01 - Le résuméCe que raconte Laurent Jacquet
Après la liquidation de sa première entreprise, Laurent Jacquet vend tout et retourne vivre avec ses deux filles dans la dépendance qu'il avait construite derrière chez ses parents. Il traverse un mois et demi de quasi-dépression. Au bout de deux mois, son père lui fait comprendre qu'il est temps de repartir.
Il répond à une entreprise située à 10-15 km qui cherche quelqu'un pour développer son département de production d'énergie autonome. Il y monte un centre de recherche et développement, devient responsable technique puis directeur technique six mois plus tard, et lance l'export. Pendant deux ans et demi, il travaille dans 15 pays, au Maghreb, dans les îles et en Afrique de l'Ouest (Gabon, Cameroun, Guinée équatoriale, Bénin, Sénégal), sur des installations photovoltaïques et micro-éoliennes allant jusqu'à 500 panneaux. Il arrête après avoir rencontré Carole, aujourd'hui son épouse, et après un faux rendez-vous au Bénin près de la frontière nigériane qui l'oblige à faire demi-tour.
Sans argent, il rejoint Carole dans la Loire, dans un petit logement social, et crée Atelier Jacquet. Il ne connaît personne et les grossistes lui prédisent l'échec : il ne veut poser que des chaudières Frisquet ou Viessmann et des salles de bain clé en main haut de gamme, de 13 000 à 50 000 euros. Il construit lui-même son site internet, distribue des flyers à vélo et passe un encart dans le bulletin municipal. Un mois de février, il ne facture que 64 euros. Le bouche-à-oreille fait le reste : un chef d'entreprise pour qui il tond la pelouse lui confie la rénovation de ses vestiaires, puis le recommande.
Seul, il réalise environ 65 000 euros de chiffre d'affaires la première année, 150 000 la deuxième et 230 000 la troisième. Il apporte en main propre un devis relié avec plans 3D sous SketchUp dès que le montant dépasse 2 000 euros, accompagne ses clients en salle d'exposition et ne mène qu'un chantier à la fois. Il équipe une remorque d'une douche et d'un WC chimique pour que ses clients ne restent jamais sans salle de bain, et soude un chauffe-eau de 75 litres sur un diable pour dépanner en attendant le remplacement d'une chaudière. Au bout de trois ans, il a plus d'un an de travail d'avance.
Avec Carole, il achète une maison en ruine sur un terrain de 1 500 m², visitée à 10 heures et signée à 11h30, qu'ils rénovent eux-mêmes depuis 13 à 14 ans. En 2014-2015, il commence à filmer ses chantiers : il ne trouve alors que deux autres professionnels du bâtiment sur YouTube. Pendant un an, il enchaîne des semaines de 80 heures entre l'entreprise, la maison, la famille de quatre filles et le montage des vidéos.
Son premier partenaire, Outil des Pros, le contacte. Avec Carole, il rédige d'emblée une charte : il choisit le matériel, la marque n'a aucun droit de regard sur la vidéo et la critique reste constructive. Il affirme que 99 % de ses contrats de partenariat sont renouvelés. Sa communauté, les Bichons, réunit aujourd'hui 800 000 abonnés tous réseaux confondus. La décision d'arrêter Atelier Jacquet pour YouTube et l'arrivée sur M6 sont racontées dans l'épisode 3.
02 - À retenirCe qu'un dirigeant peut en tirer
- Le bulletin municipal, un canal sous-estimé Un encart « nouvel artisan » avec photo dans le journal de la commune lui a apporté des appels jusqu'à deux ans après sa parution.
- Présenter le devis en personne Au-delà de 2 000 euros, il apportait un devis relié, avec documentation et plans 3D. Plus cher que la concurrence neuf fois et demi sur dix, il signait huit devis sur dix.
- Un seul chantier à la fois Il restait chez le client du premier au dernier jour, en annonçant une date précise de démarrage, parfois six mois plus tard, et en la tenant.
- Équiper pour limiter la gêne du client Une remorque avec douche et WC chimique, un chauffe-eau sur diable et des radiateurs électriques de prêt lui permettaient de dépanner sans quitter le chantier en cours.
- Se positionner haut de gamme dès le départ Malgré les mises en garde, il n'a posé que des chaudières Frisquet ou Viessmann et des salles de bain de 13 000 à 50 000 euros, en prenant le temps d'expliquer son parcours.
- Encadrer les partenariats par écrit Dès le premier partenaire, une charte fixait les règles : choix du matériel, aucun droit de regard de la marque, critique constructive. Une règle qu'il n'a jamais changée.
03 - Les phrases fortesIls l'ont dit au micro
Dès que ça dépassait 2 000 euros, j'amenais le devis. Neuf fois et demi sur dix, j'étais plus cher que tout le monde. Eh bien, j'en signais huit sur dix.
Je contacte le petit journal local. Ils me font passer un petit encart, nouvel artisan avec une petite photo. Ça, ça marche bien. J'ai des gens qui m'ont sorti le magazine deux ans après.
Ce n'est pas vous qui nous dites ce qu'on doit dire, on dit ce qu'on veut. Vous n'avez pas de droit de regard sur la vidéo. Par contre, on joue le jeu, on est réglo.
04 - Les chapitresAller directement au passage qui vous intéresse
- 0:00 Teaser
- 0:51 La liquidation et le retour à zéro
- 4:16 Le solaire et 15 pays en Afrique
- 14:15 La rencontre avec Carole
- 21:37 Atelier Jacquet : démarrer sans réseau
- 26:18 Premiers clients : vélo, flyers, bulletin municipal
- 34:09 La maison en ruine et le pari à dix ans
- 42:38 Lancement YouTube : le BTP n'existait pas en ligne
- 51:45 Premiers partenariats et communauté des Bichons
05 - L'invitéQui est Laurent Jacquet ?
Laurent Jacquet
LJVSEntreprise de plomberie, chauffage et salle de bain haut de gamme créée par Laurent Jacquet dans la Loire, qu'il a menée seul avant de l'arrêter pour se consacrer à YouTube. Aucun site officiel actif trouvé.
Chaîne YouTube lancée par Laurent Jacquet vers 2014-2015 pour partager ses chantiers, son outillage et son savoir-faire. Aucun site officiel trouvé : le lien pointe vers la chaîne YouTube.
Votre parcours mérite d'être raconté
BatiLégende reçoit des dirigeants du bâtiment au parcours singulier. Tournage en studio ou chez vous, gratuit, diffusé sur YouTube et les plateformes de podcast.
Proposer un dirigeant Tous les épisodes06 - FAQQuestions fréquentes sur l'épisode
Qu'a fait Laurent Jacquet après la faillite de sa première entreprise ?
Quel chiffre d'affaires faisait Atelier Jacquet ?
Comment Laurent Jacquet a-t-il trouvé ses premiers clients ?
Quand Laurent Jacquet a-t-il lancé sa chaîne YouTube LJVS ?
07 - TranscriptionLa transcription intégrale de l'épisode
Transcription automatique de la vidéo, découpée par chapitre. Les noms des intervenants et des entreprises ont été relus ; le reste peut comporter des erreurs de reconnaissance. Cliquez sur un horodatage pour lancer la vidéo à ce moment.
0:00 Teaser
0:00 Dans l'épisode précédent. J'ai une casquette d'artisan, une casquette de créateur de contenu, une casquette d'animateur, une casquette de vidéaste. Ma spécialité, c'est d'être généraliste. C'était lui qui t'a appris le bon boulot. Il était dur, j'en ai bavé. Il s'appelait comment ? Il s'appelait Bernard. Je l'ai autant aimé que détesté. Je m'en suis rendu compte un peu plus tard. Qu'il faisait ça pour moi, que... Moi, j'ai vu des caisses à outils traverser la carré, mais quand je te dis traverser, c'est pas une image. Toutes les boîtes que j'ai faits, j'ai toujours eu à blinde de taf. Mais ça me plaisait moins. Ouais, j'étais plus sur les chantiers.
0:29 Je passais mes journées à faire de la paperasse. Au même moment, je prends deux impayés. Coup sur coup. Quand je suis très gros, c'est des trucs à 100 000. Ou même si t'as pris un accompte à 30 000, 40 000, il reste 60 000 boules dehors, tu vois. Je lui ai dit, allez, on dépose, on arrête. J'avais plus le goût, j'avais plus l'envie, j'en avais. Je faisais des heures à mort. Ça m'a porté le coup fatal, donc j'ai dit j'arrête.
0:51 La liquidation et le retour à zéro
0:53 Donc là, j'arrête. On vend tout, on dégage. Je retourne avec mes deux filles dans la cabane derrière chez mes parents. T'avais bien fait de l'avoir construit. J'avais bien fait de l'avoir construit. Entre temps, il y a eu ma soeur qui était venue. Elle, elle était repartie, etc. Mais dur quand même. Bah dur, parce que là, tu passes, t'as ta baraque, t'as ta boîte, t'as tout. Et tout d'un coup, tu te retrouves entre parents et chez tes parents. Un accueilli quand même ? Alors, ils m'ont super bien accueilli, bien sûr. Après, moi, dans mon caractère, dans ma façon de faire, comme je t'ai dit, j'ai un peu d'étoque entre mon éducation, et entre l'environnement familial, j'ai pas trop un tempérament à chialer trop longtemps.
1:30 Donc ça m'a brassé. J'ai dû me faire un mois et demi à moitié de dépression. Je me disais que ça ne rime à rien. J'avais plus le goût à rien et tout. Et mes parents m'ont un peu foutu la paix parce qu'ils voyaient bien que c'était un peu la galère. Pendant un mois, un mois et demi. C'est rien, un mois et demi. Moi, j'allais chez le liquidateur, le mandataire. Il y a eu la vente aux enchères. Ça, ça t'écœure. T'as des trucs que t'as payé 10 000 balles. Allez, premier démarrage, 300 balles, 400, 500, 800. Allez, 900 balles. Non, mais c'est pas possible. Bref. Et là, je vais voir mes grands-parents, tout. Et je voyais comme s'ils s'étaient coordonnés un peu.
2:10 Alors que je ne pense pas. Mais ils commençaient tous à me redire un peu. Bon, ok, t'es tombé du vélo. Mais là, maintenant, il faut que tu remontes dessus et que tu bouges le cul. Jusqu'à un moment, au bout d'un mois et demi, deux mois, où mon père, il me dit. Oh, nous, on est là, on t'aide. C'est le rôle des parents. On sera toujours là. Mais ce n'est pas l'hôtel ici. Tu sais, un sentiment de déjà-vu, tu vois. Et il me dit, donc, c'est quoi la suite, là ? Tu fais quoi ? Tu fais pipi et puis tu te roules dedans tous les jours ? Tu sais, tu vas continuer de chier ou... Tu sais, tu te bouges le cul, tu sais. Parce que des gens comme toi, il y en a des milliers chaque jour, tu sais, que la vie, elle ne s'arrête pas.
