'à 10 heures du soir, c'est notre métier. Tu sais, c'est comme le mec qui fait en boulangerie, qui veut faire boulanger puis qui dit, moi, je voudrais commencer à partir de 8, 9 heures le matin. Ça n'existe pas. À ce moment-là, il faut faire un autre métier. Et en fait, j'ai compris très vite que ça faisait partie du truc. Et ce gars, il était très dur, mais il m'a appris.

21:31 Il m'a appris. Je pense que, encore une fois, si je devais, tu sais, faire un pourcentage de l'homme que je suis aujourd'hui, on va dire que sur 100%, il a contribué à 40. Tu vois, j'ai eu une grosse part de mes grands-parents, une grosse part de mes parents, une grosse part... J'ai vraiment eu beaucoup de choses dans ma vie qui ont fait l'homme que je suis. Mais lui, il était très dur, mais par contre, il était très juste. très juste. Si c'était un compagnon, déjà, il devait être, j'imagine, très carré aussi. Il était carré, il avait un grand respect pour les clients, il avait un grand respect des horaires, il avait un grand respect du vrai bon boulot et de ce que c'est que d'être un pro.

22:10 Des fois, on faisait des trucs de fou, parce que lui, il m'a vraiment appris le cintrage, lui, c'était heurte question de mettre des flexibles sous une chaudière. Alors là, mon pauvre, si j'étais à 20 bornes, je rentrais à pied, à coups de pied dans le cul, il allait ouvrir la portière et me mettre des coups de pied dans le cul pendant que je cours sur 20 bornes. En plus, ce n'était pas l'époque des raccords à serre-tueur. Ah ouais, non, là, c'était pas, là, il fallait, et puis tu n'avais pas intérêt de cramer le mur en soudan, parce que ce n'était pas comme maintenant où tu dis, je suis désolé, nous, mon patron, il cramait un mur, il appelait son assurance, on refaisait tout mur.

22:39 Tu sais, c'était le... Et des fois, on faisait des trucs de fou, ça le rendait dingue et je lui disais, waouh, on dirait du boulot de pro. Et il me disait, mais on est des pros. Il me disait, bien sûr que c'est du boulot de pro. Mais tu sais, des fois, vu qu'on traînait tout le temps sur les chantiers, je voyais bien qu'il y avait des gens, des fois, sans méchanceté, mais qui travaillaient un peu moins bien. Nous, on faisait vraiment du super, super, super bon boulot. Et ce gars, en plus, à côté de ça, vu qu'il travaillait beaucoup, il avait un petit peu de sous, puis je te dis bien, c'était pas à la même époque, il achetait. Des fois, il me disait, j'arrivais le lundi, il me disait, oh, Lolo, j'ai hâte d'acheter un espèce de vieil immeuble.

23:11 On va tout l'éclater. On va se refaire 6, 7 appartes. Ça va me servir pour ma retraite et tout. Tu viens, on va les rénover et on va tout faire. Et je dis, ben ouais, carrément. Ah, donc t'as pas fait que de la plomberie ? Ah ben non, moi, j'ai fait beaucoup, beaucoup de plomberie de chauffage parce que j'étais chauffagiste, moi. J'ai démarré pré-apprentissage tuyauteur-soudeur et après, j'ai fait monteur installation thermique chauffagiste. Il y avait un peu de plomberie et tout, mais quand t'es chauffagiste et plombier, tu sais tout faire. Et donc, ce gars, tout de suite, il m'a dit, mais Laurent, toi, si tu veux être autonome dans la vie, etc., il faut que t'apprennes à tout faire.

23:40 Donc, viens, je vais te montrer à faire du placo, je vais te montrer à faire de l'élec et puis, il y aura d'autres artisans parce que, tu sais, c'est comme ça. C'est ça aussi, avoir de l'or dans les mains. C'est, tu fais ta maison, t'as un pote électricien, tu lui dis, viens me faire mon élec et puis, le gars, il te dit, ok, moi, je te fais ton élec gratos et puis, tu viendras me faire ma plomberie. Tu vois, ça, ça existe depuis la nuit des temps. Des échanges de bons procédés. Exactement. Donc, moi, j'allais l'aider à faire ses apparts. Tu vois, c'était un boulot, quoi, comme un autre. Toi, toi, ça changera ? Moi, ça ne changeait rien et puis, en fait, c'est à partir de là que je me suis rendu compte que j'adorais la plomberie, j'ai toujours une grosse affinité pour la plomberie, mais que, en fait, ce qui me plaisait, c'était le savoir-faire en règle générale.

24:21 C'était de me dire, je voyais l'élec, je dis, oh, putain, ce qu'il arrive à faire. Donc, il pétait les plombs, tu sais, parce que, moi, j'allais bosser avec Bernard, toutes les demi-heures, il se retournait, il faisait, il est où, j'hacquais ? J'étais avec le plaquiste en train de... Tu sais, le plaquiste, il m'expliquait. Alors, le patron, Bernard, il venait me voir, il disait, oh, qui c'est qui te paye ? C'est lui ou moi ? Alors, il faisait bosser avec moi. Alors, le plaquiste, des fois, il était content parce qu'il disait, putain, oh, ton gamin, il est bavard. Tu sais, ce que moi, je suis... Mais ça, c'est même encore maintenant, je suis comme ça.

24:51 Je suis très curieux, en fait. je suis un enfant. Tous les gens qui me connaissent, moi, je m'intéresse à tout. Moi, demain, je vais voir un boucher charcutier. Le mec, au bout de trois heures, il va me dire, écoute, si tu charges du taf, je t'embauche. Il faisait qu'il était dur, il faisait quoi, par exemple ? Les caisses et outils, les outils, c'était toujours rangé. C'est pour ça que moi, tu regardes de partout dans mon atelier, j'ai des étiquettes sur toutes mes boîtes. J'aime l'ordre. Tu vois, j'aime quand c'est rangé parce que quand tu es artisan, tu en as toujours une pleine tête. Alors, si en plus, tu as un camion en bordel, un atelier en bordel, ça ne marche pas.

25:26 Et c'était rangé. Mais moi, si tu veux, il y avait le tournevis dans la caisse. Il était dans le compartiment des tournevis. Ça m'est arrivé au début. Alors, il m'expliquait, il me disait, tu vois, Laurent, les pinces, quand tu ranges la caisse, tu remets dans les pinces. Les tournevis, tu remets dans les tournevis. Moi, au début, mais je te dis, il n'y avait même pas de méchanceté. Mais tu sais, comme quand tu as 14 ans, tu ne sais pas trop, tu es un peu un peu nian-nian, on est tous un peu cul-cul. Je m'en foutais un peu. Je remettais le tournevis, ça l'arrache, les trucs. Donc, à la fin de la journée, la caisse, elle ne ressemblait plus à rien.

26:01 C'était l'enfer. Et il me voyait faire, il ne me disait rien. Le soir, il arrivait le soir, moi, je mettais mon casse de scooter, parce que c'est pareil, c'était bien sûr hors de question. Là, il n'y a pas d'histoire que les parents viennent te chercher. On avait une mobilette qui pleuve, qui neige, qui vente, qui gèle, qui grêle, on y allait. Moi, j'avais du papier journal, des chaufferettes de poche, il faisait moins vin, j'y allais partir en scooter. Il n'y avait pas d'histoire de lui dire, tiens, Bernard, tu passeras me prendre en partant. Il allait me dire, tu vas te gratter, t'es mon gars, tu dois être là à telle heure, tu te démerdes à venir.

26:32 Et le soir, il arrivait le soir, j'allais pour partir, il attendait que je mette mon casse, mon bouson, il me disait, tiens, je ne t'ai pas dit, je mettais le scout sur la béquille, je venais, il me disait, tiens, va me chercher la caisse, il faut que je te monte un truc. J'allais chercher la caisse, il apprenait, il la retournait dans l'atelier, mais ça partait sur 15 mètres, ça glissait sous l'établi, il me disait, maintenant, tu l'arranges toi avant de partir, parce que quand je t'ai dit, tu mets les tendises dans les tendises et les tendises dans les tendises. Je pétais les plombs. Donc, tu as appris à, je pétais les plombs dans les carrés.

27:00 Ah ouais, moi, je pétais les plombs, mais j'étais dans mon casque, j'étais en, j'étais plein de gros mots, tu sais, plein de colère. Je ne lui disais pas trop, parce qu'il allait me redéfoncer. Et après, je rentrais en retard, en scout, et je disais, ouais, ce truc de merde, ce boulot, ce n'est pas possible. Et en fait, plus ça allait, plus je me rendais compte qu'il était comme ça, mais par contre, à côté de ça, il était juste. Et tu vois, je rentrais, je disais ça à mes parents, mon père, il me disait, ouais, mais il était expliqué. Trois fois. Donc, tu n'étonnes pas, tu sais. Tu sais, c'est un petit peu, c'était un peu la relation parents-enfants.

27:35 Tu sais, comme quand tu as des enfants, moi, j'ai quatre filles, tu as les filles, ouais, bah moi, quand je serai grande, je ferai comme ça. Qu'est-ce qu'on leur dit ? On leur dit, oui, quand tu seras grande, mais pour l'instant, tu es chez nous, tu fais comme nous, on te dit. Et puis, quand tu auras ton appart, ton truc, tu feras comme tu veux. Bah, en fait, mon père, il me disait pareil, il me disait, Laurent, quand tu auras ta boîte, tu seras à ton compte, tu feras comme tu veux. Pour l'instant, tu es chez lui, c'est lui qui t'apprend, c'est ses règles, c'est sa boîte. Et en plus, ça a du sens. Et c'était comme ça pour tout, tu vois, moi, je n'avais pas le droit d'être en retard.

28:04 Moi, j'étais en retard une fois en trois ans parce que, tu sais, tu pars à la bourre, tu suis un espèce de camion de bottes de paille. Moi, j'arrivais à 8h ou 7h35 au lieu de 7h30, j'enlevais mon casque, il me disait, qu'est-ce que tu fais ? Il me dit, non, il me dit, 7h30, c'est le début du boulot. Donc, il me dit, tu remets ton casque et tu te barres chez toi. Moi, je rentrais, mon père, des fois, il n'était pas encore parti. Il me dit, c'est le fou. Je dis, je suis arrivé en retard. Il avait reprené une... Non, en fait, il n'y a jamais eu, encore une fois, de coup ni rien. Moi, je n'ai jamais été traumatisé. Je te dis, il n'y avait que de l'amour chez moi.

28:45 Mais mon père, il me disait, mais c'est bien fait. Il me disait, le boulot, c'est 7h30. Donc, tu pars, même si tu as 10 minutes de route, tu pars une demi-heure avant, tu achètes le journal, le pain, j'en sais rien. Tu arrives là-bas, parce que nous, 7h30, encore une fois, et c'est comme ça, dans les conventions, c'est comme ça. C'est-à-dire, quand tu démarres le travail à 7h30, ce n'est pas, tu rentres dans la cour à 7h30. Moi, ça, ça a été mon combat toute ma vie, parce qu'après, j'ai eu des gars et tout. C'est-à-dire qu'à 7h30, tu as bu le café, tu as chargé le camion, tu es assis dans le camion, et on met un tour de clé, on démarre. Donc, ça veut dire qu'il faut arriver à 7h15, te changer, papoter deux secondes, ça va, hier, tu as vu le match, tu sais, des conneries quoi.