2:50 L'univers s'en tape, tu vois. Et c'est vrai, tu sais. En fait, je me dis, ben ouais. Je me dis, ben ouais. Je me dis, là, ça fait un mois que je me glande. Enfin, que je me glande. Je récupère. Je me rappelle, je dormais des journées entières. Tu sais, comme quoi, tu sais, quand tu es artisan, tu ne te rends plus compte. Tu sais, tu accumules tellement de... Tu es vrai que c'est éreintant. Il y a des faits. Mais c'est impossible de... Si tu n'as pas vécu ça, tu ne peux pas te rendre compte. Ouais. Et je dormais, mais des journées entières. Ma mère, elle venait, mais à 17h, elle ouvrait les volets. Elle me disait, mais qu'est-ce que tu fous ? Et bon, je n'étais pas très bien.
3:21 Mais en fait, je t'ai... Tu sais, toute la pression est retombée d'un coup. Tu sais, je veux dire, je n'avais plus la boîte. Je n'avais plus de chéri. Je n'avais plus... Les filles, elles étaient là un coup sur deux, tu vois. Ta maison aussi. La maison, tout. Et je me suis retrouvé comme genre un ado à 18 ans, quoi. Et je me rappelle d'un truc, c'était la fatigue. Tu sais, la fatigue qui venait, qui s'emparait de moi. Et tu sais, comme si mon corps, il disait, écoute, mon coucou, là, ça fait 6-7 ans que tu ne débordes pas, tu sais. Là, maintenant... Et donc, je dormais. Je me rappelle. Ça, c'est vraiment un souvenir que j'ai. Après avoir arrêté la fatigue extrême, tu vois, qui s'emparait de moi.
4:04 Et puis, au bout d'un mois, un mois et demi, bon, bah, deux mois, allez, on va dire. Tout le monde me rebouge un peu le cul. Moi, je commençais à me dire, allez, c'est vrai, je vais repartir et tout. Et là, je me dis, bon, par contre, je ne me mets plus à mon compte pour l'instant. J'ai donné.
4:16 Le solaire et 15 pays en Afrique
4:16 Et j'avais envie de... Tu sais, je revenais célibataire, machin. Tu sais, je me suis dit, allez, maintenant, je vive l'aventure. Et je me rappelle, je fais des CV, tu sais, à l'ancienne, je refais des CV et tout. Et il y a une boîte à 10-15 bornes, je crois qu'elle n'existe plus, cette boîte, qui m'appelle et qui cherchait quelqu'un pour s'occuper d'un service, d'un département. Tu sais, dans une boîte, quand c'est des grosses boîtes, on appelle ça un département. Solaire, énergie, production d'énergie autonome. Donc, c'était une boîte, ils avaient trois départements. Ils avaient ce département qui vivotait, que je n'avais jamais développé. Ils avaient un département où ils faisaient du transformateur torique.
4:57 Tu sais, des espèces de trucs très spécifiques pour des machineries d'ascenseur, des trucs. Et ils avaient un département éclairage LED. Et ils me disent, bah tiens, on cherche quelqu'un. Donc moi, ça tombe bien. C'était les études que j'avais faites. Mon BP génie climatique spéciale. Et j'avais fait une spécialité solaire et tout. Puis c'est des choses qui m'intéressaient. Puis que j'avais 14 ans, j'en posais avec Bernard. Tu sais, les mecs à l'époque, ils nous prenaient pour des allumés. Tu sais, quand tu étais dans les années 80, 90, tu mettais des panneaux solaires. Tu avais tout le vidage qui disait, regardez les babos là-bas. Tu sais, non, mais c'est vrai.
5:27 Alors qu'aujourd'hui, c'est tout le monde. Alors qu'aujourd'hui, et déjà à l'époque, mon patron disait, mais ils sont cons. Ça fait 30 ans qu'ils en ont en Autriche et tout. Mais il était déjà vachement avant-gardiste, tu vois. Mais c'était un peu, tu sais. Donc moi, j'ai déjà une expérience. J'ai déjà fait des trucs. J'ai déjà fait du photovoltaïque et tout. Donc, je lui dis, bah OK. Par contre, je rentre dans cette boîte et je lui dis, mais moi, attention. Je lui dis, moi, je veux pas. Je dis, moi, je veux. Vous n'aurez pas de problème avec moi pour le boulot ou machin. Mais je dis, je veux pas, d'une, être un numéro à la con. Je dis, de deux, je veux pas passer ma journée à faire des tableaux Excel parce que ça va me prendre le chou.
6:01 Et je lui dis, je veux qu'on me foute la pète. Pas comme avec les syndicalistes. Ouais, non, mais après, moi, je t'ai dit, j'ai rien contre les syndicalistes. Je pense qu'il en faut parce que ça se trouve, il y a peut-être aussi des fois des mecs qui exagèrent. Enfin, mais là, je lui dis, je lui dis, moi, je veux que je veux avoir un peu carte blanche. Moi, j'étais chef d'entreprise. J'ai géré des gars, des trucs. Je veux pas. Alors, ton rapport concernant. Moi, ça, ça va m'emmerder. Et en fait, j'ai eu du bol, c'est qu'il avait une grosse boîte, mais c'était un mec qui était parti de rien et qui avait un tempérament comme ça, un peu à l'américaine.
6:37 Lui, à choisir entre un mec qui a coulé deux boîtes et un mec qui a toujours, il allait prendre le mec qui a coulé deux boîtes, tu vois, parce qu'il allait être capable de se dire, lui, il en a pris plein la gueule. Il y a des erreurs qu'il a fait, qu'il prend peut-être plus de risques que les autres, que ci, que ça. Tu vois, il avait vachement cette mentalité anglo-saxonne, ce truc. Et il me dit, bah, OK. Donc, on fait quand même un point. Il me dit, voilà, moi, j'aimerais, on est là. J'aimerais que tu développes un peu ça. Et je lui dis, écoute, moi, les deux premiers mois, je veux bosser en sous-marin. C'est-à-dire que j'existe pour personne.
7:09 Je veux pas que tu commences à dire à tes clients que je suis là. Parce que je veux le temps de connaître les gens, m'imprégner de la boîte, savoir un peu ce qu'il y a à proposer, le matériel, machin. Je bosse en sous-marin. Et là, je bosse, mec. Mais là, je bosse, mec. Tu es revenu dans le règle. Là, je suis revenu. Comme si c'était ma boîte, en fait. Je ne sais pas faire autrement. Donc, déjà, au bout de trois jours, tu sais, tout. Et puis, moi, boulot de bureau. Tu sais, les têtes à la clim, l'hiver, t'as le chauffage. T'arrives, t'es en jean, t'es bien habillé. T'es propre. T'es en chemise. Tu sais, je me disais, mais en fait, c'est pas du boulot.
7:43 Je me disais, mais c'est les vacances. Et au bout de deux jours, je vois les mecs, 16h30. Allez, à demain. Je me dis, 16h, tu sais, qu'est-ce qui se passe ? Moi, je te disais, je rentrais avec ma femme. Il était 20h45. Je me disais, j'ai encore un plan à faire. Et donc, moi, déjà, au bout de deux, trois jours, j'ai été le voir ce mec en lui disant, déjà, tu vas déjà me laisser les clés de la boîte parce que moi, je peux pas être efficace. Et puis, ça a été comme ça. Et puis, tout de suite, je suis arrivé à des solutions. Tout de suite, je suis arrivé. J'étais pas tout seul. Et je lui ai dit, je lui ai dit, écoute, on va déjà faire un centre de recherche et développement.
8:21 Donc, il m'a écouté. On a construit un centre de recherche et de développement. On a embauché des mecs. Après, on discute. Et puis, nous, on faisait que de la production d'énergie autonome. Donc, rien à voir avec les installs solaires qui sont sur les toits des barraques de l'OTIS et tout. Nous, on mettait l'électricité là où on n'avait pas. Donc, refuge de haute montagne, truc comme ça. Et au bout d'un moment, on discute. Je lui ai dit, les refuges, tu sais, on va vite avoir fait le tour. Quand on en aura fait 20, 30, je lui ai dit, il faudrait qu'on s'attaque à autre chose. Et il me dit, tu penses à quoi ? Je lui ai dit, moi, je pense à l'export.
8:51 Je pense à l'étranger. Il y a plein d'endroits dans le monde où... Et il me passe chef direct, responsable technique. Et puis, six mois après, je passe directeur technique. Et là, on s'attaque à l'export. Et là, je pars dans le monde entier. Je fais 15 pays. Je fais tout le Maghreb. Je fais toutes les îles. Je fais toute la... Enfin, pas toute, mais une bonne partie de l'Afrique de l'Ouest. Donc, Gabon, Cameroun, Guinée équatoriale, Bénin, Sénégal, tous ces trucs. Tu as fait ça pendant combien de temps ? Et j'ai fait ça pendant deux ans et demi. Tu as dû te régaler. Et là, j'ai kiffé parce que j'avais carte blanche. Je bossais, je ramenais du fric.
9:31 On a gagné du fric, crois-moi. J'ai fait faire des affaires. S'il me regarde, il va se dire, ouais, c'était quand même une bonne année. J'ai explosé le secteur du solaire, machin. Donc, je faisais tous les études. J'allais. Et après, moi, je suis un mec de terrain. Mais vous produisiez ou ça, ça vous semblait ? Donc, il y avait une usine. On faisait fabriquer des trucs. Alors, on bossait aussi avec la Chine et tout. On avait le directeur commercial qui partait, je crois. C'était à l'époque, Shenzhen, un truc comme ça. Enfin, il partait là-bas. On concevait des produits. Par contre, on les concevait en dimensionnel. On n'achetait pas du tout près.
10:02 Moi, je disais, je faisais les calculs. Je disais, je veux un onduleur comme ça, comme ça, avec le truc. Et on a fait des installs à 500 panneaux. 500 panneaux ? Ah ouais, on a fait des installs en pleine jungle. J'ai des photos. Le local technique, c'est un transformateur ODF, comme tu vois. Tu rentres, ça bourdonne. Il ne fallait pas faire les cons. Tu cramais sur place. Et donc, on faisait du solaire photovoltaïque et du microéolien. Et c'était extraordinaire. Parce qu'on arrivait dans des villages de Brousse, dans des trucs. Donc, on bossait avec les ministères énergie, les ministres de l'énergie africains, avec des ONG, avec des trucs. Et moi, j'étais dans les avions tout le temps, tout le temps.
10:38 Je partais un mois, mais j'étais célibataire. J'étais Indiana Jones. Mais je te jure, ça fait partie des, je le dis, ça fait partie des meilleures années de ma vie. Des meilleures années de ma vie, à tout point de vue. Et je ne regrette pas ce que j'ai là. J'ai une épouse parfaite. Mais en fait, c'est tombé au bon moment. Il te reste des petites photos de toi avec le chapeau à Ginger. Ah oui, j'ai encore le chapeau, j'ai tout. Je m'en filerai une quand même. Pas de problème. Je partais, mon pauvre, je partais, je prenais l'avion. À gauche, j'avais un mec, il avait comme dans les films, il avait une dent de croco. Je disais, putain, tu fais quoi toi ?
11:11 Moi, je suis dans le pétrole. Et toi, moi, je suis dans l'uranium. Et toi, moi, je suis dans les diamants. Et on partait. Et on arrivait là-bas, on prenait les 4x4 de brousse au coupe-coupe et tout. J'ai bouffé du serpent, du crocodile, du singe. C'était du délire. J'ai chopé le palu. J'ai fait crever. J'avais 5 vaccins dans chaque épaule. J'allais au Tonquin, là-bas. C'était vers Villeurbanne, là-bas, à Lyon. Centre des maladies tropicales, quoi. Et alors, la semaine dernière, on a fait où ? À la gauche ? Bah, cette fois, dans la droite. Et hop ! Et pas de petites machins. Le coup d'après, Ebola. Et machin. Et on partait. Et donc, 2 ans et demi, tu as...
11:55 2 ans et demi, Indiana Jones. J'ai fait des vols de brousse. Je peux le dire. Mais c'était nucléaire. Et là, ça, j'ai pas de photo. Je dois avoir une photo quand je suis, à un moment, dans un cockpit. J'ai fait des vols de brousse. De brousse dans des petits ULA. Ah, mais sur des... Non, non, dans des petits avions, comme tu vois dans l'autre. Tu sais, le film, l'autre qui livre la... Là, il est génial, ce film. Barry Seale, un truc comme ça. Enfin, tu regarderas avec Tom Cruise. Un mec, il prend des petits avions de brousse avec les cartels. Moi, j'ai fait des trucs comme ça. Et on était assis sur des caisses de poules. Il y avait des poules, des...
12:26 C'était plus un avion, c'était un bordel. Et le mec, il décollait sur la terre au milieu des arbres. Je disais, putain, on est mort. On est mort ! Et on... On est... Il décollait. J'étais comme ça. Putain ! Et tu passais. Indiana Jones, on passait au-dessus des trucs. Tu voyais les éléphants. Oh, putain ! Et on atterrissait. Il disait, on va atterrir là. Je regardais. Je disais, oh, t'es sûr, là ? Ouais, ouais, j'ai l'habitude. Et on atterrissait. Et là, il y avait 3 4 4 qui nous... Sur les pistes de terre. Tu voyais la forêt se rapprocher. Tu dis, putain, freine ! Et ça freinait. Et demi-tour, on montait dans les 4 4 de brousse. Et il disait, bah, il y a encore...
13:02 Je dis, il y a combien de kilomètres ? Il disait, bah, ici, c'est pas en kilomètres, c'est en heures. Ouais, il faut faire quelques... Ah, ouais, ouais. Et il y a encore 4 heures. Et on passait. On a des... Les bagnoles. Il y avait de l'eau jusqu'aux fenêtres. Tu sais, les 4 4 et tout, les trucs. C'était extraordinaire. Et là, j'ai vécu des trucs. J'ai fait la Guadeloupe. J'ai fait les... Les trucs. C'était extraordinaire. Enfin, plein d'îles. T'es parti... Bon, j'imagine que dans des endroits où il y a du soleil pour... Parce que... Ah, bah, il y avait du soleil. Mais surtout, c'était tous des endroits très isolés. Vu qu'il n'y avait pas de jus, quoi.
13:32 Il n'y avait pas de jus. C'était pour de la production. C'était de la production autonome. Donc, les clients, c'était des villages ou des... Ouais, les clients. Il y avait des villages. Il y avait des ONG. Il y avait... Je te dis, ils ont bossé beaucoup avec les ministères de l'énergie. Tu sais, ils faisaient des levées de fonds, des trucs. Puis après, des appels d'offres, des trucs. Et puis, bah, nous... Tu sais, mon patron, il y avait des congrès France-Afrique. Tu sais, des trucs où tu sais, t'as beaucoup d'échanges commerciaux. C'est vachement bien, ces trucs. Et puis, vu que les Français, là-bas, on a quand même une bonne réputation, un truc.
13:57 Bah, nous, on s'était mis dedans. Et donc, on prenait des contacts. Puis après, on y retournait. Et puis... Ces pays sont francophones. Ouais, il y avait plein de pays francophones comme ça. Et puis, moi, j'avais dit... J'avais dit, mais il faut qu'on les forme. Donc, j'allais là-bas. Je les formais. Je récupérais les conteneurs. Et pourquoi t'arrêtes, alors, au bout de deux ans et demi ? Au bout de deux ans et demi, j'arrête pour...
14:15 La rencontre avec Carole
14:15 Allez, on va dire trois raisons. Première raison, la plus importante. Je rencontre Carole. Je rencontre mon épouse d'aujourd'hui. Qui était dans la Loire. Et moi, j'étais dans l'Ain. Donc, je commençais à dire, bon, je vais peut-être déménager. Tu sais, j'en sais rien. Bon, on fricote un peu. Je rencontre Carole. Et deuxième raison, sur... Moi, je commençais en... J'ai adoré. C'était vraiment... Je te dis, ça fait partie des meilleures années de ma vie. Je suis sûr que ça, ça fait partie sur mon lit de mort. Je vais m'en rappeler, tu vois. Mais, tu vois, des fois, tu sais, j'avais mes filles. Parce que des fois, je partais un mois et demi, deux mois.
14:48 Et puis, quand j'étais au Gabon, on me disait, putain, Lolo, je vais rentrer. Ouais, mais non, putain, avant, il faut que tu passes au Maroc, machin. Donc, je partais au Maroc. Je dormais. C'était fourchette et sac à dos. Je dormais sur mon sac à dos North Face dans l'aéroport. Comme des fois, tu vois les mecs, tu passes, tu te dis, qu'est-ce qu'il se passe ? Ils ont loupé une correspondance. Je dormais la tronche au milieu des sièges dans les aéroports. Je partais au Maroc. Après, il faudra aller voir au Bénin, un truc. Et au bout d'un moment, je commençais à me dire, bon, tu sais, ça m'amusait un peu moins. Ça commençait à me dire… Ça devient trop redondant.
15:26 Ouais, voilà. Ah ben, moi, je prenais… J'en sais rien, je prenais 50, 100 fois l'avion par an. C'était… Ah ouais. Donc, c'était… Et donc, au bout d'un moment, je commençais à me dire… Et puis, c'est pareil, il y avait beaucoup de choses, des fois, de dernière minute. On attendait le conteneur. Ah ben, mon patron, il m'appelait samedi matin. On ne bossait pas, il m'appelait samedi matin. Ouais, loulou, putain, il y a le conteneur qui vient d'arriver. Il est bloqué, machin, patati. Il faudrait qu'il soit lundi matin. Je dis, mais lundi matin, de quelle semaine ? Ben, hélas, lundi matin. Putain, mec. Non, tu vas le démontrer à la douane. Et je partais…
16:00 Je partais dimanche. Donc, je le tente juste de faire mon sac. Et on bossait avec une agence un peu… Tu sais, qui fait des trucs comme ça. Donc, ils nous trouvaient des billets. Et je partais le dimanche au Gabon pour être lundi à dédouaner à coup de piston. Parce que, tu sais, ça ne se dédouane pas autrement. Tu sais, c'est la fric. Et moi, j'ai une page dans le passeport. Donc, à la fin, je me disais, bon, l'aventure, il y en a de jeunes, c'est marrant. Mais tu sais, ça a commencé un peu à me prendre la tête. Et surtout, à la fin, le dernier truc qu'on a fait, je me rappellerai, c'était… On avait eu une demande au Bénin. Et c'était pour se rendre à la frontière nigérienne.
16:35 Et en fait, c'était un guet-apens. C'est-à-dire qu'on bossait avec… La BOD, dans certains pays, on bossait avec des fixeurs. En fait, c'est les mêmes gens, tu sais, qui aident un peu les journalistes et tout. C'est-à-dire, c'est des gens qui connaissent les contacts, qui connaissent le territoire. C'est des facilitateurs. Tu vois, si tu veux, c'est comme si demain, il y a un Africain ou un Brésilien ou n'importe qui qui me demande, moi, de lui faciliter tous les contacts qu'il a en France, de prendre tous les rendez-vous, de lui trouver les hôtels, de faciliter les rendez-vous, d'organiser les trucs. C'est les locaux qui sont en place, quoi. Oui, voilà, ça s'appelle un fixeur.
17:12 C'est un métier, il y en a plein. Toutes les télévisions du monde, les agences de presse, les photographes bossent avec des fixeurs. Tu imagines bien que c'est pas quand il y a en ce moment le conflit en Iran, t'as pas Dédé qui part avec son appareil photo comme ça. Là-bas, il y a des mecs qui connaissent le terrain, qui savent où faut aller, où faut pas aller, les contacts, les trucs qui les attendent, qui les aident, etc. Et nous, on avait reçu une espèce de message d'un gouvernement, du truc. Et moi, je pars, je crois que j'étais au Gabon, donc je fais faire un visa pour aller au Bénin. Visa qui devait prendre un mois, donc je donne un billet, ça dure trois heures.
17:47 J'ai mon visa, je pars au Bénin et tout. Et le mec avec qui je bosse d'habitude, il est pas là, il me rejoint. Et j'en parle un peu à ce gars qui nous aidait là-bas. Et il me dit, putain, c'est bizarre. D'habitude, le gouvernement, quand ils font des trucs, ils testent pas comme ça, les demandent et tout. Et ils se renseignent un peu, ils regardent. Et je lui dis, mais putain, je suis emmerdé, parce que moi, le rendez-vous, c'est dans deux jours. Et il y a un jour et demi de 4x4, tu sais. Donc, je lui dis, bon, écoute, on commence à partir et tout. On commence à partir, ils se renseignent. Ils nous appellent au milieu sur la route en disant, bon, les gars, vous faites demi-tour direct.
18:21 Parce que c'est un faux. C'est un faux, c'est un truc, je sais pas où c'est que vous allez tomber, mais ça va pas être pour faire des affaires, quoi. Donc, moi, je me voyais déjà, tu sais, à la télé, Laurent Jacquet, 300 jours, on pense à lui, tu sais. Et en fait, on est rentrés, on a été rapatriés, etc. Tu vois, ça puait, c'était un truc qui puait, quoi. Et puis, ça commençait à... Il y a des endroits, même si l'Afrique est très belle et que j'adore, mais il y a plein d'endroits qui commencent à craindre. Tu vois, moi, au début, on a été un peu au Mali et tout. À la fin de Mali, tu n'y allais plus, tu vois. Tu ne pouvais plus foutre les pieds.
18:54 Il y a plein d'endroits où... Ou, tu sais, autant, moi, il y a des endroits extraordinaires où j'ai des contacts, encore des gens, tu vois, où de temps en temps, ouais, qu'est-ce que tu deviens, tu vois. J'ai un collègue qui m'a envoyé une photo de sa fille. J'ai une photo avec elle, elle est grande comme ça. Bah, maintenant, tu vois, on reste en contact. J'ai vécu des moments fabuleux. Autant, il y a des endroits, ça commençait à craindre. Tu sais, tu sentais que moi, j'y allais pour bosser, pour l'aventure, mais je n'y allais pas pour mettre ma vie en danger, tu sais. Bien sûr. Et il y a des endroits où je partais, je me disais, oh, putain, là, on va dans des...