29:29 Ouais, allez, tiens, tu vas un petit caf, allez, un petit café, tiens, on a besoin de quoi aujourd'hui ? Tu charges un peu, et à 7h30, tu dégages. C'est ça le boulot. C'est pas à 7h30, tu arrives dans la cour, tu remets une demi-heure pour te changer, et puis tu pars à 8h15 une fois que tu as regardé quatre fois ton Facebook et ton machin. C'est pas ça. Et tu vois, ça, c'est des choses qu'il m'a appris. Et en fait, il me les a appris, mais je te dis, il était dur parce que je l'ai maudit, mais mon pauvre, mais je l'ai maudit. Je suis ton casque. Oh là là là là là là. Mais je l'ai maudit, mais je me disais, mais c'est pas possible. Et en fait, je m'en suis rendu compte toute ma vie et encore maintenant, des fois, je fais des choses dans mon quotidien.

30:09 C'est comme toi, tu sais, s'il était sur mon épaule. Genre, j'ai lui d'un côté et mes grands-parents de l'autre côté qui me disaient, oh gamin, c'est ce que tu es en train de faire là. Tu ne ferais pas un peu de la merde ? Et en fait, j'ai grandi comme ça et toute ma vie après, je me suis dit, mais en fait, il avait raison. Et en fait, il avait raison. Et en fait, heureusement qu'il m'a appris ça. qui était juste, tu vois, le soir, il me disait, je finissais des fois, je ne sais plus à quelle heure. Puis je te parle encore une fois, on était dans les années 80-90, on ne gagnait rien. Moi, j'étais apprenti. En pré-apprentissage. Pré-apprenti, apprenti, pré-apprentissage.

30:44 On travaillait du lundi au samedi parce que voilà. Et on faisait, moi, depuis que j'ai 14 heures, je fais 50 heures par semaine. Et on gagnait à la fin quand j'avais la paye. Mais si je devais faire l'équivalent aujourd'hui, comme si à la fin du mois, je gagnais 70 euros. Ah ouais ? Ah mais c'était, on gagnait, je ne veux pas dire de conneries, mais on gagnait, en pré-apprentissage, je gagnais 300 francs. 300, 400, francs ! Ouais, francs ! Donc c'était 50 balles, quoi. Donc c'est pour ça, des fois, ils me disaient, tu fais quoi ce week-end ? J'en sais rien, tu sais, j'avais 15-16 ans, tu sais, je t'ai dit, on était des guenilles en brelle, tu sais, on allait faire les cons, squatter chez un pote, fumer des clubs, puis on foutait rien, tu sais, on allait à la pêche.

31:31 Il me dit, au lieu de glander, là, avec tes, si tu veux, moi j'ai du boulot, il avait un bateau et tout, parce que je t'ai dit, il travaillait fort et tout, ah ouais, il avait un bateau, il avait des appartements à la montagne, mais je t'ai dit, il ne les volait pas. Attention, c'était un gros bosseur. Et il me dit, bah si tu veux, moi j'ai du boulot à faire sur le bateau. Donc il me dit, si tu veux, tu viens avec moi, je te file la pièce, tu sais, je t'ai dit, il était très juste. Il dit, tu viens samedi, on part, et puis on bosse sur le bateau. Donc tu sais, moi j'étais gamin, je me disais, wow, tu sais, après, et en plus, son bateau était dans un port, eh bien, tous les gars qui avaient autour, il y en avait qui avaient des péniches aménagées et tout, alors il savait que l'île était plombier.

32:10 On était sur le bateau en train de bricoler, tu sais, moi je réparais un plancher en tec, on ressoudait un truc en inox, tu avais un mec qui arrivait, dis donc Bernard, tu me referais pas mon échelle, là, pour mon échelle de baignade, tu sais, des fois derrière les bateaux, t'as une quitte échelle pour descendre. Toi qui soude un peu l'inox avec ton gun, là, tu me referais pas mon échelle. Oh, on devrait pas réussir à y bricoler, on bricolait ça, et puis après le mec, il me filait un billet. Tu vois, on s'arrondissait les fins. Moi, j'étais tout content. Et puis quand je rentrais le soir, je voyais mes potes, je leur disais, wow, les mecs, vous avez fait quoi ?

32:41 Wow, on a glandé un peu, tu sais, on a un peu joué à la console, et tu vois, j'ai dit, putain, moi, j'ai été voir une chaufferie de péniche, et tout, on a refait une cuisine, une banquette dans une péniche, après, on a été faire du bateau, parce que quand on avait fini de bosser, il me disait, t'es encore une heure ou deux, on va faire un tour de bateau. Wow, moi, j'étais comme à foot, il me disait, allez, on était... C'est un bon, c'est Bernard. Ah ouais, c'était... Donc, tu vois, j'ai grandi comme ça, si tu veux, c'était... Il était dur, mais il était juste. C'était un mec qui était capable de t'en mettre une pleine tronche, mais t'avais ton billet à Noël.

33:10 Non, moi, franchement, c'était un super patron. Et en fait, il m'a appris que... Que si t'es honnête, poli, bien élevé, à l'heure, que tu fais du bon travail, que tu prends pas tes clients pour tes cons, que tu... que t'essayes d'être une sorte de gentleman de l'artisanat, tu vois, que t'es quelqu'un de bien, et bah toute ta vie, t'auras du boulot et tu vas gagner ta vie. Et en fait, ça se perd ça, ce côté gentleman de l'artisanat. Bah ça se perd. Ça se perd. Heureusement, encore une fois, c'est pas une généralité, mais ça se perd. Maintenant, quand tu vois les mecs, moi je crois que c'est des gars chez les fournisseurs, le mec, il peut même pas ouvrir le camion, il ouvre sa porte, il est obligé de mettre la main, tu sais, ça se casse tout la gueule dans la carré.

33:53 C'est... Le mec, il arrive, il est dégueulasse, il arrive, il a une camionnette avec une porte bleue parce que t'as envie de lui dire, attends, mais ouais, c'est quoi ? Bah tu vois, ça, ça existait pas, ça dans toutes les boîtes que j'ai fait, ça existait pas. Tu restes combien de temps

34:10 Petite boite vs grosse boite : où on apprend

34:10 chez Bernard ? Je fais tout mon CAP et tout là-bas, et puis à la fin, il me dit, bah je te garde pas, parce que bien sûr, il me dit, bah il faut que tu... Je pense qu'il avait, au fond de lui, envie de me garder, on s'entendait bien, et puis tu vois, c'est un mec, typiquement, j'aurais pu reprendre la boîte et tout, mais donc j'ai tous mes diplômes et tout, et il me dit, bah non, il me dit, un peu cet esprit compagnon et tout. Donc là, je pars, et je continue mes études, je vais faire un BP chez un autre mec, complètement de l'autre côté aussi dans le Beaujolais. Toujours chauffage ? Ouais, toujours plomberie chauffage chez un mec qui avait rien à voir, qui était du...

34:47 Bon, Bernard était super gentil, mais lui, il était vraiment un nounours, il était très très très gentil et il avait des problèmes de santé un peu. Donc, il respectait les horaires, ses clients étaient au courant, bon, il avait une clientèle d'une vie, et ses clients étaient au courant et tout, il respectait bien les horaires et tout, mais il avait des problèmes de santé, il avait un peu de problèmes cardiaques, donc il disait, moi, je ne veux pas finir trop tard, le soir quand je rentre, je passais du temps avec mes enfants, tu vois, il avait beaucoup de loisirs avec ses enfants, il faisait un peu de moto avec ses enfants, il faisait... Et donc, moi, j'étais bien content parce que tu parles, je venais d'un patron où on faisait 50 heures par semaine, à tout d'un coup, je me mettais à en faire 40, 45, on en faisait quand même...

35:24 Mais... Et puis, gentil, il m'apprenait, on ne faisait pas les mêmes choses, on a touché un peu à tout lui, il faisait beaucoup de... Tu vois, de la pompe de puits, j'ai appris à faire de l'arrosage chez lui, j'ai appris à faire des installations d'incendie, j'ai appris à faire d'autres domaines de la plomberie, tu vois, et gentil, gentil, et puis, un coup, j'étais à l'école et tout, et puis, parce que vu que je faisais un BP, et puis, j'ai l'épreuve, tout le monde qui vient me voir, en me disant, bah Laurent, tu ne vas pas pouvoir continuer, machin, il y a eu un problème, moi je dis, qu'est-ce qu'il se passe ? Bah, ton patron, il a... il est décédé, tu sais.

35:55 Il a cassé sa pipe. Il a cassé sa pipe. Donc moi, je me suis un peu renseigné, et en fait, il était chez une cliente, changé un robin de machine à laver, bah tiens, je vais... Oh, je dois en avoir un dans mon camion, il est parti, crise cardiaque derrière le camion, fin du bal terminé. Comment tu l'as... Bah, en fait, moi, ça m'a mis un coup, parce que moi, j'ai toujours été très proche de mes patrons. Tu sais, moi, j'ai jamais... J'ai très rarement été dans des boîtes, où t'es des numéros et tout. Ouais, là, je devais avoir... J'avais ma bagnole, donc je devais avoir 18-19 ans, tu vois. Et j'ai toujours été très très proche de mes patrons, tout ça, tu sais, j'ai toujours noué un peu des liens, quoi.

36:28 Et, bah là, je... Ça me... Ça te met un coup ? Ouais, ça me met un coup, ça me traumatise un peu, mais... Ça m'a cassé dans ton année. Ça m'a cassé dans mon année, et donc, tout le monde se met en branle, ouais, on va te retrouver un autre patron, parce que j'étais à... Deux mois du BP, quoi, tu vois. Ou alors, tout le monde, parce que pareil, j'avais un bon niveau, on avait une bonne classe, on bossait bien, et pareil, ouais, mais passer en candidat libre et tout, et en fait, je dis ouais, non. Pareil. Tu vois, déjà rien que là, le BP, c'était déjà très bien, mais j'étais déjà moins dans le concret. Tu vois, ça devenait plus un peu des calculs de bureau d'études, de trucs, de...

37:04 Et je te parle à l'époque, encore une fois, parce que les niveaux, c'était pas les mêmes que maintenant, sans, encore une fois, voilà, sans vouloir... Mais, nous, on faisait des pièces, c'était tout de l'acier noir cintré, c'était des rétreintes à la forge, on savait, nous, à la sortie CAP, on savait soudre du plomb, du truc. Il y avait de la technique. Il y avait de la technique, je veux dire, c'était pas, ok, t'as mis 3 mètres de PER contre le mur, t'as ton CAP. Non, mais franchement, nous... Ça sert tirer. Voilà, il y avait de la technique. Et si tu veux, à ce moment-là, bah pareil, j'arrête. Je me dis, allez, ça m'emmerde, ça commence à tout me gonfler, j'arrête.