19:25 Tu sais, des fois, tu passais au bord de la route, tu as des... C'est vrai, hein, tu as des gamins qui ont des armes dans les mains. Vous avez vu des enfants soldats ? Ah ouais, j'ai tout vu. Moi, j'ai vu, tu as vu des gamins qui ont des armes dans les mains, des mecs qui te regardent, sont à deux mètres de toi, tu sais. Et tu ne sais pas trop ce qui va se passer. Tu sais, tu es en groupe, machin, mais tu as un ou deux mecs, peut-être pas à deux mètres, mais à cinq, six mètres, qui ont des machettes, les coupe-coupe, qui sont... Peut-être qu'ils travaillaient peut-être juste, mais du coup, tu te dis, putain, c'est un truc qui part en couche, je vais me prendre un coup de coupe-coupe dans le dos, tu sais, ça va puer la merde.
19:55 Puis là-bas, tu pars en crocodile, plus personne ne t'envoie, quoi. Donc, à ce moment-là, je rentre, et là, je dis à mon boss direct, je lui dis, écoute, stop, fini. Il me dit, comment ça ? Je lui dis, là, j'arrête. Ah bon ? Mais je lui dis, ouais, ouais, là, j'arrête. Je lui dis, là, ça ne me fait plus rire, maintenant, j'ai trouvé une chérie. Je lui ai dit, je pense que ça m'a fait du bien pendant deux ans, et je lui ai fait gagner des millions. Je lui ai dit, t'as gagné ta vie, moi, c'était une aventure extraordinaire, machin. Maintenant, j'ai envie de passer du temps avec mes gamines. J'ai rencontré quelqu'un qui a l'air bien. C'était marrant, mais maintenant, ça ne me dit plus rien.
20:29 Donc, j'arrête. Donc, j'arrête, prêt à vie, machin, j'arrête. Et là, je retourne chez mes parents. Enfin, je retourne, machin. Et là, mon père, avant qu'il me demande, je lui ai dit, bon, je déménage. Je lui ai dit, je déménage, je vais rejoindre Carole. Et Carole, elle venait de changer de boîte et tout. Et en fait, c'est pour ça que je t'ai dit, les gens ne se rendent pas compte, mais toute notre vie, nous, on a pris des risques, toute notre vie, on a gagné de l'argent, mais on est reparti de zéro plein de fois. Et quand j'étais de zéro, moi, je pars de là-bas, je n'avais pas un rond. Tu pars d'où ? De la boîte de photovoltaïque, là ? Ouais, donc je pars de cette boîte et je pars chez mes parents, je n'avais pas de rond.
21:07 J'avais deux, trois dettes de mon ancienne boîte, deux, trois trucs, des dettes d'Ursaf. Donc, j'ai tout payé, j'ai tout... Mais je n'avais pas de rond, si tu veux. On n'avait pas d'argent, tu sais. On n'avait pas d'argent. Carole, elle, elle n'avait pas d'argent. Donc, on se retrouve à deux. Elle avait posé une candidature. Elle a eu un an et demi de délai. Toi, tu es revenu chez tes parents, du coup ? Donc là, quand je finis, moi, j'étais chez mes parents, je démissionne de là-bas et dans le mois qui suit la démission, je déménage ici, dans la Loire.
21:37 Atelier Jacquet : démarrer sans réseau
21:38 Je rejoins Carole. Mais... Et on s'installe ensemble, si tu veux. Ça faisait six, huit mois que... Voilà. Mais on n'avait pas un rond. Mais quand je dis pas un rond, on n'avait pas une thune. Donc, Carole, on habitait dans la bâtire et logée. C'est un petit logement social. Et tout de suite, on arrive. Il y avait un bout de terrain grand comme l'atelier. Au bout de 15 jours, je dis à Carole, écoute, là, c'est... Moi, c'est... Il faut vite qu'on trouve des solutions parce que, tu sais, je vais péter les plombs. Et puis, pareil, t'entends les voisins qui s'engueulent. T'as l'autre qui a un chien. Elle part toute la journée. Du coup, le chien, il gueule toute la journée.
22:14 Tu sais, en fait, je suis pas câblé pour ça, moi. Tu sais, moi, je... Donc, je comprends les problèmes de tout le monde. Je comprends tout ça, mais... Et je lui dis, moi, nous... Et puis, je lui dis, je lui dis, c'est aussi à ça que ça sert un logement social. C'est à aider les gens qui en ont besoin. Donc, je lui dis, nous, dès qu'on en a plus de temps, on se barre. 15 jours, 3 semaines après, 1 mois après, je lui dis, écoute, je m'en mets à mon compte. Ah ouais, grosse décision. Ouais, tout de suite, elle me dit, ouais, pas de problème. Moi, de toute façon, je te suis et tout. Elle, elle change de boîte. Elle tombe sur un super job. Donc, elle, elle boche chez un constructeur de maison individuelle.
22:46 Carole, c'est une grosse bosseuse. Pareil, 6 mois après, elle est chef. Machin, elle ne regarde pas les heures. Elle va faire signer des barraques le samedi, le dimanche. Chef, terminé. Donc, elle commence à ramener un bon salaire. Ça nous aide et tout. Moi, je démarre ma boîte dans la Loire. Je démarre ma boîte dans la Loire. J'ai de l'expérience. J'ai du savoir-faire. Je ne connais personne. Donc, gros fail. Elle s'appelle comment, cette boîte ? Cette boîte, elle s'appelle Atelier Jacquet. Donc, pareil. Moi, je vais voir les partenaires. Enfin, les fournisseurs, les grossistes. Je vais ouvrir les comptes et tout. Ouais, mais des plombiers, il y en a déjà 50.
23:20 Encore un de plus, machin. Les mecs, tu vois, un peu comme je suis accueilli, tu sais. La Loire, c'est super bien. Aujourd'hui, tu vois, je ne retournerai pas dans l'un. Je suis mieux dans la Loire. Mais la Loire, quand tu arrives au début, c'est un peu bourru. Après, quand tu t'habitues, tu sais comment ça marche, je te dis, bon, OK, c'est cool. Mais moi, j'arrivais de l'un, tu sais. Je te dis, un vrai petit bisounours. Ouais, mais machin. Alors, tu mets quoi comme chaudière ? Je dis, moi, je ne mets que de la frisquet, de la vismane. Ouais, mais tu es fou. Tu ne vas jamais vendre ça. Ici, il n'y a pas de sous. Gna, gna, c'est Saint-Etienne. Je dis, bon, OK, on verra.
23:49 Et après, tu fais quoi d'autre ? Je dis, après, moi, je fais de la salle de bain clé en main. Mais je dis, je fais plutôt des trucs haut de gamme. Ouais, mais c'est pareil. Tu es fou. Ça ne marchera jamais. Je rentre un peu dégoûté. J'ouvre quand même mes comptes. Je me dis, putain, c'est bizarre. Même les grossistes, tu sais. Dans ma tête, je me dis, le mec, il est quand même un peu niais. Parce que ça veut dire que demain, je vais lui acheter une chaudière à 5 000. Il va m'en conseiller une à 1 000, tu sais. Déjà, dans ma tête, moi, si je suis le patron, je dis, toi, il faut que tu retournes en formation direct. Parce que... Enfin, bref. Et tu sais, ça m'agace un peu, tout ça.
24:16 Et je me dis, je vais faire comme j'ai fait toute ma vie. C'est-à-dire, je vais faire comme je veux. Je vais suivre mes trucs et terminer. Et donc, je fais cette boîte. Et je galère parce que je veux bien bosser tout. Mais j'ai pas de boulot. Mais non pas parce qu'on veut pas m'en donner. Mais parce que je suis pas connu. Personne me connaît. Je démarre. Et d'ailleurs, vas-y, raconte. Comment t'as fait pour trouver tes premiers clients ? Premier client, j'ai fait à l'ancienne. C'est-à-dire que déjà, je me suis rappelé que ma première boîte, j'avais fait faire un site internet qui m'avait coûté une blinde. Et qu'à chaque fois que je voulais changer une photo, ça prenait 15 jours.
24:43 Et que je me faisais chier. Donc là, déjà, j'ai acheté le style CSS pour les nuls. WordPress pour les nuls. Le machin. Vu que j'avais du temps, j'ai fait mon propre site. Donc du coup, t'avais une petite appétence digitale avant ? Ouais, ouais, ouais. Ah bah moi, de toute façon, j'ai toujours, même depuis que je suis gamin, à faire de la photo, de la vidéo, du truc. J'ai toujours aimé ça. Après, je suis pas un geek. Attention. Moi, il y a des trucs sur l'ordi. Dès que ça devient compliqué, j'ai envie de tout y foutre par la fenêtre. C'est sûr quand même que je fais du montage. Ouais, mais parce que j'ai appris. Mais tout le monde est capable de tout.
25:11 Tu sais, je sais plus qui c'est qui disait ça. Avec de l'attention et du temps, tu fais tout. Donc si t'as un peu de temps, tu consacres du temps et tu le fais avec amour et plaisir, t'y arrives. Voilà. Après, la différence entre un mec qui commence et un pro, c'est quoi ? Le temps. C'est juste le nombre d'heures qu'il y a consacré. Voilà. Mais n'importe qui, demain, moi, je me dis, je vais devenir informaticien. Pianiste. Ouais. Là, ça a demandé du boulot quand même. Mais donc, si tu veux, elle, elle bosse, elle gagne sa vie. Et moi, je fais mon site internet. Dès que j'ai fini de faire mon site internet, je fais imprimer des jolis flyers. Et je pars avec mon vélo.
25:49 Parce que j'ai pas un rond. Je me rappelle, il y a un mois de février, je crois que j'avais facturé 64 euros. T'as qu'à voir. Donc, si tu veux, les payes. Carole, à la fin du mois, elle me disait, tu peux te prendre une paye ? Moi, je dis, peut-être 300 balles. Je t'ai dit, on avait pas un rond. Et bon, on y arrive. On se démerde. On bouffe des pattes. On fait comme tout le monde. Moi, je prends un peu tous les jobs. Et puis voilà. Et puis donc, je vais distribuer. Je prends mon vélo le matin. Et je vais distribuer des trucs dans les boîtes aux lettres.
26:18 Premiers clients : vélo, flyers, bulletin municipal
26:19 Donc, je me fais gueuler dessus. Parce que, tu sais, t'as la mamie qui se met... Ah, c'est marqué sur la publicité. Pas de publicité. C'est marqué sur la boîte aux lettres. Pas de pub. Je dis, mais c'est pas de la pub. Je suis le nouveau plombier. Je me barrais. Les autres, t'as le chien qui est derrière. Il t'arrache à moitié le bras. Je dis, putain. Tu as le premier. Voilà. Et je fais ça. Je me démerde pour avoir du boulot. À l'ancienne, je contacte le... Je compte ça. C'est une bonne astuce. Je contacte le petit journal local. Tu sais, dans toutes les communes, t'as un petit bulletin d'information. Le journal de la ville. Voilà, c'est ça. Donc, ils me font passer un petit encart.
26:56 Nouvel artisan avec une petite photo. Un petit truc. Ça, ça marche bien. Ça, qui est cartonné. J'ai des gens qui m'ont sorti le magazine deux ans après. Ah ouais ? Ouais. Ah, on vous appelle parce que vous étiez passé dans le bulletin. Je dis, mais il y a deux ans. Ah, mais on les garde tous. Mais en vrai, je pense même à ma petite mémé. Ah ouais. Aujourd'hui, elle le regarde, ce truc. Ah, mais c'est sûr. Mais tout le monde, tout le monde. Nous, on le reçoit, on le regarde. Bon, astuce à tous ceux qui... Ah ouais. Ça, c'est une bonne astuce. Et puis, un jour, t'as un gars qui te fait bosser. Et puis, ce mec, il te fait confiance. Il voit que tu bosses bien, que t'es à l'heure, que t'es poli, que t'es bien élevé, que t'es réglo, que t'es honnête, que tu lui mets du bon boulot, que...
27:31 Et puis, il est content. Et puis, ce mec, j'en sais rien, il est au club de je sais pas quoi. Alors, il en parle au club. Ah, putain, j'ai fait bosser le nouveau plombier. Ah, ça m'intéresse, dis donc, parce que j'aurais peut-être ma chaudière. Il est comment ? Ah, il est super. Ah, super. Putain, moi, j'ai été bien content. Ah bah tiens, je l'appellerai. Et puis, t'en as un autre qui t'appelle. Et puis, t'en as un autre. Et puis, je me rappelle, on avait un pote qui avait une grosse boîte aussi. Une grosse usine. Et il me dit, ah, en ce moment, je peux pas trop de plomberie, mais j'ai mon paysagiste qui s'est mis à la retraite. J'ai dit, bah moi, je viens, je t'ai ton tapou.
28:03 Il n'y a pas besoin d'être ingénieur. Je me prétends pas. Tu sais, je lui ai dit, je lui ai dit, attention, ça va pas être vers ça. Il me dit, ah, moi, je m'en fous, je veux juste que je sois propre. Donc, j'y ai été au début, j'avais pas de boulot, tondre sa pelouse, tondre la pelouse de sa boîte, taillé un peu les arbres, lui planter une petite haie. Et puis, un coup, il vient me voir, il me dit, ah, mais putain, t'es plombé, toi. Je lui dis, bah oui, parce que je lui dis, là, ça m'amuse 5 minutes, ton truc. Mais il me dit, mais moi, j'ai tous mes vestiaires à refaire, là, maintenant. Viens me dire ce que t'en penses. Il m'a refait faire toute sa boîte.
28:29 Et après, du filant, allô, je vous appelle. Puis, tu sais, lui, tu sais, après, ils sont entre patrons. Et donc, après, tu sais, les mecs, ils jouent au golf ensemble, ils sont aux Rotaris, ils sont aux BNIs, ils sont... Et puis, ah, je vous appelle, machin. Et puis, tu fais la baraque. Puis après, tout d'un coup, t'as le fils. Ah bah tiens, dis donc, vous avez refait la salle de bain de mon père. Je suis en train de faire construire. Maintenant, vous êtes le plombé de la famille. Venez. Et je me suis retrouvé, première année, j'ai fait 65 000, je crois, de chiffre d'affaires. OK. 65 000. Donc, autant dire de la merde. Ouais. Rien. Tu te sors pas de salaire.
29:04 Voilà. Deuxième année, j'ai fait 150 000. Tout seul. Troisième année, j'ai fait 230 000. Tout seul. Toutes les chaudières que j'ai changées, c'était soit de la frisquette, soit de la vismane. J'ai jamais rien mis d'autre. Comme quoi, tu vois, toutes les salles de bain que je faisais, c'était des salles de bain clés en main, haut de gamme. Le ticket d'entrée, c'était 13 000 balles. Jusqu'à 50 000. Ah ouais. 50 000, c'est de la belle salle de bain. Ouais. C'est de la belle prestation. C'est des robinets à 3 000 balles. Mais il y a des clientèles pour ça. Il y a des clients pour tout. Sauf que je prenais le temps d'expliquer. J'expliquais mon parcours.
29:39 J'arrivais avec un devis relié, avec des plans 3D. J'avais un devis qui faisait... C'est un livre. Tu faisais des plans en 3D ? Je faisais tous des plans en 3D. J'utilisais SketchUp. J'amenais des échantillons. J'accompagnais mes clients en salle d'expo. Au début, parce qu'après, je me suis mis à faire mes meubles. J'ai amené un service d'enfoiré. La présentation des devis. Parce que tu sais que je vends un logiciel de devis facture. Ouais. Ça peut m'intéresser, ça, d'ailleurs. On en a déjà parlé. On en reparlera avec grand plaisir. Mais c'est vrai que c'est sous-estimé, en fait. Le fait de juste balancer un devis à un client. Ah ouais. Tu vois, juste le papier avec le prix.
30:15 Ou une petite présentation où tu expliques ce que tu as fait. Les services que tu proposes. Les avantages de travailler avec moi. Moi, je vais te dire, j'avais une règle d'or. Dès que ça dépassait 2000 euros, j'amenais le devis. Ça ne paraît rien, 2000 balles. Mais dès que ça dépassait 2000 euros, j'amenais le devis. Et c'était à chaque fois un devis relié, avec de la documentation dedans, etc. Je vais te dire un autre truc. Et ce que je te dis encore une fois, tout ce que je te dis là, je suis très content de faire ce podcast avec toi. Et c'est vraiment sans prétention. Neuf fois et demi sur dix, j'étais plus cher que tout le monde. Eh bien, j'en signais huit sur dix.
30:54 Au bout de trois ans d'activité, j'avais plus d'un an de travail. Quand je te dis un an de travail, tu peux demander à Carole. Les gars, ils m'appelaient. Ah, M. Jacques, on était en mars. On a notre salle de bain à refaire. Je disais, ben, je viendrai peut-être en septembre. Oh, ben, septembre, ça nous irait bien. Non, mais septembre pour faire le devis. Ah bon ? Je dis, ah oui, oui, parce que si on fait affaire, ce sera mars l'année prochaine. Mais je leur expliquais. Je leur disais, mais votre salle de bain, oh, ben, dis donc, ça fait long. Ouais, mais votre salle de bain, elle a combien de temps ? 20 ans. Je lui dis, la prochaine qu'on va faire, elle va durer 20-25 ans.
31:25 Je lui dis, vous n'êtes pas à six mois près. Ah, vous avez raison. Puis, on a entendu des bons échos de vous. Tu sais, moi, j'avais toutes les super notes Google. Je demandais à mes clients de faire un... J'avais des lettres manuscrites et tout. C'était sur mon site internet, un livre d'or. Nous avons fait intervenir monsieur... Ah ouais, ouais, j'avais des super... J'avais tout mis en place. Mon camion, nickel. Les fringues, nickel. Le matos, nickel. Je n'ai jamais rien tiré sur la cam, tout. J'avais une répute d'enfoiré. Et puis, je disais, je viens, je viens. Je mettais... On était en septembre. Je disais, je serai chez vous le 6 avril. Et bah...
32:00 Des fois, on se rappelait le 5. Vous vous rappelez, je viens demain. Ah bah oui, dis donc. On pensait que vous aviez oublié. Non, non, je viens demain. Et c'était marqué dans... J'avais des conditions générales. Alors, c'était marqué... Sauf... Intervention urgente. Parce que moi, je bossais avec des... Avec un peu des communes, des collectivités, des maisons de retraite. Je lui disais, moi, je suis chez vous du premier jour au dernier jour. Je ne lâche pas le chantier. Je reste chez vous. J'arrive, je pars, c'est fini. Ah, tu ne prends pas plusieurs chantiers en ville. Jamais. Jamais, jamais, jamais. D'ailleurs, j'ai 2-3 conseils à donner aux artisans.
32:33 Si tu as envie, à un moment, je pourrais leur en parler. Et ça, ça en fait partie. Mais jamais. Par contre, je leur disais, demain, j'ai un resto qui m'appelle. Il a 10 centimètres d'eau dans la cuivre. Je vais y aller. Je vais y aller le dépanner. Et donc, pour ça, j'avais mis en place un truc. C'est-à-dire que j'avais investi dans une petite remorque. Et cette petite remorque, je l'avais aménagée. C'est-à-dire que j'avais une petite douche. Un truc... C'était à la con. Une petite douche, un point d'eau et un WC chimique. Tu sais, comme les toilettes de camping-car et tout. Et j'arrivais chez mes clients. Et en fait, je ne les laissais jamais dans la...
33:06 Quand ils n'avaient pas de salle de bain ou machin. Ça veut dire qu'ils n'étaient jamais en galère. Jamais en galère. Parce qu'il y en a à qui ça faisait peur. Ils disaient, non, mais on va rester combien de temps ? Parce que se laver les aisselles à l'évier, c'est chiant. Sous les... C'est grave chiant. C'est grave chiant. Et parce que s'ils... Parce que moi, ça a duré trois semaines. Tu sais, tu casses tout, tu refais tout. Ouais. Et je leur disais, il y en a pour trois semaines à moi. Ouh là là, mais trois... Parce que tu sais, des fois, tu as le WC dans la salle de bain, tu éclates tout. Et pareil, tout le monde me prenait pour un fou. J'arrivais chez les fournisseurs.
33:40 Ce que j'avais investi là-dedans, ça fait que quand j'attaquais un chantier, les clients étaient transparents. Ils avaient quand même une douche, quand même un chiote, quand même... Donc... Par exemple, le point d'eau, tu faisais comment pour... Ah bah, j'avais que un tuyau d'arrosage, des flexibles, des trucs. J'y raccordais à l'arrache, mais ils avaient de l'eau. J'avais un petit chauffe-eau et tout. J'avais acheté un petit diable. Tu sais, les diables, les trucs... Je crois que c'était un truc virax, tu sais, les lèvres chauffe-eau et tout. Donc j'en avais acheté deux. Il y en avait un, je m'en servais de lèvres chauffe-eau. Et dessus l'autre, j'avais soudé un chauffe-eau.
34:09 La maison en ruine et le pari à dix ans
34:11 Je crois que c'était un 75 litres. Et j'avais acheté aussi des radiateurs électriques. Et ça fait que quand les clients m'appelaient... Parce que moi, je voulais du service et je voulais que les clients comprennent que oui, j'étais plus cher, mais moi, tous mes clients que j'avais, même je les revois maintenant, je n'ai pas besoin de me cacher derrière un pot de fleurs. T'inquiète pas. Je suis en paix avec tout le monde. Et les mecs, des fois, ils m'appelaient. Oh, dis donc, monsieur Jacquet, on n'a plus de chauffage. On est emmerdé, on n'a plus de chauffage. Je dis, mais vous avez de l'eau chaude. Bah non plus, c'est la chaudière qui fait tout.
34:40 On est dans la... Vendredi soir ou samedi soir, dans ta tête, tu commences déjà à dire... Là, j'y allais, je disais, j'arrive. Je te vois venir. J'arrivais avec mon chauffe-eau. Je débranchais. Incroyable. Comme ça, tu n'avais pas besoin de tout dépanner. Voilà. Tu n'étais pas en galère. Et les gens me disaient, oh là là. J'ai dit, mais là, vous laissez chauffer. Dans trois heures, vous avez de l'eau chaude. Oh, bah merci, merci, merci. Et je lui disais, pour les radiateurs, je vous amène cinq radiateurs électriques. Ça va consommer un peu le temps qu'on change le truc, mais... Et comme ça, vous aurez chaud aussi. Oh là. Mais là, je te jure, tu amènes le devis.