37:37 Tes parents, ils te disent... Mes parents, ils voient en fait que je suis quelqu'un de responsable, ils voient que je suis quelqu'un un peu d'autonome, ils voient le caractère que j'ai, ils voient que je suis bosseur, ils voient que je me plains pas. Quand je dis je me plains pas, ça m'est arrivé de... C'est un bosseur, quoi. Ils gueulent de temps en temps, mais ils voient qu'ils sont pas trop inquiets, quoi. Et ils se disent... Par contre, ils me disent tout de suite, ils me disent... Tu sais, moi je te dis, j'ai grandi un peu à l'ancienne et je suis très content, j'ai fait comme ça avec mes filles et tout. Moi, mes parents, ils me disent, ok, c'est cool, par contre, tu fais comme tu veux, nous on a confiance en toi et tout, mais par contre, c'est pareil, il faut pas croire que tu vas te glander quatre mois à la baraque, ça s'exige pas chez nous, quoi.

38:15 Sinon, soit tu dégages, soit tu nous fies 800 boules par mois de pension et terminez, quoi. Ah, il y avait pas de ça chez moi ? Ah ouais, moi j'avais le droit à 10 jours et après, j'étais dans la merde. Et à ce moment-là, parce qu'entre-temps, je t'ai pas dit, mais à ce moment-là, je me suis... Entre-temps, pendant toute la période où j'étais chez Bernard, ça va être important pour la suite de l'histoire, donc chez mon premier patron, je me suis fait désensibiliser pour le bois. Ah. Parce que moi, j'avais toujours cette idée de bois dans la tête et tout, donc j'ai eu... J'ai été chez l'allergologue, allergique, j'ai été allergique à tout. Paille, pollen, rhume des foins, machin, bois, peuplier, bouleau, machin, t'es dans la merde.

38:54 Donc ils m'ont désensibilisé pendant trois ans et demi. Donc au début, j'y allais toutes les semaines, pique-ouze, dans les pots. Ah, ça devait pas être agréable. Et bah, c'était la vraie merde. Tu sais, après, t'as l'épaule qui est gonflée comme ça pendant 15 jours et puis après, c'était tous les 15 jours, puis après, tous les mois, puis après... Et c'est passé. J'ai toujours encore un petit rhume des foins, tu vois, tu sais, il arrive... Comment... Ouais, mais avril, mai, tu sais, des fois, ça se réveille. Mais je prends un petit médoc pendant trois semaines et puis ça passe. Alors qu'avant, quand j'avais le rhume des foins, j'étais couché au pieu, des gants de toilette sur les yeux, je...

39:30 Ah, j'étais en PLS complet. Complet, complet, complet. Et du coup, donc tu te fais désensibiliser. Donc je me fais désensibiliser et puis le bois, ça va. En me disant, bah tiens, si un jour, je veux repartir dans le bois ou dans ma tête, je me disais déjà, bon, peut-être qu'un jour, je ferai un truc dans le bois et tout. Et puis, là, à ce moment-là, je me cherche un peu et toujours pareil, quand t'es gamin, tu sais, l'importance de l'environnement, ça, c'est vraiment un message que je passe à tout le monde. Bon, la famille, c'est une chose, mais il y a un truc qui est plus... La famille, tu la choisis pas. Si t'as du bol, comme moi, t'as été une famille super, si t'as pas de bol, eh ben, il faut aller chercher ce qui te manque ailleurs, quoi.

40:08 Mais que t'es du bol ou que t'es pas de bol, l'importance de l'environnement, les gens qui t'entourent, que ce soit les patrons, que ce soit un petit peu tout le monde, la chance avec les deux patrons. Ouais, mais d'ailleurs, c'est un message à passer, ça. Moi, c'est vraiment un message que j'ai envie de passer à tous les parents. Mettez vos enfants, si vous cherchez à faire un apprentissage, à faire faire un apprentissage à vos enfants, mettez-les dans des tout petites entreprises, dans des tout, toutes petites entreprises, parce qu'ils vont chier un peu plus, mais ils vont vraiment apprendre. Et puis, tu sais, t'apprends la rénovation et tout.

40:40 Moi, j'avais des potes dans ma classe qui étaient dans des grosses boîtes, tu sais, dans des boîtes de 40 gars, qui font des nobles complets. C'est pas méchant, mais tout est tiré vers le bas. Déjà, moi, le niveau que j'avais, moi et les collègues comme moi qui étaient chez des petits artisans du coin, tu sais, quand t'arrives ton premier chantier, c'est une maison en terre, dans l'un, avec des fondations en galet, un coup dans un sens, dans l'autre, que tu y vas broche ma sette pendant 4 jours, t'apprends à bosser. Et moi, j'ai vu tout au long de ma vie, ça s'est confirmé. Un jeune qui fait son apprentissage, un petit artisan, il est, quand je dis 10 fois, c'est minimum 10 fois meilleur qu'un qui a fait son apprentissage dans une grosse boîte.

41:20 Moi, je voyais, j'avais des potes, je veux pas dire, ils étaient nuls, parce que j'ai du respect pour tout le monde, mais les gars, tu fais quoi ? Lundi, on tire du PER. Mardi, on tire du PER. Mercredi, mercredi, on se sertit. Jeudi, on pose des chiottes. Et le vendredi, on met des baignoires. Et la semaine d'après, pareil. Là, quand tu parlais d'entourage et d'environnement, tu parles que de la partie pro ? Là, pour l'instant, je parle pour, vraiment, c'est un conseil que je donne aux gens quand, après, vous avez 15 ans de boîte, vos diplômes, faites comme vous voulez. Mais si vous devez vous former, aller chez les petits, c'est là que vous allez apprendre.

41:58 Aller chez le mec qui est tout seul où ils sont deux, c'est là que vous allez apprendre. Je fais des compagnons. Voilà, compagnons ou pas, mais je veux dire, c'est là que vous allez apprendre. Si vous allez dans des grosses boîtes, il va se passer deux choses. La première chose, c'est que vous n'allez pas savoir bosser parce que, vu qu'il y a 40 gars, vous allez faire toujours la même chose, toujours des trucs, il y a très peu de rénovations. Souvent, c'est du neuf, de l'immeuble, du tertiaire, des trucs. Donc, il n'y a pour ainsi dire pas de difficultés. Vous n'allez pas apprendre le métier. Et la deuxième chose, c'est qu'en plus, c'est surtout pour un jeune.

42:27 Et là, je n'ai pas peur de le dire, mais ça va le tirer vers le bas parce que malheureusement, et je peux te le dire, moi, je l'ai vécu, et même encore, maintenant, aujourd'hui, je vais filmer des boîtes. Et le jeune, il n'apprend pas pareil quand il est tout seul avec un patron ou quand il y a deux gars avec un patron et que ça se bouge un peu le cul que quand il est dans une boîte de 40 avec, 20 mecs qui, dès que le jeune a un peu de bouillon, oh, coolos, là, on a bientôt fini la journée, là, va pas te casser le cul, regarde l'autre, regarde-le, le patron, il a encore changé sa bagnole, il a pas besoin de pognon, va, t'inquiète, cool. Tu peux pas apprendre comme ça.

43:07 Ça, c'est des gens tout de suite qui te tirent vers le bas. Tu peux pas apprendre. Alors que quand t'es avec un gars qui te dit, allez, on se bouge le cul, tiens, là, on fait un peu de placo, tiens, là, on fait... Il faut prendre, il faut prendre, il faut prendre. L'extra maille. C'est ça, il faut prendre, surtout quand t'as en apprentissage. Après, quand t'as 10-15 ans de boîte, chacun fait comme il veut. Il y a des gens qui préfèrent être planqués, ils disent, attends, moi je suis là, je me fais pas trop chier. Et puis, il y a des gens qui vont se mettre à leur compte, ça va dépendre du caractère de chacun, ça va dépendre... Mais pour moi, pour la formation, il faut pas se former dans des grosses boîtes, il faut pas se former dans des...

43:37 Les gamins, ils ont le temps de chercher la planque, donc ça, c'est l'environnement dans le travail. Et encore une fois, tout ce que je dis n'engage que moi et c'est mon point de vue. Moi, j'ai une de mes filles qui est dans le bâtiment, dans le bois, elle fait que des petites boîtes. Et après, quand elle aura tous ses diplômes, quand elle aura 15 ans d'expérience, si elle veut bosser dans une grosse boîte où ils sont 40 et qu'ils font de la fenêtre, tout à la commande numérique, elle fera comme elle veut. Mais au moins, elle va savoir ce que c'est que faire un dépannage, elle va savoir ce que c'est que partir avec le... faire une petite fabrication avec du petit matériel, partir dépanner des clients, faire du vrai sur-mesure parce que les grosses boîtes ne font pas ça.

44:19 Les grosses boîtes ne font pas ça. Au moins, elle saura bosser. Et du coup, donc là, tu arrêtes l'école ?

44:25 L'usine : une semaine suffit

44:25 Ouais, donc là, j'arrête l'école et c'est là que je te dis que l'environnement global joue beaucoup. Moi, à l'époque, je ne me laisse pas happer par mon environnement global de copains. J'avais des très bons copains. J'ai passé, comme je te l'ai dit, une enfance merveilleuse. On a fait les 400 coups. Mais on arrive dans des périodes où je suis plus proche de mes patrons, je suis plus proche de mes parents, de mes grands-parents d'un point de vue mentalité que de mes amis. Je parle de mes amis de l'époque que je salue s'ils m'écoutent. Je te dis, on a fait les 400 coups. Mais c'était... C'était de jouer la glandouille, c'était... On joue à la console, on fume des clubs, on va glander au board zone.

45:10 Tu vois, il n'y avait pas vraiment de motivation. Il n'y avait pas de... Et ils étaient là... Ouais, mais moi, je bosse en intérim, moi, je bosse ci, moi, je bosse ça. Et à ce moment-là, je me laisse saper. Ouais, mais te rends compte, Lolo, toi, tu gagnes... Je n'ai plus les chiffres, mais toi, tu gagnes 1200 balles, tu te fais chier à faire 50 heures par semaine. Nous, on en gagne 1800, on fait de l'intérim, on est à l'usine. En plus, on a des horaires fixes, tu devrais faire comme nous. Et à ce moment-là, je me dis, je me cherche un peu, je me dis, je vais mettre un peu en pause le bâtiment et je vais aller voir si l'herbe est plus verte ailleurs.