35:14 Ce n'est pas huit fois sur dix. Ça passe, c'est dix fois sur dix. Mais par contre, faites réglo. Je leur amenais le devis et ce n'est pas pour ça que je les appuyais. Mais ils disaient, c'est bon, monsieur Jacquet. Et parce que je leur disais, je leur disais, écoutez, moi, je vous amène ça, mais je suis en train de finir une salle de bain. Non, mais l'incroyable, cette astuce, que tu ne restes pas bloqué quand tu es tout seul. Tu dépannes le client et toi, tu n'es plus en stress. Oui, tu n'es plus en stress. Même toi, tu ne te dis pas, putain, quand c'est que je vais y aller, quand c'est que machin, je suis en plein dans une salle de bain, j'ai démonté la cuisine de gens, je ne peux pas tout lâcher pour changer une chaudière.
35:50 Là, tu n'en as plein à foutre. Hyper smart, le ballon soudé sur le diable. Trop, trop bien. Trop, trop bien. Et je te jure, le nombre de collègues à moi, et ce n'est pas méchant, je ne leur en veux pas, mais tu sais, qui m'ont pris, qui me disaient, ouais, ben, Vendu, je dis, ouais, mais moi, tu vois, regarde, ça fait trois ans que je suis à mon compte et j'ai du boulot jusqu'à, on est en mars, j'ai du boulot jusqu'en mars l'année prochaine. Là, trois ans tout seul, tu n'avais pas d'apprenti. J'ai eu un apprenti à la fin qui était pas trop mal, qui était gentil. Qui était gentil, qui était, mais qui ne c'était pas son truc. D'ailleurs, je sais qu'à la fin, il n'a pas fini là-dedans, il a changé de voie.
36:25 Ouais, il a changé de voie, je ne sais même pas s'il n'est même pas parti dans l'armée. Et attends, et si je ne dis pas de bêtises, Atelier Jacquet, si on fait la transition, c'est la boîte avec laquelle tu as lancé ta chaîne YouTube. Ouais, parce que donc, à ce moment-là, il se passe plusieurs choses. Ma boîte commence à tourner, je commence à gagner de la thune, Carole gagne de la thune. Tout de suite, nous, qu'est-ce qu'on se dit ? On va libérer le bâtir et loger pour deux raisons. Et deuxième raison, parce que nous, quand on en a eu besoin, on était bien contents de l'avoir. Et on savait très bien qu'il y avait des mamans toutes seules, des gens qui pouvaient en avoir besoin aussi.
37:03 Donc nous, on ne voulait pas faire les profiteurs. Donc avec Carole, on se dit qu'on va se trouver une baraque. Ici. Ici. Et on trouve cette baraque à 800 mètres d'où on habitait. On rentre dedans, on la visite. Une ruine. Celle-là, c'est une ruine ? Une ruine. Mais comme, tu n'imagines pas. Là, il n'y avait rien. Là, il n'y avait pas d'atelier. Il n'y avait rien. Tout ça, c'est tout nous qui avons construit. Il y avait un champ en friche. C'était une maison secondaire de manufacturiers. Tu sais, avant, les mecs à Saint-Thé, ils avaient leur grosse boîte. Ils venaient passer le week-end ici. Oh, on va aller au bord de l'eau. Je suis rentré dans la maison par terre.
37:41 C'était de la terre. On voyait le ciel. Il y a trois niveaux. Donc les planchers morts. Les trucs, il n'y avait quasiment pas d'eau. Un point d'eau avec une cuve, une citerne, une pompe de puits. Il devait y avoir cinq prises électriques. Quasiment pas d'égout. Rien. Tu n'avais pas dû l'acheter très cher, du coup ? On l'a payé quand même 175. Mais on a 1500 m² de terrain, etc. Et ce n'est pas très cher. Et toi, tu te voyais bien la réunion. Mais par contre, on voit tout de suite le potentiel. Et on voit tout de suite le potentiel à tel point qu'on l'a visité à 10h et on signe à 11h30. Ah ouais, décision. Mais par contre, la visite, on l'a fait en 30 minutes.
38:20 Carole, son métier, c'était de vendre des baraques, faire des baraques. Elle savait, elle s'est projetée. On n'a pas eu besoin de... Moi, mon métier, depuis que j'ai 14 ans, je rénove. J'ai rénové 3, 4, 5 baraques. J'ai fait des milliers, mais des centaines de chantiers. Je vois tout de suite, je me dis, bon, ça, c'est faute. Donc, on prend une demi-heure avec Carole pour visiter. Presque, pas dire en courant, mais on regarde le terrain, le potentiel, tout. écoute, t'es gengents, écoute, voilà. Bon, on tient et on lui dit, bon, on se tient au jus. Bon, le mec, il fait une visite en 20-30 minutes pour une baraque comme ça. Il se dit, bon, c'est foutu.
38:55 Et on rentre à la maison. Et je dis à Carole, je lui dis, bon, voilà, est-ce que t'as ressenti la même chose que moi ? Bah ouais, putain, il y a un potentiel de fou. Par contre, les travaux... Et je lui dis, les travaux, c'est facile. Moi, je lui dis, c'est mon métier. Je lui dis, les travaux, il y en a pour plus de 10 ans. Je lui dis 10 ans, 10-12 ans. Tu vois, là, on en est à 13-14, il nous reste les cours et les façades. C'est fini. Donc, je lui dis, moi, j'ai une entreprise, j'ai un savoir-faire, j'ai des collègues, j'ai ci, j'ai ça. Moi, je me sens de rénover cette maison et d'en faire une putain de baraque de fou, une maison de famille, tout.
39:28 Mais je lui dis, c'est pas moi, c'est toi. Parce que je lui dis, moi, c'est mon métier, j'ai l'habitude. Et moi, vivre un peu dans les travaux, dans le bordel, je m'en fous pas. Par contre, je lui dis, toi, il faut pas qu'on se mente l'un à l'autre. Parce que je lui dis, attention. T'as mis un cadre. Bah oui, mais parce que, c'est ce qu'on vit dans Mission Travaux tous les jours à la télé. C'est les mecs, ouais, ouais, t'inquiète. Et puis, voilà. Parce qu'en vrai, rénover une maison, c'est pas vraiment, c'est pas à la portée de tout le monde. Non, mais c'est l'enfer. De rénover soi-même. Voilà. Et il faut du matériel, du temps, du savoir-faire, des outils.
40:00 Moi, j'avais une mini-pelle, un camion-benge, j'avais 100 000 balles d'outils, j'ai fait ça toute ma vie. Donc, si tu veux, voilà. Et donc, je lui dis, il y en a pour 10 ans. Donc, je lui dis, moi, si on y va, OK. Par contre, je lui dis, au bout de deux ans et demi, tu viens pas chouinasser qu'on va pas en vacances, que t'as encore la bétonnière à côté de la gazinière, que t'as pas de la vaisselle parce qu'il est posé sur une palette à l'arrache sur la terre. Parce que je lui dis, ça va être ça. Et elle me dit, bah, laisse-moi 10 minutes. Et je sais pas, elle a dû s'isoler, réfléchir. Elle revient, elle me dit, bah, écoute, moi, je suis d'accord.
40:36 Donc, on a passé un pack, on a fait un deal. Et ça fait 13-14 ans, jamais une fois, et on en a chié quand je te dis des années qu'on n'est pas partis en vacances, les week-ends, les jours fériés, les gens se rendent pas compte. Puis là, elle est énorme. Parce que moi, je m'avais déjà rénové, mais celle-là, elle m'a cassé la gueule, celle-là. Là, elle fait 260 mètres carrés et il y a 100 mètres de dépendance en plus. Mais surtout que t'as pas fait des petits trucs. Et voilà, tu vois, on a des charpentres en tronc d'arbre, on a des trucs, mais enfin, elle m'a tué, celle-là. Donc, si tu veux, et Carole, Carole, l'importance de l'environnement, on en parlait tout à l'heure.
41:22 des gens qui t'entourent. Non seulement, elle se plaignait pas, elle s'est bien occupée des filles, de tout, mais en plus, elle bossait. Carole, elle était à 8 mètres de haut, pas 8 mètres, 6 mètres 50 sur un échafaudage et elle ouvrait des fenêtres aux marteaux piqueurs dans des murs en mâche fer de 60 centimètres d'épais. Je veux dire, c'est pas juste la nana qui a mis deux coups de peinture sur des façades de cuisine. Comme elle a taffé, comme on a bossé, on a rentré une pelleteuse dans la baraque, on a tout refait, tous les réseaux, les trucs, le toit, c'est tout, tout nous qui avons refait. Là-dedans, il y a bossé peut-être quatre artisans.
42:05 On a tout refait, l'atelier, le machin, le tout. Et jamais une seule fois, elle m'a dit, ouais, tes travaux, ça commence à me faire chier, ouais, c'est long, ouais, si. Jamais, jamais, jamais, jamais. Elle a respecté son truc. Faut la garder. Je la garde. Je la garde, je la garde à fond. Et si tu veux, donc on a acheté cette baraque, la boîte, ça allait. Et moi, à ce moment-là, pour les travaux, pour la maison, je commençais, j'ai un peu à regarder YouTube. Parce que tu sais, j'étais en train de rénover, donc je me dis, tiens, il y a peut-être un mec qui a fait ça, qui a fait ça, et moi,
42:38 Lancement YouTube : le BTP n'existait pas en ligne
42:38 je serais content. Mais moi, je te parle d'une époque où quand moi, j'ai démarré, là, on est 2014-2015, Instagram n'existait même pas. Tu vois, ça fait vieux de dire ça. Putain, la vache ! Une époque que les moins de 20 ans... Ouais, ne peuvent pas connaître. Et donc, si tu veux, il n'y avait rien. Moi, je vais voir sur Instagram, je tape bricolage, je vois un espèce de mec, et c'est pas péjoratif, il était peut-être bien, mais je sais pas, qui était boulanger, et puis il montrait comment il avait fait la niche de son chien ou une cabane à oiseaux. Et je me dis, mais les pros, ils sont où ? Tu sais, parce que moi, je suis conscient de la quantité de savoir-faire qui nous entoure.
43:16 Je me dis, mais putain, il n'y a pas un pro, il n'y a rien. Est-ce que Paul Gers, c'est toi aussi qui as lancé un peu le... Ah bah, moi, j'étais... Moi, quand j'ai démarré ma chaîne, il y avait trois pros. Il y avait, enfin, il y avait moi, qui était professionnel et qui partageait des informations professionnelles. Il y avait un plâtrier peintre, je crois qu'il a arrêté maintenant, mais on se croise toujours dans les salons, qui s'appelait Pascal, sa chaîne, c'était Takayaka. Un bon aussi, il y avait... Ah putain, son prénom, comment il s'appelle, je le connais par cœur. Je ne vais plus m'en rappeler. Il faisait quoi ? Sa chaîne YouTube s'appelait Solitaire 2A et c'était un Corse.