45:43 Je vais faire des petits boulots en intérim et puis je me rends compte que ce n'est pas possible. Donc, j'arrive en usine. Parce que là, tu changes de nombre. Non, mais là, mec... En usine, en plus ? Là, mec, en fait, je pète les plombes. J'arrive en usine. En usine, je fabrique les plips. Je ne vais pas dire le nom de la boîte par respect. Les plips ? Tu sais, ce que moi, j'appelle les plips de bagnole. Tu sais, il y a une clé de voiture. Tu sais, il y a la partie métallique et autour, il y a un bout de plastique avec les boutons. Je travaille sur un mètre par un mètre. J'ai une espèce de presse qui, quand ça s'allume au vert, j'appuie sur un bouton, tu sais, genre coup de poing.

46:24 Ah, c'est vraiment l'usine. Le truc, il s'ouvre. Les pièces, elles tombent. Je les ramasse en cramant les doigts. J'essaye des bavurés. Tu sais, là, après, c'est le repart. Ça passe au rouge. Ça se roule pendant 8 heures. La pause au coup de sifflet. Tu entends une sonnerie. Tout le monde part en courant. Tu sais, moi, au début, je dis, c'est quoi ? Tu sais, ce qui se passe ? J'arrive, les mecs, ils se fument 4 clopes d'un coup parce que tu n'as même pas fini. Tu n'as même pas le temps de boire le café. Ah, ça ressonne. Il faut repartir en courant. C'était le bagne. Et je discute avec des mecs qui me disaient, oh, gamin, tu as t'habitué. Moi, je fais ça depuis 30 ans.

46:52 Moi, dans ma tête, je me dis, moi, vivant, jamais de ma vie, jamais. Et que j'ai un grand respect pour ceux qui font ça. Chacun choisit son truc. Chacun a son caractère. Chacun a son environnement. Moi, je préfère gagner 500 euros de moins et ne pas faire ça. Ce n'est pas possible pour moi. La première journée, déjà, je me dis, là, il faut être cinglé. Et puis, je discute avec les mecs les perspectives d'avenir. Oh, bah, lui, il est passé chef au bout de 15 ans. Putain, c'est bien. Bah, c'est bien, il est passé chef au bout de 15 ans. Maintenant, il fait la même chose parce qu'il n'est jamais vraiment chef. Le mec, il est passé de derrière la machine à devant.

47:28 Et au lieu de gérer une machine, il gère une ligne avec 5 mecs, quoi. Ou 10 mecs, tu vois. Donc, son boulot, c'est de vérifier les cadences, de gueuler sur tout le monde pour 150 balles de plus. Et en espérant un jour pouvoir être chef au-dessus et au lieu de gérer 10 gars, il va en gérer 20. Et de toute façon, entre lui et le vrai chef, il y a N plus 1, N plus 2, N plus 3, N plus 5, N plus 6. Donc, il n'a aucune perspective. Aucune perspective. Si tu as du bol, tu finis ta carrière à 2500 boules par mois à faire le chef, c'est moi déjà dans ma tête, je me dis, je chênais du nez. Je me disais ça, c'est sûr, je ne veux pas y faire. Et malgré tout, moi, je rentre le soir chez moi et je réfléchis, je me dis, alors aujourd'hui, tu sais, parce que j'ai été élevé comme ça en fait.

48:12 J'ai été élevé à essayer de faire de mon mieux. Donc, je commence à me réfléchir, à me dire, alors là, j'ai fait une cadence, je n'en sais rien, tu sais, il fallait faire 100% de cadence, je ne me rappelle plus, il fallait en faire 100% de cadence. Moi, j'étais déjà à 96 le premier jour, tu vois. Je me dis, là, si je fais comme ça, j'optimise, tu vois, je devrais pouvoir vraiment y arriver, tu sais. Le deuxième jour. Là, ça, c'est la nuit du premier au deuxième jour. Tu sais, limite, je me lève, je me dis, alors attends, si tu sais, je prends des notes, le lendemain, j'arrive, bonne heure, bonne humeur, je pointe. Enfin, je pointe, parce que quelqu'un me dit de pointer, parce que moi, je ne savais même pas ce que c'était que la pointeuse.

48:48 Je pointe, je vais là-bas, avant que ça démarre, j'organise tout, tu sais, parce que moi, dans ma tête, je me dis déjà, ok, je vais être chef au bout d'une semaine, parce qu'un métier comme ça, ça va me prendre la tête. Tu sais, si je reste là, il faut qu'il y ait des perspectives, il faut qu'il y ait des trucs et j'envoie la gomme. Et il arrive midi et en fait, le chef qui passe, qui relève les cadences, en fait, j'explose la cadence. Donc, au bout d'un jour et demi. Mais quand je fais genre 30% de plus, je déboîte la cadence. Tu as envoyé du lourd. Bah, en fait, je me dis, ok, moi, je ne peux pas rester comme ça avec mes écouteurs. Tu sais, ce boulot de robot, ce n'est pas fait pour moi.

49:30 Donc, je déglingue la cadence et là, à midi, je commence à voir arriver des mecs. Ouais, mais ça fait un jour et demi, tu es là, en plus, tu es intérim, mais pour qui tu te prends ? Tu déglingues les cadences, après, ils vont nous faire travailler plus. Et moi, je déglingue la cadence, mais je n'avais pas l'impression, tu vois, d'avoir encore, je ne sais pas, tout optimisé. Tu sais, pour moi, je travaille normalement, quoi. Et là, je commence à voir les mecs arriver, tu sais, avec les écharpes, les brassards, ouais, machin, patati, mais c'est pas comme ça que ça marche. Et dans ma tête, il y a deux trucs qui se passent. Déjà, je me dis, c'est un travail.

50:07 Je respecte les gens qui font ça, mais qui n'est pas fait pour moi. Tu sais, moi, j'allais faire du bateau, j'allais chez la petite mamie, même pour déboucher un toilette, j'avais un petit café, des petits gâteaux, on papotait. Et votre mari, le jardin, il en est où ? Oh, le jardin, tiens, vous m'y faites penser, j'ai des noix, je vais vous donner des noix. Tu sais, moi, il y avait un vrai contact, il y avait un vrai... Et là, je me retrouve dans un espèce d'enfer, tu sais, du Charlie Chaplin, tu sais. Et les gars qui me disent, mais moi, ça fait 30 ans que je suis là, je commence à me dire, mais moi, c'est impossible. Je préfère aller balayer dehors, tu sais, la route que faire thé, c'est impossible.

50:44 Et puis, on m'avait toujours appris, il n'y a pas de saut métier, donc je me, tu sais, je ne juge pas, mais je me dis, ça, ce n'est pas fait pour moi. Et déjà que je me disais ça, mais en plus, quand je vois arriver tous les mecs qui commençaient à me dire, oh, toi, tu vas te calmer, toi, oh là, j'ai été voir le chef, je n'ai même pas fini mon repas. T'en soule. J'ai pris le sandwich, j'ai balancé la poubelle, j'ai été voir le chef, j'ai dit, toi, ta boîte à la noix, machin, pour rester poli, machin, vous allez tous vous faire voir, je me barre, je me casse. Ils n'en ont rien à foutre puisque de toute façon, dans ces boîtes, il n'y a que des numéros.

51:14 Je me suis barré, il a dû passer trois coups de fil, il lui a renvoyé trois intérims. Moi, j'étais plein de savoir-faire, plein de projets, plein de trucs. Un jour et demi, un jour et demi, j'appelle l'intérim, je lui dis, écoutez, vous savez quoi, même s'il faut, vous ne me payez même pas, j'en ai rien à foutre. Moi, des boulots comme ça, c'est négatif. Et puis, je fais un deuxième boulot d'intérim, pareil, un peu moyen comme ça, et je croise un mec dans le village, à force d'enchaîner des petits boulots. Donc là, je commence à aller voir mes potes, leur dire, vous êtes content ? Vous vous épanouissez à faire ça ? Non, parce que tu sais, moi, mes potes, à l'époque, ils me l'avaient vendu.

51:43 Ouais, tu vas gagner plus. D'ailleurs, tes potes, ils travaillent dans cette usine-là ? Non, non, un peu de partout. Les potes, à ce moment-là, j'en ai un qui semble, d'ailleurs aujourd'hui, c'est un super chef d'entreprise, j'en ai un qui se détache un peu du lot. Et puis dans ma tête, même si encore, il n'y a pas de saut métier, je me dis, bon, lui, il va finir vendeur en magasin, lui, il va finir à l'usine, lui, il va finir... Et je commence déjà à les voir en disant, oh, les gars, c'est ça qui vous fait rêver ? Vous me... Tu sais, je veux dire, vous m'avez vendu un truc. Moi, je me suis dit, ça va gagner de l'argent, ça va être l'Eldorado, c'est ça qui vous fait bander, tu vois, en parlant poliment.

52:17 Je dis, mais moi, on n'est pas constitué pareil. Et je commence à me dire dans ma tête, putain, même si c'est des super potes qu'on se connaît depuis 15 ans, tu sais, ça se trouve, nos routes vont un peu se séparer parce que, tu sais, là, je commence à ne plus avoir d'atomes crochus. Et je croise un gars dans le village et on discute, on peut... Tu sais, c'était peut-être dans un baloche de village, on discute. Et lui, il me dit, moi, je cherche quelqu'un. Je dis, mais tu fais quoi ? Et lui, il était charpentier, couvreur et zingueur.

52:45 Première boite : JLS Jacquet Laurent Service

52:45 Incroyable. Donc zingueur et tout. Et je me dis, ouais, par rapport à la plomberie, je dis, bah, je viens, tu sais. Et je viens et c'est redevenu un collègue et tout. Et je suis parti pendant un an et demi, facile, presque deux ans, bosser sur les toits. Ça a dû changer alors, par rapport à... Extraordinaire. Alors pareil, c'est un travail très dur. Tu sais, bosser sur les toits, c'est dur. Il pleuve. Il fait froid. Ouais, et puis c'est pareil, c'est un petit artisan. C'est pas une grosse boîte. Donc, t'apprends bien, mais t'apprends dur. C'était pas un jeune. Moi, j'avais, j'en sais rien, 18, 19, 20 ans. Et lui, il avait mon âge, que j'aimais 40, 45 ans.

53:21 Donc, allô, tiens, monsieur, il faudrait venir. J'ai mon tour de cheminée qui fuit, mon abergement de cheminée qui fuit, ça coule dans la maison. Nous, on tirait le rideau. Il disait, putain, mais il neige. Donc, tu sais, le danger, machin. Et mon patron me disait, bah, tu charges tout ce qui fait. Il faut, on y va. Je lui mets là, il neige d'homme. Il me dit, ouais, mais ça fuit dans la maison de la mamie. On est un métalliste, on y va, tu sais. On y va, tu sais. Tu veux que je lui dise quoi ? Bah, démerde-toi, il neige. Ça existe que dans les fines, ça. C'est pas possible. de plus en plus, mais moi, je te garantis que j'ai un problème sur mon toit de baraque.

54:00 J'appelle un artisan, il me dit, oh non, il pleut un peu, on viendra demain. Je ne le revois jamais. Je vais sur Google Direct, je le défonce. Non, mais ce n'est pas un artisan. Un artisan, par définition, c'est un métier de service. Tu es là pour rendre service. Donc, il y a des moments où c'est champagne, il y a des moments où c'est Kleenex. Il y a des jours avec, des jours sans. Donc là, on y va, on met les échelles plates sur le toit, on déneige le toit, on change l'abergement. Tu as les doigts violets, tu te les passes sur le chalumeau, tu sais, pour te réchauffer. L'été, c'est l'inverse. L'été, tu bosses avec des lunettes de soleil parce que la zinguerie, tu as les yeux qui brûlent, tu sais, tu es en feu, tu t'assoies sur les tuiles, ça te crame à travers le pantalon.

54:35 Mais par contre, à côté de ça, j'ai appris à faire de la charpente, j'ai appris à faire de la tuile, j'ai appris à faire de la zinguerie de manière traditionnelle. Tout mon toit, tu vois, j'ai refait tout mon toit de maison quand j'ai rénové. J'ai 27 feuilles de zinc sur mon toit, j'ai tout fait à l'ancienne et ça m'a super appris le boulot. Là, j'ai passé, c'est pareil, un petit artisan de campagne qui habitait à 800 mètres de chez moi. Oui, parce qu'entre temps, moi, je pars chez mes parents mais je pars pas loin, je pars derrière. En fait, je voulais déjà être, moi, j'ai toujours été libre, autonome, indépendant. C'est chez eux parce qu'ils avaient un terrain ?

55:09 Donc, en fait, mes parents, à ce moment-là, moi, c'était dans ces années. Ma mère, des fois, elle me disait un peu en me charriant « Ouais, Lolo, tu vas prendre un appart et tout. » Et moi, j'ai grandi dans la campagne. Je veux dire, je me lève le matin, je prends ma tasse de café, je la pose dans l'herbe et je pisse un coup derrière le tas de boîte. Moi, c'est ça. T'as les potes qui viennent, tu fais trois barbocs. Et je me disais « Mais je peux pas aller en appart. » Et entre-temps, j'avais une chérie, une de mes premières chéries, enfin, j'en sais, 16, 17 ans. Et elle, elle faisait des études d'infirmière. Et je me rappellerai toujours, elle, elle se prend un petit appart d'étudiant, à Bourg-en-Bresse.

55:45 Et elle me dit « Viens me rejoindre ce week-end. Si tu veux, je vais voir là-bas mon pauvre. » La porte ? Ouais. Mais elle, elle était contente, c'était son truc. Mais moi, en fait, je te dis, j'ai des tocs, j'ai des blocages. J'arrive là-bas, elle avait un balcon grand comme la table. Il faisait 80 cm par 1,20 m. Et elle était toute contente. Moi, déjà, je suis arrivé, j'ai tout ouvert, les baies vitrées. J'ai dit « Wow ! Qu'est-ce qui se passe ? » J'ai mis une demi-heure à me garer entre deux mecs qui ont des bagnoles. Il y en a une qui est sur cale et l'autre, elle est taguée. J'espère que je vais pouvoir repartir. Et j'ai dit « Là, j'arrive. » Et j'ai dit « Oh, mais… » Tu sais, déjà, j'ai étouffé.

56:27 Donc, c'était délicat parce que c'est la chérie. Donc, tu ne veux pas, tu prends sur toi ce que tu veux. Et en fait, je n'y suis jamais retourné. Et je suis rentré chez mes parents. Et tu as quitté ton ex ? Ben non, on s'est séparés un an après. Et je lui ai dit « Écoute, moi, je l'aimais bien. On était amoureux. Mais je lui ai dit « Moi, je ne peux pas. C'est plus fort que moi. Tu sais, moi, je vis dehors. Moi, je suis un mec qui vit dehors. Et à partir de là, je comprends, si tu veux, que ce ne sera pas possible. Ce ne sera pas possible parce que physiquement, ce n'est pas possible pour moi. Donc, je rentre et tout. Bon, j'explique à la chérie, on s'arrange, etc.

57:07 parce que, voilà, il me manque un truc. Et je me revois arriver chez les parents, discuter, et ma mère qui me redit « Peut-être un petit appart. » Et je dis « Mais je ne suis pas capable, en fait. Je ne suis pas câblé pour ça. C'est comme l'usine. Tu vois, il y a des gens qui peuvent, autres qui ne peuvent pas. Donc, je ne critique pas. Il y a des gens qui sont en appartement toute leur vie, qui aiment ça. Et ma mère qui me dit parce que, tu sais, tous les parents ont été en appart un jour ou l'autre. Ma mère me dit « Oui, mais tu sais, on n'a pas toujours le choix. » Et moi, je commençais déjà dans ma tête à me dire « Au pire, il y a les grands-parents que je peux aller chez eux.

57:41 Au pire, il y a ça. » Tu vois, je commençais à me dire « Il y a des choix. » Et je lui dis, je lui dis « Mais tu sais, je crois que je préfère acheter un camion ou une caravane et aller me foutre au board zone. Au moins, tu ouvres la porte et tu es dans la nature. » Tu vois, on en discute, on en rigole comme ça. Et puis, il arrive une conversation avec mes parents parce que mes parents ont un grand terrain. Moi, j'ai toujours grandi dans des grands terrains. Là, je suis bien, mais pour moi, c'est la ville. Et pourtant, tu as vu, je suis quand même à la campagne, mais pour moi, c'est la ville. Moi, j'ai vraiment grandi. C'était des hectares. Et mes parents avaient un grand terrain et on en discute et je leur dis « Mais en fait, on devrait fabriquer un pied à terre, un petit appart. » Une dépendance.

58:26 Une dépendance. Voilà. Aujourd'hui, on appellerait ça un gîte. Moi, je vais appeler ça une garçonnière. Tu vois, on devrait fabriquer une dépendance au fond du terrain. Parce que, je vois un peu le truc, je dis parce qu'en plus, j'ai une petite sœur. Après, au pire, elle pourra y aller. Puis si un jour j'ai des enfants, ils pourront y aller. Puis vous, vous avez des amis qui habitaient loin, ils pourront venir, etc. Et mes parents, ils y réfléchissent et puis ils me disent « Ok, par contre, tu fais tout. Nous, on t'aide un peu pour les matériaux et tu fais tout. » Et nous voilà à construire un truc derrière chez mes parents. Et là, j'avais 19 ans.

59:01 Ça, c'était après la charpente. C'était en même temps. C'est pour ça que la charpente ça m'y a fait penser. J'avais 18-19 ans. Donc, je le sais parce que quand il y avait des fins de chantier, je disais à mon patron « Là, le lambris, je peux en récupérer un peu pour chez moi. Je peux récupérer un peu de bois. » Il me disait « Vas-y, gun, serre-toi. Je rentrais avec ma bagnole. Je n'avais même pas une galerie. Je sanglais ça sur le toit. Mon père, il pétalait les plombs qui étaient mes canaux. « Ouais, mais tu vas bousiller à la peinture. » Mais tu sais, c'était des vieilles rafes de bagnole d'occaze. On s'en foutait, quoi. Et donc, j'ai construit ma première maison en 18 et 20 ans derrière chez mes parents.

59:36 Cette maison, j'y ai vécu quand même pas mal de temps. Tu l'as construit dans combien de temps ? J'ai mis six mois. C'est un petit truc, ça fait 47 mètres carrés. Quand même, hein ? Mais il y a une salle de bain, une cuisine, un petit salon, salle à manger, une chambre. C'était pas une mission, genre, évac, électricité ? Ah si, si, j'ai tout fait. J'ai fait évac, j'ai été voir un papy qui avait une petite mini-pelle et tout, qui a un agri qui m'a prêté sa petite mini-pelle. J'allais l'aider à ramasser les cerises pour payer le fait qu'il m'a prêté sa petite mini-pelle. C'était que ça, hein. Je mettais les tuiles sur le toit le jour du réveillon, il neigeait.

1:00:13 J'avais été manger chez la mamie. Tu sais, en plus, c'était le repas de famille, ça la foutait mal, c'est le repas de Noël, on est tous en famille. Je dis, ouais, mais la baraque, elle avance pas. Et je me rappelle, on a mangé, j'ai fini le dessert vu qu'on habitait tous à côté. Je dis, allez les mecs, salut, je me casse. Et hop, plein hiver, 31 décembre ou un truc comme ça ou 1er janvier, je suis retourné mettre les tuiles sur le toit de la baraque. Il neigeait et tout, je dois avoir des photos. Mais parce que c'est toujours pareil, je savais ce que je voulais et donc je suis parti du nid. Moi, j'ai quitté la baraque parce que c'était quitter la baraque parce que moi, mes parents et moi, on a un peu le même caractère.

1:00:54 Donc la famille, c'est important. On s'entend tous très bien, on est tous là pour les uns, les autres. Il y a de l'amour, il y a de l'entraide, il y a tout. Mais par contre, c'est chacun chez soi. Il faut de l'espace. Moi, ma soeur ou mes parents, on ne fait pas partie des gens, tu sais, comme des fois, tu as des nanas ou des mecs qui appellent leur mère tous les jours. Moi, j'habitais derrière chez mes parents, des fois, on restait un mois et demi sans se voir. Ma mère, des fois, elle venait, elle me disait, je viens parce que tu ne passes jamais. Tu sais, pas de nouvelles, bonne nouvelle. Tu vois, donc c'était vraiment chacun chez soi. Et moi, je bossais en charpente, je bossais en truc.

1:01:28 Et voilà, c'était cool. Et jusqu'à un moment où pareil, un jour, je vais voir ce mec, je lui dis, écoute, moi, la zinguerie, j'en ai fait le tour, la charpente, machin, alors que ce n'est pas vrai. Comment tu peux dire que tu as fait le tour d'un métier comme ça, j'aurais pu en apprendre toute ma vie. Donc pareil, et un matin, je sors de ma petite cabane, je vais manger, je vais déjeuner chez les parents. Mon père me dit, putain, mais tu n'es pas au taf. Et là, j'avais déjà 19-20 ans. Tu ne vous avais pas dit que tu avais arrêté ? Non. Et je dis, ben non, j'ai arrêté. Il me dit, mais comment ça, tu as arrêté ? Je dis, ben ouais, j'ai arrêté. Je dis, en fait, c'était génial, lui, il est super.

1:02:02 Par contre, j'ai toujours arrêté propre. Moi, je ne me suis jamais fâché avec mes patrons, j'ai toujours arrêté comme un accord, fait mes préavis. Et je lui dis, ouais, j'ai arrêté, j'en ai ras-le-bol, je vais faire autre chose. Et mon père, il me dit, ok, tu es grand. Mais il me dit, tu vois, pareil, il me dit, on est lundi, vendredi, tu n'as pas de boulot, soit tu dégages, et pourtant, j'ai la petite barrière, soit tu dégages, soit tu payes, t'empare-moi, machin, et moi, je vais te trouver du taf. Et j'avais 20 ans, tu sais, j'aurais pu le dire, oh, mais je suis adulte. Il allait me dire, ah ouais, t'es adulte, allez, dégage, terminé, prends-toi en main, tu sais, si t'es adulte.