43:53 Et il partageait, lui, il construisait des maisons et lui, il ne parlait pas. Je crois qu'il s'appelle Pierre. Je ne veux pas dire de conneries. Enfin bon, on s'était eu à l'époque au téléphone ou à échanger et c'était... Il ne parlait pas trop, mais bon, il filmait, il montrait ce qu'il faisait. Et moi, je suis arrivé, on était trois. Il n'y avait personne d'autre. Tous les autres sont arrivés après. On a tout inventé. Et moi, je m'y suis mis pour deux raisons. Parce que d'abord, je me suis dit mais enfin, c'est fou ! Avec tous les pros que je rencontre tous les jours, les milliers de choses qu'on connaît, qu'on pourrait partager à mort. Tu vois ?
44:31 Et je me suis dit aussi mais moi, si même moi qui suis pro, je cherche des infos et puis tu sais, quand tu rénove, quand tu es à ton compte, tu te sens seul. Et puis tu sais, alors quand tu es à des repas de famille, tu bouffes boulot, tu dors boulot, tu fais tout boulot, tu es à ton repas. Alors Laurent, comment ça se passe ? Je suis en train de faire la chape ! Et puis au bout de deux minutes, tu te rends bien compte que ça fait chier tout le monde. Donc tu n'en parles pas parce que... Alors que toi, ça te régale. Bah oui ! Donc toi, tu as envie d'en parler, tu as envie d'échanger. Donc tu es seul. Tu es seul, tu es tout le temps seul. Et moi, je me disais, tiens, peut-être, ça se trouve, je vais peut-être pouvoir rencontrer des gens qui sont dans les mêmes galères que moi, qui sont contents que je partage.
45:08 Puis eux vont peut-être me partager des trucs. Et puis on va tous grandir, tu vois. Et je me retrouve et je commence à y penser. Mais ça s'arrête là. Et d'un coup, je me retrouve sur un chantier et je me dis, putain, mais là, je suis en train de faire un truc carrément bien, un emplombé et tout. J'étais chez un client et je charge le téléphone. Et ça commence comme ça, en me disant, bonjour à tous, bah voilà, là, je suis en train de faire ça, je vais vous montrer comment je fais. C'est une salle de bain qui était à l'étage ? Non, non, c'était, je crois, un chapeau de gendarme en cuivre ou une maïonnette, un truc, je vais être dans une cave en train de refaire un chauffage central chez un copain, enfin, chez un client.
45:44 Et je décide de filmer. Mais il faut comprendre que c'était les prémices. Non, mais non seulement c'était les prémices, mais ça n'a rien à voir avec maintenant. Et même si, encore une fois, j'ai beaucoup de respect pour tout le monde, mais un influenceur, ça n'existait pas, ce mot. Créateur de contenu, ça n'existait même pas. Les partenariats, ça n'existait pas. Il n'y a rien qui existait. Moi, toutes les... J'ai inventé le format, enfin inventé. Ici, j'ai été le premier à le faire dans le bâtiment le format de ce que nous, on appelle la pause café, la présentation d'outils, de matériel. Mais c'était tous mes outils que j'avais tout payé. C'était pour le plaisir.
46:19 Mais c'était pour le plaisir. Je ne pensais même pas qu'on pouvait se faire envoyer du matériel. Moi, je me disais, tiens, j'en suis content de ce truc. Puis je me dis, mais en fait, il y a peut-être plein de gens qui ont envie de changer leur visseuse et qui seraient peut-être contents que je leur dis que moi, je suis content de celle que j'ai. Et donc, j'ai commencé à dire, bon les gars, aujourd'hui, je vous parle un peu de matos. Je vais vous montrer mon camion, tu sais. Et puis, je vais vous montrer mon laser. Et là, ça a commencé, c'est parti en couille, quoi. C'est parti en couille. Donc là, toi, tu montrais, enfin, ta boîte, tu as acheté cette maison.
46:50 Mais au début, tu montrais un peu plus tes chantiers que ta maison. Ah, mais je montrais que mes chantiers puisque moi, j'avais démarré. Ça faisait déjà deux ans que je rénovais quand j'ai démarré YouTube. OK. C'est pour ça que dans toutes mes vidéos, des fois, j'ai des gens qui me disent on ne voit pas le début de ta maison. Ben non, je ne filmais pas, je n'avais pas YouTube. Alors, j'ai des photos, j'ai milliers de photos. Et d'ailleurs, j'en ai déjà partagé plein. Mais il n'y avait pas YouTube. Donc, si tu veux, moi, au bout d'un moment, à ce moment-là, il faut bien comprendre. Moi, j'ai mon entreprise. Je fais 50 heures par semaine. Avec Carole, on a une famille de six personnes.
47:21 J'ai deux filles, elle a deux filles qui grandissent ensemble et qu'on a les trois quarts du temps. Elles ont quasiment le même âge. Donc, on dit toujours, on a quatre filles. Elles sont soeurs. Tu vois, elles sont... Donc, on s'occupe d'une famille de six personnes. Moi, en plus de mon travail et de la famille, qui a déjà du boulot, je rénove la maison. Et en plus, je démarre YouTube. Tu étais au four et au moulin. Complètement cingué. Je peux te dire que... Ça va que j'avais... C'est toi qui faisais le montage. Je faisais tout. Ah ben, je faisais tout. Il y a des jours, moi, je partais, je me levais à 5h30. Je faisais une demi-heure, une heure de papier.
48:01 Tu faisais quand même des bonnes grâces, c'est maintenant. Tu te lèves à quelle heure, toi ? Non, c'est une blague. Moi, je me lève vers 6h45. Ah ouais, maintenant, moi, je me lève pareil, 6h45. Je me levais à 5h30. Je faisais une heure de papier, une heure, une heure et demie de papier. Je partais au boulot. Fournisseur pour y être à l'ouverture, etc. J'allais faire ma journée de boulot. Je finissais ma journée, j'essayais de finir ma journée de boulot à 18h. Je rentrais pas chez moi, je venais là. À 19h30, Carole... Parce qu'au début, t'habitais pas ici du coup. Ah non, ben non, il y avait rien, il n'y avait pas de chiotte, c'était de la terre par terre.
48:38 Mais quand je te dis, on voyait le ciel, il n'y avait pas de toit, il n'y avait rien, on a tout refait. Donc, toutes les legs, toute l'isolation, tout le doublage, toutes les fenêtres, toutes les ouvertures, toute la toiture, tout le chauffage, tout, tout, on a gardé 4 murs. Viens de me sécher là. Les dalles, tout. Donc, pendant 2-3 ans, j'ai fait ça avant de pouvoir déjà y habiter. Carole m'amenait un sandwich à 19h, 19h30. Des fois, elle venait avec les filles, papa, tu fais quoi ? Et j'allais me coucher direct pour retourner au boulot le lendemain. Et les week-ends, samedi, dimanche, je faisais les montages des vidéos. Tu vois la vie que j'avais et des fois, Carole, elle me disait, bon là, il faut que ce soir, va pas à la maison, rentre parce que ça fait 3 jours et demi que t'as pas vu les filles.
49:26 Je partais le dormir, j'entrais le dormir. Et elles sont super d'aplomb, elles m'en ont jamais voulu, elles sont super contentes, elles ont toutes des bonnes situations, ça pose pas de problème. Les gamins, ils s'adaptent. Et jusqu'à un moment où si tu veux, plus ça va, plus le boulot, ça marche. Enfin, YouTube commence à prendre de l'ampleur, tout. Et moi, je suis limite du burnout. Moi, si tu veux, je suis même plus un... Moi, j'envoie. Ah, mais moi, j'envoie. Mais là, je fais des semaines. Je fais des semaines de 80 heures. Je bosse, je commence même les week-ends parce qu'il faut que je fasse les montages ou les devis où je commence tous les jours.
50:02 Je vais plus chez mes parents, on n'a plus de vie sociale. c'est fini. Là, je commence du lundi au dimanche. Je fais 12 heures par jour. 12 heures, mais 14 heures même. 14 heures. Et ça, ça dure un an. Est-ce que tu es porté aussi par un peu YouTube, par ta boîte, par le projet de la maison ? Ah, mais là, je suis sur un nuage. Là, si tu veux, dans ma vie, tout m'a vient. Je suis en train de me faire la baraque de mes rêves, le boulot, j'ai un an de taf d'avance. Je démarre YouTube, je suis un des premiers, ça cartonne. J'ai plein d'abonnés qui me disent ouais, c'est génial. Parce que moi, quand je démarre YouTube, je suis un noob. Nous, on se regarde avec Carole ou avec les copains, on se dit, tu te rends compte si un jour, on a 500 abonnés ?
50:44 Oh, 500 abonnés, ça fait 10 bus complets qui s'arrêtent, qui dégueulent les gens dans la cour et qui viennent tous te taper sur l'épaule en disant, c'est bien. Moi, je me disais, mais te rends compte 500 abonnés ? Aujourd'hui, tous réseaux confondus, si on additionne tout, les Facebook, les Insta, les Bichons TV, toutes les chaînes YouTube qu'on a, on est 800 000. C'est incroyable. C'est... Tu vois, il y a plus ? Pfff... J'ai combien de stades ? Non, mais tu te rends compte ? Je veux dire, et on démarre et on se dit, ouais, te rends compte si on avait 500 abonnés ? J'arrive chez les fournisseurs, les mecs disent, ouais, j'ai bien vu que t'avais filmé, ça n'arrive à rien, c'est toujours les mêmes, quoi, tu sais.
51:20 Moi, dans ma tête, je me dis, allez, ta gueule, tu sais. Et j'avance mon bout de chemin, je continue, j'avance. Et il se passe plusieurs choses. Première chose, c'est que je commence... Bon, moi, j'ai toujours eu une vraie affinité avec quand même l'audiovisuel. Mais malgré tout, à l'époque, je filme avec mon téléphone. Donc, je commence vraiment à m'intéresser au matos, à l'audiovisuel, comment je peux améliorer ça, comment je peux améliorer le son, l'image, le... Voilà, je sens qu'il y a un truc qui se passe.
51:45 Premiers partenariats et communauté des Bichons
51:47 Deuxième truc, j'ai mon premier partenaire qui m'appelle. C'était qui ? C'était Outil des Pros. Je rencontre, je bosse encore avec eux. Moi, j'ai une relation privilégiée avec mes partenaires. Les partenariats, pour moi, c'est sacré. J'ai un grand respect pour eux. Je suis toujours là. J'ai 99% de mes contrats qui sont renouvelés. J'ai... Pareil, je suis carré, ils sont carrés. Je les prends pas pour des cons, ils me prennent pas pour un con. Je suis très fidèle dans tout ça. Moi, j'ai des partenariats historiques. Outil des Pros, c'est le premier et c'est encore des partenaires, des bichons, tu vois. C'est un mec qui m'appelle. Je me gare sur le bord de la route.