1:02:36 Et je dis, bah ok, et rebolote, je repars en intérim et tout. En intérim ? Bah ouais, je repars chercher du taf, tu sais. Et là, je vais, il me trouve, mais je lui dis, je lui dis, moi, je veux pas d'usine, pas de machin. Donc là, il me trouve une mission dans le téléphone et il venait d'y avoir la tempête de 99, je sais pas si t'en rappelles. C'est une grosse tempête qui avait couché les arbres. Et donc, je me retrouve à mettre en place les lignes téléphoniques et tout, avec les gens de l'ONF. Donc là, j'étais en pleine forêt. J'ai appris à monter à la grimpette, tu sais, aux potos téléphones et tout. On tirait les lignes, les abonnés. Ah, tu tirais les lignes de potos.

1:03:05 Ouais, en fait, les gens appelaient, allô, il faut venir m'installer le téléphone. Donc, téléphone, je partais en ville, en panne, je récupérais le... Jusque chez l'abonné, quoi. Et donc, j'ai fait ça pendant, ouais, un an et demi, deux ans. J'ai bossé dans le téléphone. Et puis, c'est pareil, il y avait un truc qui s'appelait les dérangements. À l'époque, ça existe encore parce qu'à l'époque, c'était France Télécom. Nous, on avait quatre clients, quatre abonnés à faire dans la journée. Quand on les avait faits, eh bien, on appelait le... Je crois que c'était le 13. Et puis, tu sais, tu avais tous les gens qui étaient en panne. Allô, dis donc, oui, je suis bien au 13.

1:03:46 Oui, je vous appelle de l'appart chez mon voisin. Je vous appelle de chez mon voisin. Ma ligne ne marche plus. Alors, tu sais, ça pouvait être n'importe quoi. Une branche qui est tombée sur le fil, un mec qui a eu un accident qui a arraché trois poteaux avec sa bagnole parce qu'il avait deux grammes. Tu sais, ça peut être n'importe quoi. Une souris qui a bouffé un fil, bref, elle n'a plus de téléphone. Donc, nous, une fois qu'on avait fini nos abonnés, il y a des gens qui rentraient chez eux. Et moi, des fois, je regardais, je disais, putain, c'est deux heures de l'après-midi, je ne suis pas rentré chez moi. Donc, je vais prendre plus de boulot.

1:04:13 Donc, j'appelais. Ah, Laurent, tu es dans quel secteur ? Je dis, je ne sais pas, vers Rohan, là-bas, je suis dans le Beaujolais. Ah, vers chez toi, j'ai deux personnes qui sont en panne. Si tu peux aller les dépanner. Et j'y allais. Donc, alors, pareil, tu essayes de trouver la panne, de dire, tiens, merde, là, ça ne marche pas. Et puis, par déduction, tu trouves, tu répares. Alors, pareil, les gens sont contents. Et puis, vu que les gens sont contents, le service est content. Et puis, vu que le service est content, machin. Et puis, un jour, tu as presque un chef qui vient te voir en disant, putain, mais toi, tu n'es pas là depuis longtemps, mais tu vas vite passer chef.

1:04:45 Mais vu que tu es dans une grosse boîte, sans méchanceté. Ça déplaît à certains. Ça déplaît à tout le monde. Parce que le mec, il est là, ouais, mais moi, je croyais que c'était sur l'ancienneté. ça fait dix ans que la place de chef, elle est pour moi. Donc, moi, les mecs, ils viennent, ils m'attaquent un peu perso. C'est pareil, brassard et tout le bordel. Je leur dis, mais en fait, l'ancienneté, c'est de la merde. Je lui dis, ça ne veut rien dire. Je lui dis, comment tu expliques que toi, ça fait dix ans, tu as peut-être dix ans d'ancienneté, mais je lui dis, si cette ancienneté, tu n'as jamais prouvé que tu vas aller mieux que les autres, moi, si j'arrive, et entre parenthèses, sans prétention, si je prouve à la terre entière que je travaille plus que toi, que je fais mieux que toi, que tout le monde a des bons retours, cette place, finalement, même si je n'ai pas autant d'ancienneté, je la mérite autant que toi.

1:05:33 Ouais, patati, gna gna gna gna gna. Et puis, ça commence à me prendre la tête, ce genre de, mais moi, ce genre de choses, je n'y supporte pas, en fait. Moi, les mecs, j'ai juste envie de leur dire, privatisez tout, et puis mettez ça au mérite. Tiens, moi, je suis un mec, moi, j'ai appris au mérite. C'est pour ça que j'aime autant le système québécois, que j'aime autant le système d'Amérique du Nord, parce que moi, j'ai appris au mérite. Moi, pour moi, ce n'est pas, je respecte l'ancienneté, je respecte tout ça, mais ce que je respecte, c'est le mérite. Quelqu'un devrait être chef parce qu'il le mérite, pas parce qu'il a 50 plus d'ancienneté que quelqu'un d'autre.

1:06:06 Donc, si tu veux, moi, je suis juste. Bernard, la justice, tu vois, quelqu'un qui travaille bien, qui travaille dur, qui montre à tout le monde qu'il est capable de faire au moins aussi bien, qui, sans prétention, mais qui prouve par son travail. C'est ça, prouve-le. Tu sais, moi, mon premier patron disait toujours t'as le droit d'être une grande gueule. Tu sais, des grandes gueules, il y en a partout, les mecs, ils se font de telbec, ouais, mais moi, j'ai tout fait, machin. Mon patron disait toujours t'as le droit d'être une grande gueule. Mais il faut toujours que tu fasses ce que tu dis et que t'ailles au bout de tes convictions. C'est ce qui fera la différence entre quelqu'un de grand et quelqu'un qui restera toujours qu'une grande gueule.

1:06:45 Ouais, ok. Et en fait, moi, j'ai toujours eu de la gueule, mais j'ai toujours été au bout, tu vois. J'ai toujours dit à eux, tu me confies cette tâche, putain, ça va être dur, ça va être chiant, je vais travailler plus, mais je vais le prendre, je vais le faire. Et les mecs, regarde-le ! Ça a été comme ça toute ma vie. Tu sais, moi, j'achetais des vieilles ruines à rénover, les voisins, ils disaient, ouais, non, non, il se tapait avec sa femme en disant, je leur donne pas six mois, là, tu vas voir. Et puis, trois ans après, la baraque, elle était finie, elle était deux fois mieux que la leur, tu sais. Mais par contre, j'ai toujours eu une grande gueule, mais j'ai toujours été au bout.

1:07:17 Tu vois, je me suis planté souvent, mais j'ai toujours été au bout, j'ai toujours donné le maximum. Donc, si tu veux, là, au bout d'un moment, j'arrive dans cette boîte et il fallait bosser pendant les vacances. Bon, moi, ça me dérangeait pas, mais le mec, il me dit, bon, écoute, moi, si tu veux, je te prends à la rentrée, je te mets chef ou tout chef, ou je te... Ils étaient super contents et je dis, ouais, non, ça me casse. À cause des syndicats. Bah, il n'y avait pas que l'histoire de syndicats, mais tu sais, c'était l'espèce d'ambiance globale. Tu vois, moi, il y avait des dépannages à faire et des dépannages, il y a des jours où tu peux pas en faire parce que t'as quatre abonnés à raccorder dans la journée et dans la journée, il y a des fois, putain, t'arrives à peine à la raccorder parce que, tu sais, ils sont à 40 bornes les uns des autres, mais des fois, t'as fini à 10h du mat'.

1:08:05 Et bah, moi, j'étais dans une équipe, je crois qu'on était huit personnes, chacun un peu autonome. Il y en a plus de 50%. Des fois, ils finissaient à 11h du matin, ils n'appelaient pas les dépannages, ils rentraient chez eux. Mais... Les dérangements. Ouais, les dérangements. Mais en fait, c'était correct. C'était correct parce que sur leur contrat, c'était marqué si vous faites des dérangements, vous gagnerez un peu plus et puis, bah, ça dépanne les gens, tu vois, il y avait une notion de service, mais vous n'êtes pas obligé. Donc moi, je me disais, les jours où je finis à 10h, je ne vais pas au bistrot, je ne vais pas boire des canons, je vais rentrer chez moi, qu'est-ce que je vais faire ?

1:08:43 Donc je me dis, même si je n'en fais pas 4 de dépannage, de dérangement, je peux peut-être en faire au moins un ou deux, je me disais, je vais gagner plus d'argent, je vais dépanner des gens, je vais rendre service à tout le monde. Je me disais, moi, dans ma tête, je me disais, mais en fait, il faut être con pour ne pas le faire. Mais en fait, il y a la moitié de l'équipe qui, non, eux, écoute, ça fait pour les fois où on bosse plus, tu sais. Et moi, je me disais, mais en fait, c'est ce que je t'ai dit avec les grosses boîtes comme les grosses boîtes de plomberie, mettez pas vos enfants dans des grosses boîtes parce qu'en fait, le mec qui est planqué là-dedans, sans méchanceté, il en faut pour tout le monde.

1:09:19 Encore une fois, il y a peut-être quelqu'un qui est planqué là-dedans mais qui est très content d'être là-dedans et je le juge pas. Ce que j'essaye d'expliquer, c'est que moi, ça ne correspond pas à mon caractère à moi. Mais je peux très bien être copain avec mon voisin ou un de mes voisins ou quelqu'un ou un ami qui, lui, va être comme ça et c'est son truc. Moi, c'est pas mon truc. Mais ça illustre le fait que t'es un petit jeune, t'as du jus, t'as du bouillon, tu veux en faire plus, qu'est-ce qui se passe ? C'est la théorie du pot d'escargot français. C'est-à-dire que tout le monde te tire vers le bas. Tout de suite, tu vas voir des gars qui vont dire fais-en pas trop.

1:09:52 Ouais, oh, cool, tu sais, machin. Ouais, puis machin, puis patati. Mais c'est pas un discours que moi, j'aime entendre. Moi, j'aimerais qu'on me dise c'est bien, gamin, putain, c'est super, tu te rends compte et les gars, prenez de la graine. Et puis, tu vois, tu devais gagner 1600, ce mois, t'as fait 2004. Wow, putain, génial ! Tu sais, pour moi, c'est comme ça, quoi. Tu vois, c'est comme ça, c'est du challenge. Mais du coup, tu fais quoi alors ? Donc du coup, j'arrête, j'envoie tout chier. Je retourne bosser un peu, quelques mois dans une boîte qui fait du bois. J'ai un artisan qui travaille le bois, ça me plaît. Je retourne bosser quelques mois chez des artistes.

1:10:31 Je retourne dans le bâtiment. Ça me manque. Et je vais voir des artisans dont je crois que je fais le bois, je fais un petit peu d'électricité, je fais un peu de pas placo, enfin, un mec qui touchait un peu à tout, marchand de biens, qui rénovaient, donc on touchait un peu à tout. Et à chaque fois que j'arrive, je leur dis, je vais rester 6-7 mois. Donc je leur dis, je leur dis parce que j'ai envie de m'imprégner, je me cherche un peu. Et de fil en aiguille, en fait, si tu veux, je me rends compte que ce qui me plaît le plus, c'est d'être artisan et de faire un peu comme je veux. Je me rends compte que dans toutes les boîtes où je vais, moi, je veux faire comme ça et on me dit de faire autrement.

1:11:05 Moi, je veux faire ci, on me dit de faire ça. Moi, je veux pas mettre de flexible, il faut mettre du flexible. Je veux faire du massif, on me fait faire du mélaminé. Je veux faire ci, je veux. Et au bout d'un moment, c'est comme si dans ma tête, je sais que je savais depuis que j'étais gamin que je voulais me mettre à mon compte et que je voulais être artisan. Mais c'est le bon moment. Et là, j'ai 22-23 ans et je me mets à mon compte. Incroyable. C'est tôt quand même ? Ouais, c'est très tôt. Tout le monde me dit c'est tôt, c'est tôt, c'est tôt. Mais t'avais quand même aussi commencé tôt. Mais j'avais commencé, moi j'ai commencé à 14 ans. 13-14 ans.

1:11:38 Tu te lances dans ta boîte, elle s'appelle comment cette boîte ? Cette boîte à l'époque, elle s'appelait JLS. C'était Jacques et Laurent Service. Jacques et Laurent Service. Et ma première boîte. Et donc, tu sais, moi j'ai toujours pas été chercher de grands noms. Et là, je me mets à faire un peu de chauffage, un peu de plomberie, un peu mon boulot. Tours de chez toi où t'as bougé ? Là, je suis parti dans l'un. Donc là, je laisse la petite cabane, je pars dans l'un, je prends une baraque, un machin patati. Là, j'avais une autre chérie. Tout. Je commence une vie d'homme, quoi. Tu vois ? Donc, je commence un peu les gamins, je commence la boîte, je commence la barrage, je commence...

1:12:16 Bref. Je commence ma vie et je fais de la plomberie, je fais du chauffage. Et je commence déjà à voir que j'ai des trucs que j'ai plus d'affinité que d'autres. C'est-à-dire que j'adore le chauffage, c'est mon métier, mais déjà à l'époque, ça devient un peu contraignant. Puis il y a des choses qui me gonflent un peu. Il y a des... Ah, il faut être Cali seul, il faut être Cali gaz, il faut être Cali ci, il faut être Cali ça. Et moi, j'ai appris, chez tous les vieux briscards que j'ai appris, c'était des légendes, les mecs, c'était des dieux dans leur boulot et ils n'ont jamais été Cali quoi que ce soit. Par contre, tu l'appelais le dimanche, le mec, il venait.

1:12:47 Tu vois ? C'était des bons, tu vois ? C'était des vrais artisans. Et moi, je me disais, putain, mais ça rime à quoi ce truc ? Tu sais, à part nous vendre des formations de ci, de ça, bon, ça me gonfle un peu, je continue quand même d'en faire et puis je commence à développer

1:13:00 Les deux impayés et la décision d'arrêter

1:13:00 un peu la salle de bain et puis je commence à toucher un peu à d'autres choses mais avec mes compétences. Et puis à côté de ça, je commence à rénover une maison et puis je commence à faire un truc comme ça. Et puis je prends des gars. Je commence à prendre des gars et on est monté avec cette boîte, on était huit. Donc, j'avais six salariés, ma secrétaire et moi. Toi, t'es monté à huit en combien de temps à peu près ? Quatre ans. Quatre, cinq ans, avec cinq ans. C'est déjà un gros travail. C'est un trop gros travail et je me rends compte, en fait, si tu veux, que ça me plaît de moins en moins, j'avais du boulot. Moi, toutes les boîtes que j'ai faites, j'ai toujours eu à blinde de taf.

1:13:37 On faisait du bon boulot. J'ai toujours eu une viande, tu les as éclatées ? Toujours eu du super boulot. Toujours eu du boulot, de la demande, mais ça me plaisait moins parce que... Tu rentrais en mode gestion plus qu'artisanat ? En fait, j'étais plus sur les chantiers. Donc, si tu veux, je passais mes journées à faire de la paperasse, ressources humaines. Moi, je te dis, moi, je ne sais pas que... J'ai un grand respect. J'ai un grand respect parce que ce que je te dis, après ça, ça s'est confirmé plus tard et tout. Moi, j'ai un grand respect pour les gens qui sont nés pour être chef d'entreprise, qui sont nés pour être manager, qui sont nés pour être des patrons.

1:14:19 Moi, je suis né pour être un artisan et un vieux loup solitaire, tu vois. Moi, j'aime bosser avec des potes artisans, j'aime bosser, mais je ne suis pas... Je n'ai pas de méchanceté, rien, mais je ne suis pas câblé, en fait, si tu veux, pour... Et encore pire, à la période où on est. Moi, je te l'ai dit, quand j'avais 14 ans, je faisais 50 heures par semaine. Donc, si tu veux, et j'ai grandi comme ça et je n'ai jamais été malheureux et ça ne m'a jamais empêché de faire des loisirs et ça ne m'a jamais empêché de m'épanouir, ça ne m'a jamais rien empêché. C'était comme ça, j'ai appris comme ça. Et là, j'arrive et je me rends compte qu'il faut que je fasse...

1:14:58 Même si j'avais une secrétaire qui était très compétente, Christiane, je me rappelle, elle était top, elle était géniale. On te passe le grand jour, Christiane. Ouais, mais je me rends compte qu'il faut que je fasse de la paperasse et de la paperasse. C'est ça, t'as gavé. Et j'ai des gars qui rentrent le soir... J'en ai un ou deux de super bons, on en reparlera après, mais j'ai des gars qui rentrent le soir à 5 heures et je leur dis, putain, les mecs, vous avez fini. Ouais, non. Je lui dis, mais il vous reste quoi ? Et le mec, il m'explique qu'il lui reste trois quarts d'heure de boulot. Je lui dis, mais attends, t'es en train de me dire que tu rentres alors qu'il reste trois quarts d'heure de taf.

1:15:34 Mais si vous aviez fini le taf, ce soir, au pire, demain, au lieu de commencer à 8 heures, je te faisais démarre à 9, toi, t'étais contente, tu faisais la grasse mat et la cliente, elle était contente, le chantier, il est fini, on n'y retourne plus, on passe à autre chose. Ah ouais, mais bon, tu sais, moi j'ai les horaires, il faut que j'aille chercher ça. Et en fait, moi je ne suis pas câblé pour ça, tu vois. Et en fait, j'ai commencé à me dire, parce que moi, c'était mon rêve. Moi, mon rêve, c'était la boîte à l'américaine, j'ai 30 gars. Et en fait, je me suis rendu compte que oui, ça aurait été possible si j'avais été aux Etats-Unis, en Suisse, en Angleterre, en Espagne, mais pas en France.

1:16:10 Je ne peux pas faire ça en France. Ce n'est pas possible. Et que je suis très content d'être français et tout, mais c'était... Moi, je ne suis pas câblé pour ça, quoi. La boîte, elle monte, elle grimpe, tu as des clients et tout ça ? Donc, la boîte grimpe, moi je me rends compte, moi je prends de moins en moins de plaisir, et là, il se passe deux choses, et pas des moindres. La première, c'est que j'ai la chance, il n'y a pas de trahison, ni rien, machin, on s'entend toujours bien, mais on ne s'aime plus avec ma femme. Ok. Ah, tu étais marié ? Je n'étais pas marié, j'étais... bon, je ne suis pas compacté, tout le bordel, j'avais des enfants, tout, et on se rend compte que ça ne marche plus, pour plein de raisons.

1:16:49 Plein de raisons, on s'écartait de plus en plus, et puis pour plein de raisons, pour des raisons aussi que moi je suis entrepreneur, que elle, à l'époque, elle n'est pas entrepreneur, que si tu veux, tous les entrepreneurs qui m'écoutent vont se reconnaître, mais moi, si tu veux, je rentrais à 20h30 exploser, exploser, et il fallait encore que je fasse une heure de paperasse avant d'aller me coucher, et elle, elle finissait, elle faisait 30h, ce n'est pas ni bien ni pas bien, encore une fois, je te dis, mais elle, c'était... Voilà, elle, elle finissait à 4h30 de l'après-midi, elle attendait qu'un truc, c'est que ça ne te dit pas qu'on aille manger chez des amis ce soir ?

1:17:23 Je dis, mais t'es folle ! Je dis, mais t'es folle, je dis, mais moi, voilà, je bouffis une omelette et je vais me piotter, et demain matin, je me lève à 5h30 et je suis déchiré, tu sais. Et au bout d'un moment, donc ça, je pense que ça, ça nous a éloigné un peu, je n'ai jamais regretté parce que je me... Tu sais, quand tu as une ligne de conduite, quand tu veux croire en tes rêves, quand tu dis juste, au bout d'un moment, ok, c'est pas la bonne, quoi. Et en fait, on ne s'est jamais déchiré, on ne s'est jamais engueulé, mais petit à petit, on a commencé à s'éloigner jusqu'au jour où... Et aujourd'hui, je suis en très bon terme avec elle, c'est vrai, mais jusqu'au jour où on était le soir en train de regarder la télé à se regarder, à mettre l'un de l'autre, à se dire, on ne s'aime plus, quoi.

1:18:09 Tu sais, on ne s'aime plus, quoi. Voilà, on tire un coup de temps en temps, on a les gamins, la baraque, le truc, mais il n'y a plus rien, quoi. On n'a plus... Toi, tu veux partir là-bas, moi, je veux partir là-bas. Toi, tu aimes la mer, j'aime la montagne. Enfin, tu vois, tu vois, c'est... Je préfère les chiens, moi, je préfère les chiens. Voilà, c'est ça. Tu sais, tu te regardes au bout d'un moment et tu te dis, mais qu'est-ce qui s'est passé ? Il y a un truc... Et on décide de se séparer. De se séparer. Et au même... Donc, moi, ça me fout quand même un coup moral, parce que, tu sais, il ne faut pas dire, ouais, on est insensibles, machin. On n'était pas non plus des potes, on était quand même des...

1:18:42 à couple. Ouais, c'est la merde de ses enfants. Voilà, c'était... Moi, j'avais déjà des enfants avec elle et tout. Et donc, on... On décide de se séparer. Donc, moi, si tu veux, ça m'éclate quand même. Ça m'arrache la tête quand même. Au même moment, moi, tu sais, la boîte, ça commençait en plus à m'emmerder, tu sais. Et puis, je te dis, je ne travaillais plus, tu sais, je faisais... Alors, comment on fait pour les RTT ? J'avais envie de dire, j'en ai rien à foutre, tu sais, tes trucs. De quoi tu me parles, tu sais ? Finis déjà le boulot, travaille correctement et puis, on verra après pour... Enfin, tu sais, moi, ça me paraissait fou, tu vois, et de plus en plus des trucs comme ça.