52:25 Genre en warnie, je réponds oui, machin, on a vu ce que vous faites. Ça pourrait nous intéresser de vous suivre, de vous accompagner, peut-être de vous envoyer de temps en temps une machine pour que vous en parliez. Moi, je commence à me dire mais qu'est-ce qui se passe ? Je viens de payer un perfo 300 boules. Là, l'autre, il me dit qu'il veut m'en envoyer un. Tiens, pour moi, encore une fois, il n'y a rien qui existe. Je ne peux même pas me reposer sur des gens qui font déjà des trucs. Il n'y en a pas. Il n'y en a pas. Même à l'époque, Pascal, il ne fait pas ça. Le Corse, il ne fait pas ça. Personne ne fait ça. Ça n'existe pas. Et bon, je rentre, on discute, je rentre.
53:02 j'en parle à Carole et puis ça, ça frétillait. Je prenais vraiment des abonnés, des trucs. Et je dis à Carole, bon, OK, on va le faire. Par contre, tout de suite, dès le premier jour, on va se faire des contrats et on va faire ça bien dès le premier jour. C'est-à-dire qu'on va vraiment dire ce qu'on veut faire, ce qu'on ne veut pas faire. Parce que moi, il y a un truc qui était sûr. J'ai tout, je me suis toujours battu pour l'artisanat parce que là, dans tout ce qu'on discute depuis tout à l'heure, on est passé très vite. Si tu veux que je te raconte ma vie, il faut que tu fasses 18 épisodes. Mais moi, j'ai été dans le bureau de la CAPEB. Depuis que je suis gamin, je me bats pour l'artisanat, pour valoriser, pour défendre le truc.
53:39 Il y a plein de choses qu'on a zappées, tu vois. Et moi, si tu veux, je n'ai jamais trop aimé les trucs commerciaux, tu vois. Et je chantais venir, même si ce mec, il avait l'air réglos et d'ailleurs, ils ont toujours été réglos. Mais j'ai commencé à dire à Carole, oh là là, tu vas voir ce truc, si ça prend de l'ampleur, on va avoir 10 demandes de partenariat, les mecs, on va devenir des hommes sandwich, les mecs, ils vont nous faire faire tout et n'importe quoi. Donc, on fait une charte tout de suite. Et finalement, tout le monde était content parce que vu que c'était nouveau pour eux aussi, ils ne savaient pas trop comment ça se passait. Et d'ailleurs, les années qui ont suivi, ils se sont fait avoir, ils ont envoyé des palettes de matos puis les mecs, tu ne les envoyais plus.
54:17 Donc nous, on faisait ça pour les bonnes choses, donc on était ultra réglo. Et donc, on a envoyé notre premier contrat en disant, on valide le matériel que vous nous envoyez, on choisit. Vous ne faites pas l'article. C'est-à-dire que ce n'est pas vous qui nous dites ce qu'on doit dire, on dit ce qu'on veut. Vous n'avez pas de droit de regard sur la vidéo, vous n'avez pas de droit de regard sur tout ça, on fait ce qu'on veut. Et par contre, on joue le jeu, on est réglo, on n'est pas là pour les défoncer, mais on dit la vérité. Donc, cette machine, on la trouvait bien, mais là, le bouton, s'il était là, serait mieux. Tu avais quand même un droit de critique.
54:50 Ah oui, on avait un droit de critique, mais par contre, attention, tu sais, il y a toujours plein de sortes de critiques. Là, moi, la seule critique qui m'intéresse, c'est la critique constructive. Moi, le mec qui dit tout outil, c'est de la merde, pour moi, il est aussi contre l'outil. Non, mais je veux dire, pourquoi ? Pourquoi ? Nous, c'est constructif. On ne disait pas, c'est de la merde. On disait, les plus, les moins. Moi, voilà, par exemple, si demain, je n'en sais rien, n'importe quelle marque m'envoie un outil, je le présente, même encore maintenant, c'est ce que je fais, parce qu'on n'a jamais changé notre politique. C'est ce que je fais.
55:19 Je vais dire, ça, c'est génial. Par contre, attention, si vous, vous êtes dans tel corps de métier, ce n'est pas fait pour vous. Ou alors là, le bouton qui est ici, les ingés, vous auriez pu réfléchir, parce que s'il avait été deux centimètres derrière, c'était mieux. Ou alors, la batterie comme ça, elle n'est pas super bien. Et peut-être, des fois, le même outil, il peut être bien pour quelqu'un. Exactement, exactement. Donc, en fait, on a toujours décidé d'être églos depuis le premier jour. Et ça a payé parce que les bichons s'en sont rendus compte. La communauté des bichons qu'on a mis en place, parce que, bien sûr, au début, on n'avait pas de nom.
55:50 Et moi, je ne voulais pas du tout commencer mes vidéos par bonjour. Moi, je voulais faire une vraie communauté. Fédérer, une confrérie, tu sais, tu vois. Et un jour, on était avec des potes, on buvait des canons. J'ai un de mes chiens qui est un bichon qui sort. Et mon pote, j'ai un mec qui était dans un élan de quatrième bière, tu vois, qui dit, ouais, regarde-le, ton chien, parce que lui aussi a des animaux, mais on adore les animaux. Il me dit, ouais, regarde-le, d'où tu viens, il s'en fout. Ce que tu fais dans la vie, il s'en fout. Ton statut social, il s'en fout. Combien tu gagnes, il s'en fout. Ta couleur de peau, il s'en fout. Il s'en fout de tout.
56:29 La seule chose qu'il veut, c'est partager des trucs avec toi et que tu en partages avec lui. Et j'ai un autre pote qui dit, ah bah ouais, c'est les bichons. Et j'en ai un troisième qui rebondit. Mais ça aurait été à filmer. C'était, on aurait dit, un brainstorming de trucs de pub dans les grandes époques de 70, tu vois, où les mecs, ouais, c'était extraordinaire. Personne n'a su ce qui s'est passé. Il y a eu une espèce d'éclair partout. Et le troisième, il dit, ah ouais, puis en plus, sur les chantiers, on dit, bichonner ses clients. Prendre soin de ses clients. Tu sais, quand on dit, je vais te bichonner, je vais prendre soin de, et on s'est tous regardés, on a dit, putain, bah c'est les bichons, quoi.
57:07 Ça coche toutes les cases. Il y a ce petit côté sympa, il y a ce côté affectueux, machin. Et à partir de là, j'ai commencé à dire, bah salut les bichons. Je l'ai expliqué plein de fois dans mes vidéos, salut les bichons. Et ça a tellement bien marché que des années après, quand on organise des rencontres abonnés ou qu'on se croise dans les salons, il n'y a jamais personne qui vient me voir en me disant, je m'appelle Jean-Paul et je suis charpentier. Ah bah moi, je m'appelle Raymond, je suis avocat mais je suis tes vidéos. Les mecs, ils disent, ah salut, je suis un bichon. Et puis derrière, mais t'es un bichon, moi aussi je suis un bichon. Oh putain, mais moi aussi je suis un bichon.
57:40 Et on se retrouve, ah il y a que des bichons. Donc c'est la marque de fabrique. C'est la marque de fabrique mais surtout, je vais te dire. Micro pause dans cette vidéo, j'aimerais vous demander de vous abonner et de mettre un petit pouce en bas de cette vidéo, ça nous aiderait énormément et ça nous donne beaucoup de force. On a l'ambition de créer beaucoup plus de vidéos et d'apporter un maximum que ce soit pour moi, pour eux aussi, pour les bichons, pour nous, pour YouTube, mais aussi même pour les partenaires, pour tout. On peut se vanter d'avoir une vraie communauté. Tu sais, je veux dire, maintenant t'as des mecs sur le TikTok qui font un million de vues ou dix millions et puis du jour au lendemain, le mec, il meurt.
58:23 Il n'existe pas, tu vois, tout le monde s'en fout parce que les mecs scrollent ça à 200 km heure. Nous, on a une vraie communauté avec des gens engagés, bienveillants. Moi, je pense, si demain, t'as un autre créateur de contenu qui te dira la même chose, moi, je pense, dans le YouTube brico, avoir une des meilleures communautés de tout le YouTube brico de francophones. On va en Belgique, on a plein de bichons. On va en Suisse, il y a plein de bichons. Chaque année, on va au Québec. On a été au Québec, là, au moins cinq mois ou six mois l'année dernière, des mecs qui venaient nous voir, mais excusez-moi, vous êtes Laurent Jacquet. Bah ouais. Oh putain, mais je vous tue depuis cinq ans.
59:03 On se regardait avec Caroline, on se disait, mais comment c'est possible ? Tu vois, c'est... Moi, tu sais que j'ai appris pas mal de choses grâce à toi, Laurent. C'est vrai ? Ouais. J'ai découvert, par exemple, je me rappelle de ta vidéo sur le PER. Ouais. Non, pardon, sur le multicouche. Multicouche. Où t'expliquais, donc, la couche de plastique, aluminium. Ouais. Enfin, plein de vidéos où j'ai découvert aussi pas mal d'éléments de plomberie. Ouais. Vraiment, la première vidéo que j'avais regardée, tracer une épure. Tracer une épure de plomberie. Ouais. Et ça marche bien, c'est des vidéos qui tournent encore, qui... Et c'est ça qui me plaît le plus, qui m'intéresse, parce qu'aujourd'hui, c'est mon métier.
59:39 Parce que bon, bien sûr, encore une fois, on peut pas parler de tout, mais entre-temps, il y avait trop de boulot, donc il a fallu prendre une décision. Donc moi, j'ai décidé, j'ai eu l'impression d'avoir un rôle à jouer avec YouTube, avec Carole, en fait, ça a été vite fait. Tu veux, elle, elle gagnait très bien sa vie. Moi, je gagnais un peu ma vie. J'ai été voir mon banquier, je lui ai dit, j'arrête ma boîte. Il me dit, mais pourquoi, t'as un an de travail d'avance ? Je lui ai dit, parce que je veux faire des vidéos. Il m'a dit, non, mais comme vrai métier, tu vas faire quoi ? Je dis, bah des vidéos sur YouTube. Ok, il m'a pris pour un fou, l'assurant m'a pris pour un fou.
1:00:14 Je repense à ma conseillère d'orientation, tu vois. Là, aujourd'hui, je passe à la télé aussi. Comment ça s'est passé d'ailleurs ? Là, j'arrive à Paris, avec Carole, je vois Courbet, je croise Edchebest, et ils nous disent, bah, voilà, à quoi on pense, on aimerait vous faire un contrat, vous deveniez un animateur M6, chez M6, et on aimerait que vous deveniez le monsieur bricolage, travaux, rénovation, bâtiment de M6. Je suis là pour faire du vrai, vrai bon boulot, tu vois. Début, les premières fois, avec les boîtes de prod, des fois ça chauffe, parce que, ouais, mais là, Lolo, on a deux jours. Je lui dis, ouais, mais moi, depuis le début, je vous dis qu'il faut quatre jours.
1:00:50 Ayez le courage de dire non. Arrêtez de vouloir tout prendre, et arrêtez de penser que si vous dites non aux gens, ils ne vont pas vous rappeler, ou ils ne vont pas vous aimer, ou ils vont prendre quelqu'un d'autre. Sous-titrage Société Radio-Canada