1:19:15 Pour toi, c'était au mérite. Ah, mais moi, c'était au mérite. Moi, il y a du taf, on fait le taf. Tu sais, moi, je n'ai jamais été... Mais je ne sais même pas si moi, j'ai déjà eu ou si j'ai ne serait-ce que regardé les horaires sur un contrat de travail. Moi, même quand j'étais dans le... Je bossais sur les toits, je savais que je démarrais à 7h30 et puis le soir, on finissait... On finissait, quoi. Il y a des jours, on finissait à 19h et puis il y a des jours, à 3h de l'après-midi, on avait fini le chantier. Ils disaient, ben, rentre chez toi. Je dis, ben, ok, tu ne veux pas qu'on... Je ne rentrais même pas. Je dis, ouais, tu ne veux pas que...

1:19:48 Je ne sais pas, on se boit... On se taille une bière, sur une bière, puis on va regarder déjà le taf qu'il y a pour demain et puis... Tu sais, j'étais déjà patron. Ouais. En fait, même quand je bossais chez eux, service, que j'ai toujours bossé chez les autres comme si c'était ma boîte. Tu sais, moi, des fois, à 15h ou à 14h, des fois, tu sais, le client chez qui on devait aller cet après-midi, il a annulé. Ben, rentre chez toi, si tu veux. Je dis, ben, c'est 14h. Ben, ouais, bon, écoute, on va... Écoute, on paye ton coup, tu sais, paye une bière, on papote 5 minutes, on s'en grille une, on charge le camion pour demain et puis je partirai après.

1:20:34 Puis voilà. Puis j'arrivais à 15h chez moi, je me disais, bon, ben, je vais tondre la pelouse, tu sais, je vais tondre la pelouse, je vais faire à bouffer, je vais faire de... T'avais envie de travailler ? Non, mais en fait, moi, j'ai toujours vécu comme ça, tu sais, tu vois, c'était toujours... Mon père, il bossait du lundi au samedi. On a toujours... Tu sais, ma mère, elle bossait comme ça, ma soeur, elle bossait comme ça, on a toujours été une famille de bosseurs. Mais du coup, c'est quoi le deuxième truc alors qui est... Et le deuxième truc, tu veux, dans cette boîte où j'avais des gars, au même moment, je prends deux impayés. Coup sur coup.

1:21:10 Je veux pas te mentir, je crois qu'il se passe dix jours entre les deux. Mais deux impayés, mec. Et que j'avais pris des accomptes et tout. J'aimais pas faire des très gros chantiers. Moi, j'aimais bien faire les chantiers normaux. Et là, je sais pas pourquoi je prends deux très gros chantiers. Les deux très... Quand je dis très gros, c'est des trucs à 100 000. Ou même si t'as pris un accompte à 30, 40 000, il reste 60 000 boules dehors, tu vois. Et deux très gros chantiers à une semaine d'écart. Un payé, boum, un payé. Mais quand je dis un payé, il y en a, je me rappelle, les gens, ils bossaient. Moi, c'était le deuxième un payé. Gros truc, mais barraques complètes, chaufferie granulée, silos de 5 tonnes, truc de la baraque, 800 mètres carrés.

1:21:56 Et les mecs, ils bossaient au CNRS, tous les deux. Je crois qu'ils gagnaient à l'époque. Ça devait déjà être en euros. Ils devaient gagner 8 500 euros chacun. Donc normalement, pourquoi ils se t'en faire un an ? Moi, je me dis, putain, panique. J'appelle mon comptable, mon comptable me dit, bah tiens, il y a une boîte qui peut faire des crédits, des prêts à taux zéro. Et ça peut aider les gens, tu vois, à te payer, tu sais. Je vais les voir, je leur dis, écoutez, j'ai trouvé une solution, je vais vous faire un prêt à taux zéro, comme ça, vous me payez, machin. On n'en parle plus. Ah ouais, génial. Je monte tout le dossier et tout. La banque qui me rappelle, elle me dit, mais Laurent, elle me dit, on ne peut pas.

1:22:34 Je dis, mais comment ça ? Elle me dit, ouais, ils gagnent 16 ou 17 000 euros à deux, mais ils sont déjà endettés à 15. En fait, ils vivent au-dessous de leur moyen. Que, en fait, voilà, c'était des flambeurs, tu sais. Et je me dis, mais comment je vais faire et tout ? Et donc, je prends des carottes. J'avais un peu de trésor, mais la trésor, elle dégage direct. Alors moi, j'étais emmerdé. Bon, il y avait plein de choses, mais j'étais emmerdé parce que parmi mes salariés, j'en avais, je te dis, un ou deux qui s'en foutaient un peu, mais j'en avais d'autres. Et notamment, j'en avais un. Un peu, ça me fait penser un peu à Romain. J'en avais un qui s'appelait Fabien aussi et qui était extraordinaire.

1:23:10 Lui, c'était mon bras droit, mon pied gauche. Lui, c'était tout, quoi. Tu vois, lui, c'était le mec. Moi, je rentrais de rendez-vous à 21h. Je me disais, mais il n'y a pas son camion. J'appelais, je dis, oh, t'as eu un accident. Il me disait, ben non, je finis le chantier, comme ça, il n'y avait pas besoin de retourner demain. Ok, merci Fabien, merci. Mais lui, quand il venait, c'était bon les Fabiens. Non, mais lui, lui, il venait, il me disait, ouais, là, je vais peut-être faire la bringue pour mes conscrits. Enfin, vers chez nous, on a un truc qui s'appelle les conscrits, tu sais, les classes. Je vais peut-être faire ma bringue, ça va durer deux, trois jours et tout, c'est important pour moi.

1:23:44 C'est samedi, dimanche, mais j'aurais peut-être pris le lundi, mardi. Je lui dis, ce mec, je lui dis, tu vas prendre samedi, dimanche, mais je lui dis, tu vas prendre toute ta semaine derrière et je lui dis, je te la paye. Je ne te l'enlève même pas de tes congés payés. Mais parce que, tu vois, c'est ce que je te dis. En fait, moi, j'ai appris de travailler comme ça. C'est du donnant, donnant, c'est juste. Tu vois, il venait me voir. Ouais, bah, j'ai un gars qui venait me voir. Il me disait, ouais, Loulou, ce week-end, je vais bosser chez ma belle-sœur. Tu peux me prêter ton camion ? Je dis, bah, non. Il me dis, ouais, putain, t'es dur. Je dis, bah, non.

1:24:15 Je lui dis, toi, t'as jamais fait 5 minutes d'orsup. Je dis, chaque fois que je te demande un truc, tu tires le nez. Je lui dis, quand c'est les vacances, je vous demande de tout ranger. Tu te barres en vacances. un coup de jet d'eau, rien. Et je dis, là, tu viens me demander un truc. Je dis, tu vois, je vais t'apprendre ce que c'est que d'être juste. Là, je suis juste. Je te récompense à la hauteur de l'investissement personnel que tu mets dans l'entreprise. Par contre, Fabien, il passait un quart d'heure en me disant, un quart d'heure après, il me disait, ouais, Laurent, tu peux me prêter le camion, machin, j'ai un truc à faire chez le beau-frère.

1:24:52 Je dis, vas-y, prends le camion. Puis je lui dis, si tu as besoin de quoi que ce soit, tu prends tout ce que tu veux. Je veux juste revenir à Laurent sur les impayés parce que moi, c'était une grosse douleur que j'ai eue dans ma boîte à l'époque. Et tu vois, je me souviens de cette boule au ventre que j'avais le soir. Parce que peut-être toi, tu as travaillé, tu as avancé le matériel, tu n'avais peut-être pas fait suffisamment d'acomptes ou de situations intermédiaires. Et là, tu as des clients qui ont mal géré parce que toi, tu leur avais... Ah bah moi, c'était Ryo. Normalement, si tu t'engages à acheter quelque chose, c'est que tu as l'argent derrière.

1:25:27 On est bien d'accord. Et du coup, comment tu l'as vécu cet impayé là ? Tu peux en parler ? Comment tu as géré du coup ? Ça t'a fait fermer la boîte ? Ouais, moi, si tu veux, quand je prends ces impayés, bon, première chose, ça me... C'est de l'écurement en fait, ce que je ressens. Parce qu'on a fait un travail, parce qu'on s'est investi, parce qu'on s'est engagé et je me rends compte qu'en fait, voilà, même si je finis par récupérer c'est l'enfer, quoi. Et d'un autre côté, je dois l'admettre, vu que dans ma vie, c'était la merde, tu sais, si tu veux, là, tu perds la baraque, les gamines, tu te dis comment on va faire, la chérie qui part, enfin bon, t'as ton monde qui s'écroule.

1:26:12 Je veux pas dire que j'en avais rien à foutre, mais en fait, ça m'est tellement tout tombé dessus que je me suis dit, bah, tant pis, tant pis, c'est la vie, tu sais, moi, toute ma vie, j'ai pris des risques et par définition, quand tu prends des risques, bah, il y a des fois, ça marche de ouf et il y a des fois, bah, tu te pètes la gueule et à ce moment-là, je me revois faire un point avec, j'avais un super bon comptable à l'époque, j'ai toujours eu que des super bons comptables, je les salue s'ils me regardent et j'avais un comptable et il me dit, ouais, mais t'inquiète pas, la boîte, elle est bien, t'as du boulot, si tu veux, on peut redresser la boutique et tout, tu sais, on fait un redressement, on fait un truc et je lui dis, non, je lui dis, on arrête, il me dit, mais comment ça ?

1:27:00 Je lui dis, mais on arrête, je lui dis, allez hop, on dépose, on arrête, j'avais plus le goût, j'avais plus l'envie, j'en avais, je faisais des heures à mort, je faisais, ça m'intéressait de moins en moins, ça a séché un peu, ouais, ça a été un peu le coup, ça m'a porté le coup fatal donc j'ai dit, j'arrête, j'ai dû me faire un mois et demi, tu vois, moitié de dépression, je me disais, ça rime à rien, tu sais, j'avais plus le goût à rien, je partais un mois, mais j'étais célibataire, j'étais Indiana Jones, ça fait partie des meilleures années de ma vie, ils nous appellent au milieu sur la route en disant, bon les gars, tu vous faites demi-tour direct, c'est un faux, je ne savais pas où c'est que vous allez tomber, mais ça ne va pas être pour faire des affaires, on rentre dedans, on la visite, une ruine, je suis rentré dans la maison par terre, c'était de la terre, on voyait le ciel, il y a trois niveaux, donc les planchers morts, les trucs, il n'y avait quasiment pas d'eau, un point d'eau avec une cuve, une citerne, une pompe de puits, quasiment pas d'égout, rien, j'arrête ma boîte, il me dit, mais pourquoi tu as un an de travail d'avance, je lui dis, parce que je veux faire des vidéos, il m'a dit, non mais comme vrai métier, tu vas faire quoi, je dis, des vidéos sur Youtube,